DR Congo

Allocution du directeur général de l’OMS lors de la conférence de presse sur le rapport de la Commission indépendante sur l’exploitation et les abus sexuels – 28 septembre 2021

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Bonjour, bon après-midi et bonsoir.

Comme vous le savez, en octobre 2020, j’ai nommé une commission indépendante que j’ai chargée d’enquêter sur les allégations d’exploitation et d’abus sexuels pendant la riposte à la dixième flambée de maladie à virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, en République démocratique du Congo.

Cette commission était coprésidée par Mme Aïchatou Mindaoudou, ancienne ministre des Affaires étrangères et du Développement social du Niger, et Mme Julienne Lusenge, une militante congolaise de réputation internationale qui défend les droits humains et les personnes ayant survécu à des violences sexuelles liées à un conflit.

La Commission publie aujourd’hui son rapport. Sa lecture est éprouvante. Je formulerai mes commentaires tout à l’heure, mais j’aimerais d’abord laisser la parole aux coprésidentes pour qu’elles présentent leurs conclusions.

Je tiens également à saluer la présence des autres membres de la Commission : Mme Dikéré Marie Christine Bocoum, Mme Carole Doucet et M. Malick Coulibaly, ancien ministre de la Justice du Mali.

Avant de donner la parole à la Commission, je voudrais inviter ma collègue et ma sœur, la Dre Tshidi Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, à nous faire part de ses observations. Tshidi, vous avez la parole.

[La Dre MOETI s’adresse aux médias]

Merci, Tshidi. Je voudrais maintenant inviter Mme Julienne Lusenge, l’une des coprésidentes de la Commission, à nous faire part de ses observations. Madame Lusenge, vous avez la parole.

[Mme Lusenge s’adresse aux médias]

Merci beaucoup, Mme Lusenge. Je voudrais maintenant inviter M. Malick Coulibaly, ancien ministre de la Justice et ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme du Mali, à nous faire part de ses observations. M. Coulibaly, vous avez la parole.

[M. Coulibaly s’adresse aux médias]

Merci, Monsieur Coulibaly.

Enfin, j’invite l’autre coprésidente, Mme Aïchatou Mindaoudou, ancienne ministre des Affaires étrangères du Niger, à nous faire part de ses observations. Mme Mindaoudou, vous avez la parole.

[Mme Mindaoudou s’adresse aux médias]

Merci Mme Aïchatou, et merci encore une fois pour le travail de la Commission et pour l’exposé que vous avez présenté aujourd’hui.

Je tiens d’abord à m’adresser aux victimes et aux survivantes qui ont subi l’exploitation et les abus sexuels que décrit le rapport de la Commission.

Je suis désolé. Je suis désolé pour ce que vous avez subi de la part de personnes qui étaient employées par l’OMS pour vous aider et vous protéger.

Je suis désolé pour la souffrance durable que ces événements doivent causer.

Je suis désolé que vous ayez dû les revivre lorsque vous avez témoigné devant la Commission.

Je vous remercie du courage dont vous avez fait preuve.

Ce qui vous est arrivé ne devrait jamais arriver à personne. C’est inexcusable.

Ma priorité absolue est de veiller à ce que les auteurs de ces actes ne restent pas impunis, et qu’ils aient à rendre des comptes.

En tant que Directeur général, j’assume au final la responsabilité du comportement des personnes que nous employons et de toute défaillance du système qui a permis ce comportement.

Et j’assumerai personnellement la responsabilité de faire le nécessaire pour empêcher que cela se reproduise.

La Commission a fait un travail remarquable pour faire entendre la voix des victimes et des survivantes. Mais l’enquête n’est pas terminée et il faudra poursuivre ce travail.

Toutefois, nous devons agir immédiatement, et nous le ferons, dans trois domaines :

Premièrement, soutien, protection et justice pour les victimes et les survivantes ;

Deuxièmement, mesures visant à remédier aux défaillances de la direction et du personnel ;

Et troisièmement, réforme en profondeur de nos structures et de notre culture.

Premièrement, nous apporterons soutien, protection et justice aux victimes et aux survivantes.

Comme vous l’avez entendu, la Commission a identifié des dizaines de victimes potentielles d’exploitation et d’abus sexuels, et 21 auteurs présumés, qui étaient employés par l’OMS au moment des faits.

