DR Congo

A Beni, la MONUSCO encourage la participation des citoyens dans la réponse aux défis sécuritaires

JOËL BOFENGO

« Mulekera est une commune chaude ». C'est avec ces mots que Ben Kawa débute, parlant de sa commune. Il y est né. Il y a grandi. Il y vit. « Tous les mouvements citoyens sont partis de Mulekera. Toutes les grandes manifestations de la ville partent aussi de là », explique le jeune homme, crâne rasé, visage jovial que ne quitte jamais un sourire optimiste qui cache mal l'hyperactivité du jeune homme.

Journaliste, Ben Kawa a été, entre 2019 et 2021, président de la jeunesse de cette commune de la ville de Beni. Actuellement, il est membre du comité local de protection de Mulekera. C'est à ce titre qu'il a participé aux travaux d'élaboration du plan d'action local de sécurité de cette commune, en mai dernier. « Une première », commente le journaliste.

L'initiative en revient à la section des Affaires civiles de la MONUSCO. Imaginez le bourgmestre d'une commune et son adjoint, le commandant local de la police, tous les chefs de quartiers et leurs adjoints, des représentants de la société civile, de la jeunesse, des associations féminines, des mouvements citoyens, des groupes de pression, des membres du patronat (FEC), des personnes vivant avec handicap, réunis dans une même salle, pour discuter de ce qu'il convient de faire pour assurer la sécurité des habitants de leur commune.

« Quelque fois, le ton est monté», confie Ben Kawa. Qui aurait pu imaginer le contraire. Mettre autour d'une table membres de groupe de pression et autorités locales était une gageure. Tous ces acteurs se sont réunis, dans un premier temps, pour faire un diagnostic. Ce n'était pas gagné. Les mouvements citoyens et les groupes de pression accusent régulièrement les autorités de ne rien faire pour sécuriser la commune. L'objectif de la MONUSCO était justement de mettre ensemble citoyens et autorités locales pour discuter les yeux dans les yeux de cette question. « Le banditisme urbain est une réalité à Mulekera», explique Ben Kawa pour qui cette initiative était la bienvenue : «Quand il y a des échanges comme cela, ça permet d'identifier les vrais problèmes et leurs causes ».

Le journaliste révèle notamment que parmi les points soulevés par les citoyens lors du diagnostic pour expliquer la multiplication des cambriolages dans cette commune, il y a les difficultés d'accès. Toutes les rivières de Beni passent par Mulekera. Mais il n'y a pas de pont pour circuler aisément. Ce qui complique largement l'arrivée des interventions. Conséquence : des manifestations contre l'insécurité qui dégénèrent quelque fois dans la ville. Ainsi pour Ben Kawa, de tels « échanges devraient avoir lieu régulièrement. Cela allait permettre d'étouffer certains comportements ».

« Gouvernance participative »

Le journaliste se réjouit que, le 7 juin dernier lors de la validation du plan d'action local de sécurité de sa commune, les propositions des citoyens ont été retenues. En plus de l'accessibilité géographique, les questions de la fermeture des points de vente de chanvre et la fin de la «divagation» des militaires et policiers en armes figurent également sur le plan.

Pour le bourgmestre de la «chaude» commune de Mulekera, cet exercice relève de la «gouvernance participative». « Vous pouvez monter un plan, avoir un projet, s'il n'y a pas la participation de la population, c'est difficile que le projet réussisse. Il faut que, de part et d'autre, nous autorités et la population nous puissions nous mettre ensemble, réfléchir ensemble pour sortir un plan comme celui-là afin que chacun sache qu'il a contribué à un certain niveau et l'applicabilité ne posera pas problème. Ça fait partie de la gouvernance participative. Chacun doit apporter sa pierre pour l'édification de notre commune », note le commissaire supérieur Dieudonné Ngongo.

Comme Ben Kawa, l'officier de police est optimiste. Il estime que si chacun fait sa part, le plan doit permettre à la commune de Mulekera de retrouver sa quiétude. Après la signature du procès-verbal de validation de ce plan en présence d'un expert en décentralisation, chaque groupe s'est engagé à faire sa part.

Cet exercice a également été réalisé dans les trois autres communes de la ville de Beni (Bungulu, Ruwenzori et Beu). Les plans vont être envoyés au maire de la ville et au gouverneur de la province. Selon la MONUSCO, l'un des objectifs de cette initiative est d'améliorer les relations entre les autorités locales et les habitants, notamment sur les questions sécuritaires.

Bien avant cette nouvelle initiative, la section des Affaires civiles de la mission onusienne avait déjà facilité la mise en place de conseils locaux de sécurité dans chaque commune de Beni. Comme Ben Kawa, les membres de ces comités jouent notamment un rôle d'alerte. Ils avertissent les autorités locales et la police à la moindre menace sécuritaire pour solliciter une intervention.