DR Congo

27 millions de personnes, dont 49,9 % d'enfants, ont besoin d'une aide humanitaire en République Démocratique du Congo

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Objet : Note de perspective des ONG internationales sur la situation humanitaire en République démocratique du Congo

Dans le cadre du lancement du Plan de Réponse Humanitaire (PRH) 2022 reflétant un appel coordonné des acteurs humanitaires en République Démocratique du Congo (RDC), les membres du Forum des ONG internationales dans le pays, rassemblant 117 organisations internationales de l'urgence, du développement et de la stabilisation, souhaitent partager quelques perspectives sur la situation humanitaire et sur les opportunités d'action des gouvernements et des bailleurs, publics et privés, pour soulager la détresse des personnes dans le besoin en RDC.

Messages clés

  • La gravité des besoins doit être reconnue et correspondre à un financement et à un engagement politique adéquat. Pour réduire les besoins humanitaires et garantir un impact durable à long terme, il est primordial de ne pas se contenter de lever des fonds mais aussi de renforcer les liens entre les interventions d'urgence, d'aide au développement et les efforts de consolidation de la paix, et d'investir à la fois dans des interventions rapides et dans des approches plus durable qui peuvent remédier aux effets à moyen et long terme des crises de sécurité alimentaire et renforcer la résilience et la stabilité.

  • Les acteurs humanitaires ont besoin d'un soutien plus fort de la part des gouvernements et des bailleurs pour surmonter les défis opérationnels. Pour que les actions humanitaires comptent, les obstacles à la mise en œuvre des opérations doivent être résolus, le personnel humanitaire doit être protégé et l'espace et les principes humanitaires doivent être sauvegardés.

La gravité des besoins doit être reconnue et correspondre à un financement et à un engagement politique.

Selon le HRP lancé le 17 février 2022, 27 millions de personnes sont en situation de besoin humanitaire en RDC cette année, et 1,88 milliards USD sont nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents de 8,8 millions de personnes, dont 49,9 % d'enfants et 15 % de personnes handicapées. La situation d'insécurité alimentaire est alarmante avec plus d'une personne sur quatre en phase 3 et 4 (respectivement crise et urgence), dont 6,1 millions en phase 4 et 20,9 millions en phase 3.

Avec 5,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays par les conflits, la RDC compte le deuxième plus grand nombre de personnes déplacées sur le continent africain. Rien qu'au cours des huit premiers mois de 2021, on estime que 1,5 million de personnes ont été déplacées, principalement en raison d'attaques, d'affrontements armés ou de conflits fonciers et intercommunautaires.

La RDC reste l'une des crises humanitaires les plus complexes et les plus longues au monde. Les conflits et les tensions ethniques qui font rage, souvent alimentés par des intérêts politiques et économiques internationaux ou nationaux, y sont pour beaucoup. Les attaques contre les civils et les violences sexuelles et sexistes généralisées suscitent de graves préoccupations en matière de protection, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, où un état de siège a été officiellement déclaré en mai 2021. De grandes parties du pays étant touchées par le conflit depuis plus de deux décennies, des générations de femmes, d'hommes et d'enfants congolais n'ont jamais connu la paix. En outre, le pays est régulièrement confronté à des épidémies de maladies telles que le choléra, la polio, la rougeole, la fièvre jaune, le virus Ebola et la peste bubonique. Ces épidémies ont à leur tour un impact important sur la situation socioéconomique des ménages, renforçant les problèmes humanitaires existants tels que l'insécurité alimentaire et la malnutrition.

Pourtant, la crise humanitaire dans le pays reste l'une des plus invisible et sous-financées par rapport aux besoins. Pire, l'écart entre les ressources requises et les ressources fournies se creuse. Le pourcentage de financement par rapport au budget requis est pour la deuxième année consécutive inférieur à 40% (38% des fonds reçus pour 2021). Dans ce contexte, les ONG internationales présentes en République démocratique du Congo tirent la sonnette d'alarme. La RDC, avec ses crises multiples et ses urgences sans cesse renouvelées, le peuple congolais, les familles déplacées par les conflits et les enfants qui meurent de faim doivent être placés en tête de l'agenda international, avec un engagement politique et un soutien financier à la hauteur de la gravité de la situation.