Les victimes n’ont pu fournir que les prénoms de plusieurs autres auteurs présumés, que nous n’avons pas encore totalement identifiés. Pour ces cas, l’OMS fait appel à un service d’enquête externe afin d’évaluer les mesures supplémentaires qu’il est nécessaire de prendre.

Sur la base des informations dont nous disposons, l’Organisation interdira aux auteurs identifiés de travailler à l’avenir pour l’OMS, et nous en informerons l’ensemble du système des Nations Unies.

Nous résilions les contrats de quatre personnes identifiées comme auteurs qui étaient encore employées par l’Organisation lorsque nous avons eu connaissance des allégations à leur encontre.

L’OMS transmettra également pour enquête les allégations de viol aux autorités nationales de la RDC, ainsi qu’à celles du pays dont les auteurs présumés ont la nationalité, le cas échéant.

Nous avons demandé à la Commission indépendante de confirmer que les victimes de viols ont donné leur accord pour que l’OMS renvoie leur dossier aux autorités nationales compétentes.

Notre principale préoccupation est de fournir des services et un soutien aux victimes et aux survivantes.

L’OMS ne connaît pas encore l’identité des victimes et des survivantes.

Au fur et à mesure que nous recevrons de la Commission davantage d’informations sur leur identité et leur localisation, nous veillerons à ce qu’elles aient toutes accès aux services dont elles ont besoin, notamment un soutien médical et psychosocial, ainsi qu’une aide pour l’éducation de leurs enfants. Nos partenaires du système des Nations Unies proposent ces services en RDC.

Alors que nous étendons ces services en RDC et dans le monde entier, nous nous engageons à adopter une approche centrée sur les victimes et les survivantes, axée sur leurs besoins, leurs préférences et leur participation.

Même si la Commission a achevé ses travaux, nous maintenons l’accès à des mécanismes de signalement anonyme des cas d’exploitation et d’abus sexuels. Tout appel concernant une plainte sera orienté vers les services concernés.

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Deuxièmement, nous prendrons des mesures visant à remédier aux défaillances de la direction et du personnel.

La Commission a relevé des négligences de la part de certaines personnes qui pourraient s’apparenter à des fautes professionnelles dans la gestion de certains signalements.

J’estime que l’incapacité des employés de l’OMS à répondre de manière adéquate aux signalements d’exploitation et d’abus sexuels est aussi grave que les événements eux-mêmes.

Nous devons appliquer un principe de tolérance zéro à l’égard de l’exploitation et des abus sexuels, et de tolérance zéro concernant l’inaction à leur encontre.

Je regrette profondément que la souffrance des victimes ait pu être exacerbée par les défaillances apparentes dans la manière dont l’Organisation a traité les signalements.

La Commission a recommandé qu’une enquête soit menée afin d’identifier les responsabilités individuelles dans l’absence d’activation des procédures d’enquête, et nous prenons immédiatement des mesures pour lancer cette enquête, en faisant appel à un service externe.

Pendant que l’enquête se poursuit, l’Organisation a placé deux hauts responsables en congé administratif et nous prenons des mesures pour nous assurer que d’autres personnes susceptibles d’être impliquées soient temporairement relevées de tout rôle décisionnel concernant des allégations d’exploitation et d’abus sexuels.

Il est important de préciser que ces actions ne préjugent nullement du résultat de l’enquête et ne constituent pas une mesure disciplinaire ou une attribution de culpabilité.

L’Organisation prendra les mesures disciplinaires qui s’imposent si l’enquête révèle une faute professionnelle.

Nous avons aussi demandé au Comité consultatif indépendant d’experts de la surveillance de charger un organisme externe de réaliser un audit des cas traités par les services de contrôle interne de l’OMS, afin d’établir si d’autres cas d’exploitation et d’abus sexuels éventuels ont fait l’objet de manquements à la procédure.

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Troisièmement, nous mènerons une réforme en profondeur de nos politiques et de nos procédures pour combattre l’exploitation et les abus sexuels.

Mais nous devons aller plus loin, nous devons identifier et remédier à toutes les faiblesses de notre culture ou de notre direction qui ne protègent pas de manière adéquate les personnes que nous aidons, ou qui créent des opportunités que les auteurs d’abus peuvent exploiter.

La Commission a constaté qu’il était nécessaire de revoir en profondeur nos structures et notre capacité institutionnelle à prévenir, détecter et combattre l’exploitation et les abus sexuels dans les communautés auxquelles nous apportons nos services.

