DR Congo

Bulletin humanitaire R.D. Congo - Numéro 6 | 7 décembre 2016

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FAITS SAILLANTS

  • Les conflits intercommunautaires ; l’implication des hommes armés

  • Nord-Kivu : Protection des civils et accès humanitaire, deux défis majeurs.

  • Le RRMP, seule alternative pour les nouveaux déplacés et retournés.

  • Le transfert monétaire : pour une assistance flexible

Sud-Kivu : Les conflits intercommunautiaires impactent la protection des civils

Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, il n’y a pas que les hommes armés qui mettent à mal la protection des populations civiles. Même s’ils en sont les principaux présumés auteurs, les conflits intercommunautaires nés des différends fonciers, des problèmes de succession ou encore à la suite de la transhumance sont aussi une source de préoccupation. En effet, ces conflits vident les villages, laissent des populations sans abris à la suite des incendies de maisons. Et généralement, dans ces situations plusieurs enjeux s’imbriquent.

Une situation complexe

Des conflits intercommunautaires ont plusieurs fois impliqué des hommes armés qui se rangent derrière leurs communautés, et dont les affrontements entrainent des mouvements de population. Plus de 8 000 personnes s’étaient déplacées en 2014 dans la région de Mutarule au Sud-Kivu suite au massacre d’une trentaine de civils appartenant à la communauté Bafuliru. Les autres communautés ont été perçues comme auteurs de ce massacre. Depuis, la cohabitation demeure tendue et les communautés affichent de plus en plus leur appartenance à tel ou tel autre groupe armé qui s’allie à leur cause au mépris de l’armée. Dans le Territoire de Fizi, les tensions intercommunautaires s’enlisent à partir du mois de mai lorsque le bétail de la communauté Banyamulenge descend des Hauts Plateaux à la recherche du pâturage sur le littoral du lac Tanganyika. La communauté des cultivateurs Babembe a toujours rapporté des dommages sur ses champs lors de ce mouvement. Pour « se protéger », certains membres des communautés n’hésitent pas à s’armer, compliquant la situation, au point qu’un des principes de base du Droit international humanitaire (DIH), à savoir la distinction entre combattants et non-combattants s’avère difficile. Les opérations militaires qui sont initiées contre les groupes armés se heurtent également à ce problème et se soldent notamment par des répressions contre des civils innocents.

Parfois, seule la protection suffit

Dans la quasi-totalité des zones affectées par des conflits intercommunautaires, il n’y a pas particulièrement des besoins humanitaires liés à la sécurité alimentaire, à la nutrition, à la santé, à l’éducation, l’eau... Ce dont ils ont véritablement besoin reste la sécurité car l’insécurité est à 97% responsable des déplacements au Sud-Kivu où on comptait au 30 septembre 378 000 personnes déplacées internes. Pour mettre fin aux besoins humanitaires, il faut aller au-delà de la simple assistance humanitaire. Le dialogue avec les acteurs politiques, les autorités traditionnelles, l’armée, les groupes armés et les organisations à assise communautaire s’avère crucial. L’implication effective des autorités établies à différents niveaux est l’élément essentiel de l’aboutissement d’une démarche visant à améliorer la protection des civils. Malheureusement, les mesures prises par les autorités sont encore insuffisantes. Le retour des déplacés par exemple est lié dans une très faible proportion à des mesures particulières de protection de la part des autorités. Entre 2010 et 2015, les actions entreprises par des ONG locales en termes de résolution pacifique des conflits ont également été limitées par des suspicions de partialité de la part des autres communautés. Toutefois, ces projets ont notamment le mérite d’avoir mis en place des comités de médiation au sein desquels les deux communautés discutaient, entre autres, de la délimitation des zones de passage de bétail lors de la transhumance. Les accords dits de Baraka appuyés par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (MONUSCO) existaient déjà en 2010 pour encadrer la transhumance, mais leur portée a été notamment limitée par l’immixtion des acteurs armés de part et d’autre des deux communautés. Cette année, aucune initiative de ce genre n’est mise en place.

Les humanitaires assurent la veille

Quelle que soit la nature de la réponse aux conflits intercommunautaires, les acteurs humanitaires travaillant chargés de la protection des civils s’assurent qu’une attention particulière est portée aux risques auxquels sont exposées les populations touchées. Cet exercice implique un dialogue permanent et constructif avec les différentes parties prenantes, armées et non armées, officielles et non officielles. C’est ainsi qu’au-delà de la « sphère humanitaire », le renforcement de la protection des populations civiles à risque exige souvent l’implication des acteurs du maintien de la paix, des droits de l’homme, de la politique, de développement et du désarmement. Puisque l’action humanitaire vise à sauver des vies et à soulager les souffrances, la protection demeure au cœur de l’action humanitaire. Veiller à ce que l’approche et la stratégie de l’action humanitaire en tienne compte est une importante tâche du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) sur le terrain.

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