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Bulletin humanitaire R.D. Congo - Numéro 5 | novembre 2017

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FAITS SAILLANTS

• Le faible niveau de financements humanitaires aura été un défi majeur en 2017

• Maniema, Sud-Kivu et Tanganyika face à la crise à leurs limites communes

• Les contraintes budgétaires fragilisent sensiblement l’action humanitaire dans le Nord-Kivu.

RDC : Anatomie d’une crise humanitaire aiguë

Lorsque la situation humanitaire du Kasaï se détériore début 2017, la communauté humanitaire avait déjà publié son plan de réponse humanitaire 2017. Les acteurs humanitaires décident alors d’élaborer un plan de réponse d’urgence spécifique à la crise kasaïenne – Kasaï, Kasaï Central, Kasaï Oriental, Lomami et Sankuru- dont les besoins estimés représentaient 400% de ce qui était planifié pour la région dans le plan de réponse humanitaire 2017. Le 25 avril 2017, la communauté humanitaire lança officiellement un appel de 64,5 millions de dollars pour répondre aux besoins les plus urgents de cette crise : 731 000 personnes seront ciblées par cet appel d’urgence. Depuis le début de la réponse à l’urgence, plus de 425 000 personnes ont reçu une assistance humanitaire, soit 58 pour cent des 731 000 personnes ciblées dans l’Appel.

La crise dans le Kasaï, le Tanganyika et le Sud Kivu, pour ne citer que ces trois, est actuellement la partie visible d’une longue crise qui, de façon quotidienne, émaille la vie de paisibles citoyens.

En République démocratique du Congo, plus grand pays d’Afrique au sud du désert du Sahara, partageant ses frontières avec huit pays, plus de 6 000 personnes sont obligées de fuir leurs foyers par jour pour rester en vie. « Chanceux » sont ceux qui souffrent d’un déplacement à court terme, comme ceux qui sont obligés de fuir le matin, et retourner chez eux dans l’après-midi, si la maison n’a pas été pillée encore moins détruite ou incendiée. Le chiffre est encore plus impressionnant si l'on considère que tous ces mouvements de personnes se sont déroulés - au moins jusqu'à l’éclatement de la crise kasaïenne en août 2016 - dans une seule partie de ce massif pays, l’Est du pays.

Aujourd'hui, la RD Congo abrite au moins 4,1 millions des personnes déplacées, le plus grand nombre en Afrique. Ce chiffre dépasse le nombre d’habitants de certaines capitales européennes. Sur ce chiffre, quelque 428 000 ont été déplacés entre juillet et septembre 2017. 1 million de personnes le sont dans la Province du Nord-Kivu. Un an auparavant, le pays comptait 1,9 millions de personnes déplacées.

Conflit et violence armée sont les principaux facteurs poussant les familles hors de leurs maisons. Si les provinces orientales continuent de subir les effets de ces violences, de commander un œil regardant, la crise du Kasaï a généré beaucoup d’attention, forçant les agences des Nations Unies et les ONG nationales et internationales à intervenir dans ce qui était autrefois une région pauvre mais paisible. La crise du Kasaï, avec quelque 770 000 personnes déplacées à ce jours et les combats interethniques au Tanganyika ont grandement contribué au chiffre de plus de 1,5 millions des personnes déplacées dans cette seule année 2017.

Les chiffres sont importants mais il est important d’aller au-delà. Alors que la nouvelle du retour des familles est considérée comme un développement positif, l’inquiétude des organisations humanitaires concerne les conditions de retour de ces familles, victimes d’une tactique de « terre brulée » ? Que leur réserve leur retour ? Pour beaucoup, pas grand-chose ! Maisons et tous les souvenirs personnels, vêtements, livres et jouets des enfants, stocks de nourriture sont maintenant des cendres. Des centaines de milliers de personnes ne comptent que sur l’aide humanitaire pour refaire leur vie. Derrière tous ces chiffres, il y a des visages humains, en majorité des enfants, dont l’avenir est en grand danger.

Les organisations d’aide en RDC fonctionnent dans un environnement exceptionnellement complexe et difficile. L’insécurité a entravé la capacité des partenaires humanitaires d’atteindre 800 000 personnes entre juin et septembre 2017, et le manque d’infrastructures logistiques pour traverser notamment de vastes étendues de désert ajoutent une couche supplémentaire de complexité. 12% des cas aigus de malnutrition de la planète

De l’Est à l’Ouest, du Nord au sud, le pays est traversé de vastes terres vertes ; le célèbre fleuve Congo et ses nombreux affluents fournissant l’eau nécessaire aux agriculteurs. Cependant environ 7,7 millions personnes à travers le pays souffrent de malnutrition - une augmentation de 30 pour cent par rapport à 2016. De ce nombre, près de 2 millions de personnes sont touchées par la malnutrition sévère, ce qui représente 12 % du nombre de cas aigus dans le monde. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que la malnutrition coûte environ 1 milliard de dollars US par an au pays, équivalent à plus de 4,5 pour cent du produit intérieur brut.

En RDC, la malnutrition est liée à l’insécurité qui pousse les agriculteurs et tous les bras-valides loin des riches terres agricoles. Au Kasaï, des milliers de familles ont raté deux saisons culturales. Le patron du PAM, David Beasley, a récemment conclu une visite dans le pays, appelant à davantage de fonds pour nourrir les familles, notamment les enfants.

Niveau de financement le plus bas

Plus de 400 projets humanitaires sont mis en œuvre dans l’Est du pays et dans la région du Kasaï ; les acteurs humanitaires ont pu assister plus de 2,7 millions de personnes cette année, loin des 7,4 millions de personnes ciblées par le plan d’intervention humanitaire. Ce faible niveau d’aide est lié au niveau de financement.
Sauf miracle de dernière heure, cette année pourrait faire son entrée dans les annales de l’histoire humanitaire comme la pire année en termes de financement humanitaire sur les 10 dernières années. Au 7 décembre, la communauté humanitaire n’avait recueilli que 49,1%2 des $812.5 millions demandés.

Face à cette situation peu radieuse, une note positive provient du Fonds Humanitaire, ce mécanisme de financement à travers duquel les partenaires financiers font des contributions afin d’apporter une réponse urgente aux besoins humanitaires. Créé en 2007, le Fonds a franchi la barre de 1 milliard de dollars US de contributions. Au-delà des contributions, le plus important reste les nombreuses réalisations et projets qui ont été menés via le Fonds. De la Province de l’Equateur au Haut-Katanga en passant par l’Ituri, le Fonds finance depuis une décennie de nombreux projets qui ont permis de sauver des vies et donner les moyens à des communautés de se reconstruire. Le Fonds ayant une enveloppe limitée- liée aux contributions-, il ne peut répondre à tous les besoins dans le pays. Des intenses efforts de plaidoyer sont en cours pour que d’ici la fin de l’année, de nouveaux financements puissent être alloués à la communauté humanitaire.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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