Nous ferons appel à des experts et à des services externes pour y parvenir.

Nous devons nous assurer que les victimes et les survivantes d’exploitation et d’abus sexuels disposent de mécanismes de signalement sûrs et facilement accessibles, partout dans le monde.

Comme vous le savez, la riposte à la maladie à virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri a été une opération vaste et complexe dans une région particulièrement peu sûre, qui a nécessité un recrutement à grande échelle de personnel local et international.

Or rien de tout cela ne saurait excuser l’exploitation et les abus sexuels.

Nous reconnaissons que nous aurions dû nous montrer plus stricts lors de la sélection des candidats et instaurer des processus de recrutement plus efficaces.

Nous avons d’ores et déjà pris plusieurs mesures pour améliorer nos pratiques dans le domaine des ressources humaines en matière de recrutement, d’entrée en fonction, d’accueil des nouveaux membres du personnel et de formation. Nous prendrons également des mesures pour intégrer les normes de comportement relatives à l’exploitation et aux abus sexuels dans la gestion des performances, à commencer par le personnel de direction et d’encadrement.

Nous avons en outre mis en place des séances d’information spéciales à l’intention du personnel d’encadrement, en particulier au niveau des pays.

Dorénavant, les représentants de l’OMS dans les pays, les gestionnaires d’incidents, les coordonnateurs et directeurs des groupes sectoriels pour la santé devront participer à une formation supplémentaire pour s’assurer qu’ils sont en mesure de créer un environnement propice à la prévention de l’exploitation, des abus et du harcèlement sexuels, et de prendre sans attendre des mesures de direction en cas de suspicion d’incident.

Je veillerai à ce que nous fournissions des ressources et un personnel suffisants pour le travail qui nous attend.

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La Commission a formulé sept recommandations, accompagnées de 20 actions spécifiques.

Bon nombre de ces actions sont déjà mises en œuvre, et nous élargirons notre travail afin d’intégrer les autres priorités recommandées par la Commission.

Nous prévoyons de proposer un plan d’action détaillé avec nos États Membres dans les 10 prochains jours, qui accordera une place centrale à la transparence.

Pour renforcer encore l’obligation de rendre des comptes, nous avons demandé au Comité consultatif de surveillance indépendant du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire de suivre nos progrès et d’en rendre compte de manière transparente.

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Une fois encore, je tiens à remercier la Commission pour son travail, ainsi que les journalistes qui ont été les premiers à rapporter les allégations qui ont conduit à l’ouverture de l’enquête et au rapport de la Commission indépendante. Je vous remercie.

Nous attachons de l’importance au rôle des médias, qui couvrent et révèlent ces problèmes et demandent des comptes à l’OMS.

J’ai du mal à trouver les mots pour décrire mes sentiments lorsque j’ai lu pour la première fois le rapport de la Commission.

Les comportements qu’il décrit témoignent d’une trahison révoltante des personnes auxquelles nous rendons service. Mais c’est aussi une trahison envers nos collègues qui se mettent en danger pour aider les autres, y compris ceux qui ont payé de leur vie, tués par des groupes armés au Nord-Kivu, alors qu’ils cherchaient à protéger les communautés vulnérables contre la maladie à virus Ebola.

C’est un jour sombre pour l’OMS. Mais en faisant la lumière sur les manquements des individus et de l’Organisation, nous espérons que les victimes auront le sentiment que leur voix a été entendue et que des mesures ont été prises ;

Nous voulons que les auteurs de ces actes sachent que leurs agissements auront de graves conséquences ;

Nous attendons et exigeons de tout notre personnel, à tous les niveaux, qu’il comprenne la responsabilité particulière qu’implique de travailler pour l’OMS ;

Nous demanderons à tous les responsables de rendre des comptes en cas d’inaction dans tout cas présumé d’exploitation et d’abus sexuels.

Nous sommes parfaitement conscients que nous devons rétablir la confiance avec les personnes auxquelles nous offrons nos services, avec nos États Membres, avec nos partenaires et avec notre personnel.

Ce n’est qu’alors que nous pourrons mener à bien notre mission qui est de promouvoir la santé, de préserver la sécurité mondiale et de servir les populations vulnérables.

Je vous remercie. Fadela, c’est à vous