Recommandation

La communauté des bailleurs doit reconnaître le déséquilibre entre les besoins humanitaires et le niveau de financement et placer l'impératif humanitaire et les preuves, tels que présentés dans le HRP, au centre des priorités de financement. Pour réduire les besoins humanitaires et pour assurer un impact durable à long terme, il est primordial de renforcer les liens entre les interventions d'urgence, l'aide au développement et les efforts de consolidation de la paix, et d'investir à la fois dans les interventions rapides et dans les approches plus durables qui peuvent traiter les effets à moyen et long terme des crises de sécurité alimentaire et renforcer la résilience et la stabilité. Des efforts concrets et collectifs sont déjà entrepris par les partenaires pour mettre en œuvre l'approche Triple Nexus afin de réunir les acteurs de l'urgence, du développement et de la consolidation de la paix selon de nouvelles modalités en vue d'un changement à long terme. L'objectif collectif devrait être d'aider la RDC à atteindre une situation où l'assistance humanitaire récurrente n'est plus nécessaire. Partout où les conditions de gouvernance et de stabilité rendent cette possibilité réalisable, les humanitaires continueront à chercher à promouvoir l'implication des acteurs du développement pour travailler à des solutions durables. Pour que ces efforts soient couronnés de succès, il faut adopter non seulement plus de moyens, mais aussi des approches innovantes pour fournir un financement flexible et à plus long terme.

Les acteurs humanitaires ont besoin d'un soutien plus fort des gouvernements et des bailleurs pour surmonter les défis opérationnels

Répondre aux besoins humanitaires en RDC est exceptionnellement difficile car l'accès est une lutte constante, en raison des obstacles administratifs, des défis logistiques, de l'isolement de certaines zones du pays ou encore de la détérioration de la situation sécuritaire. Tout cela est largement dû à la mauvaise gouvernance à plusieurs niveaux. Les ONG internationales se heurtent à des obstacles bureaucratiques et administratifs qui, intentionnellement ou non, ciblent l'action humanitaire, entraînant des difficultés dans l'importation de biens (par exemple, des médicaments vitaux ou des véhicules indispensables) et des coûts massifs ayant un impact direct sur la population à laquelle l’aide est destinée. En outre, compte tenu de l'immensité du pays, de la faiblesse des infrastructures et de la détérioration de la situation sécuritaire, les humanitaires sont constamment confrontés à des défis logistiques, ce qui les rend dépendants des services de vol coûteux fournis par les vols commerciaux, des acteurs humanitaires comme UNHAS ou ECHO, ou des acteurs privés, pour fournir une assistance vitale aux populations les plus vulnérables dans les zones difficiles d’accès dans le pays. Le manque de ces services a un impact direct sur les opérations, d'où la nécessité de trouver des solutions à long terme.

La persistance des violences et des attaques affectant les acteurs humanitaires reste par ailleurs une préoccupation majeure pour toutes les organisations humanitaires car ces attaques sont souvent suivies de suspensions de mouvements dans les zones affectées qui ont un impact direct sur les personnes vulnérables qui, par conséquent, ne sont plus servies. La RDC reste l'un des pays les plus dangereux du monde pour les travailleurs humanitaires. Entre janvier 2021 et janvier 2022, l'Organisation Internationale pour la Sécurité des ONG (INSO) a rapporté 268 incidents de sécurité sur le personnel des ONGI, parmi lesquels 36 enlèvements, 29 blessés et 7 morts. Dans les régions touchées, l'insécurité et les difficultés de transport perturbent également les efforts des populations affectées pour accéder aux rares services essentiels disponibles.

Recommandation

Pour que les actions humanitaires comptent et aient un impact, les obstacles administratifs doivent être résolus, le personnel humanitaire doit être protégé et l'espace humanitaire doit être préservé dans toutes ses composantes de l’accès. Cela nécessite une position plus forte, politiquement, économiquement et diplomatiquement, de la part de la communauté mondiale des bailleurs, publics et privés, pour soutenir le plaidoyer des ONG internationales auprès des autorités de la RDC sur le respect des principes humanitaires et sur la recherche de solutions durables aux obstacles à l'accès humanitaire.

Assurer l'efficacité et l'impact de l'aide est une responsabilité collective

Nous avons une responsabilité collective vis-à-vis de la situation de la RDC dans le futur et il existe des opportunités d'action et de changement. Sans fermer les yeux sur les besoins humanitaires actuels de millions de personnes, des solutions innovantes pour un impact durable à long terme sont possibles.

Le Forum des ONG internationales en RDC est ouvert au dialogue et reste à disposition si vous avez des questions ou si vous souhaitez discuter davantage de nos points de vue.