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Apaiser les Tensions dans l’Est de la RD Congo et les Grands Lacs

Les combats s'intensifient dans l'est de la République démocratique du Congo, où des forces ougandaises et burundaises pourchassent des rebelles pendant qu’une insurrection congolaise renaît. Kinshasa, soutenue par ses alliés, devrait redoubler d’efforts diplomatiques pour éviter que le pays ne devienne à nouveau un champ de bataille régional.

Que se passe-t-il ? Le président Félix Tshisekedi a autorisé l’Ouganda à déployer des troupes pour combattre des rebelles basés en République démocratique du Congo (RDC) et a permis tacitement au Burundi de faire de même. Le Rwanda semble également envisager une incursion dans la région. Pendant ce temps, un groupe armé congolais, le M23, se réorganise.

En quoi est-ce significatif ? La décision de Tshisekedi de convier des troupes étrangères pourrait bouleverser l’est de la RDC, déjà instable, en déclenchant une guerre par procuration ou en revigorant les rebelles congolais. Depuis des années, les rivalités entre voisins de la RDC ont engendré d’innombrables insurrections qu’ils pourraient utiliser les uns contre les autres. La campagne militaire de l’Ouganda a particulièrement irrité le Rwanda.

Comment agir ? Tshisekedi devrait réglementer les interventions étrangères sur le sol congolais et redoubler d’efforts pour dissuader le Rwanda de déployer des forces armées en RDC. Avec le soutien du Kenya, il devrait organiser de nouveaux pourparlers avec ses voisins afin de repenser toute nouvelle action militaire et élaborer un plan général de négociation avec les groupes armés.

I. Synthèse

Le président Félix Tshisekedi a peut-être ouvert la boîte de Pandore en invitant des troupes de pays voisins à combattre les rebelles basés en République démocratique du Congo (RDC). En novembre 2021, à la suite d'attentats meurtriers dans la capitale ougandaise, Kampala, Tshisekedi a autorisé des unités ougandaises à entrer dans la province congolaise du Nord-Kivu à la poursuite des Forces démocratiques alliées (ADF), une coalition rebelle ougandaise dont la plus grande faction a prêté allégeance à l'État islamique. Le mois suivant, des soldats burundais auraient pénétré en RDC pour y combattre le groupe rebelle RED-Tabara. Ces interventions provoquent de nouveaux bouleversements dans un pays qui a déjà beaucoup souffert des rivalités régionales. Le président rwandais Paul Kagame envisage lui aussi d’envoyer des soldats. Des pourparlers menés par le Kenya ont relancé une proposition de formation d’une force d’intervention est-africaine. Tshisekedi devrait établir des règles claires pour les opérations militaires étrangères en RDC. Avec l’appui du Kenya, il devrait redoubler d’efforts pour convaincre Kigali de ne pas envoyer de troupes, en soulignant les risques pour la réputation du Rwanda et en répondant à certaines des préoccupations de Kagame.

Les relations entre les pays des Grands Lacs, instables depuis des années, avaient commencé à s’améliorer ces derniers mois. En janvier, Kagame et Yoweri Museveni, le président ougandais, avaient amorcé un rapprochement après trois ans d'impasse. Les deux poids lourds de la région s’étaient brouillés à la suite d’une série de récriminations mutuelles, chacun accusant l’autre de soutenir les rebelles opérant depuis l’est de la RDC. Le Burundi et le Rwanda étaient également en meilleurs termes après qu’Évariste Ndayishimiye ait succédé à Pierre Nkurunziza, décédé subitement en juin 2020, à la présidence burundaise. Cependant, les activités des milices dans l’est de la RDC mettent de nouveau à rude épreuve ces liens historiquement tendus, risquant ainsi d’accentuer les clivages entre le Rwanda et l’Ouganda, voire entre le Rwanda et le Burundi. La réapparition surprenante du M23, une insurrection congolaise inactive depuis près de dix ans, est particulièrement préoccupante, étant donné ses liens antérieurs avec Kampala et Kigali.

Pendant des années, les voisins de la RDC ont utilisé les milices de l’est du pays – congolaises et étrangères – comme des intermédiaires. Kigali et Kampala, en particulier, cherchent depuis longtemps à exercer une influence dans la région, dont les riches ressources minérales soutiennent les économies rwandaise et ougandaise.

Depuis son entrée en fonction en 2019, Tshisekedi a tenté de s’attaquer aux dizaines de groupes présents dans la région en rétablissant les relations avec ses voisins – en s’appuyant sur la diplomatie régionale dans un premier temps, puis sur des initiatives bilatérales. Ses actions ont d’abord connu un certain succès, principalement en réunissant Kagame et Museveni dans un cadre quadripartite avec son homologue angolais João Lourenço. Mais ses efforts ont tourné court. L’intégration de la RDC au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est en mars a dynamisé la diplomatie régionale. Le Kenya a notamment organisé des pourparlers à Nairobi. Permettre une ingérence militaire étrangère sur le territoire congolais pourrait toutefois compromettre les perspectives diplomatiques, voire engendrer une confrontation plus large. La présence de troupes rwandaises en RDC pourrait raviver les rivalités territoriales et stimuler les insurgés locaux, sapant ainsi l’objectif annoncé par Tshisekedi de stabiliser la région.

Plusieurs mesures pourraient contribuer à réduire les risques d’escalade dans l’est. Le président congolais pourrait fixer des règles pour toute intervention étrangère, en clarifiant les objectifs, la durée et potentiellement la zone d'opération de celles qu’il a approuvées, notamment pour l’Ouganda. Il pourrait également tenter de persuader Kagame de ne pas envoyer de troupes en RDC. Plus de transparence sur les opérations de l’Ouganda pourrait contribuer à rassurer Kagame, mais pour renforcer ses arguments Tshisekedi pourrait également insister sur l’impact d’une éventuelle intervention rwandaise sur la réputation de Kigali. Le président congolais, qui vient de prendre la tête du mécanisme régional de surveillance de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région de 2013, pourrait profiter de son mandat pour redynamiser sa diplomatie régionale. Le Kenya devrait pousser Tshisekedi à élaborer un plan global pour les négociations avec les groupes armés. Enfin, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, un organe composé d’États de la région et garant de l’ACPSC, devrait continuer à réunir des preuves visant le soutien étranger aux rebelles de la RDC.

Nairobi/Bruxelles, 25 mai 2022

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