DR Congo

«Dans les groupes armés, on ne fait rien d’autre que chercher à manger»

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John et Rafiki avaient à peine 15 ans quand ils ont été recrutés par des groupes armés qui sévissent dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). John a été garde du corps, Rafiki était chargé de transporter les munitions. Aujourd’hui, ils sont tous les deux pris en charge par le Centre de transit et d’orientation (CTO) de Masisi et n’ont plus qu’une idée : retrouver une vie normale grâce au soutien du CTO et du PAM.

par Fabienne Pompey

Pour ces jeunes maltraités, battus, à peine nourris pendant les longs mois passés dans les groupes armés, les repas quotidiens fournis par le PAM sont une motivation supplémentaire pour reprendre le chemin, parfois difficile, d’un retour à la vie civile.

John Kikandi, 16 ans aujourd’hui, a intégré de son plein gré un des importantes milices de l’Est. Faute d’argent, il venait d’arrêter l’école et se sentait rejeté par ses anciens camarades de classe. «Je pensais en entrant dans un groupe armé que j’allais gagner de la considération et de l’argent. Que c’était un lieu de refuge», raconte le jeune homme. Il a vite déchanté.

Trois jours sans manger

«On nous racontait des histoires comme quoi nous allions prendre le pouvoir. J’ai vite compris que l’on se battait pour une seule raison : trouver à manger. En général on volait la nourriture ou alors on menaçait les villageois pour qu’ils nous nourrissent. Franchement même si chez moi il n’y avait pas grand-chose, on mangeait mieux à la maison.» Armé de sa mitrailleuse chinoise, John assure n’avoir jamais tiré sur personne mais seulement en l’air.

Quand son groupe s’est rallié, les miliciens ont été invités à intégrer les rangs de l’armée nationale. Trop jeunes pour porter l’uniforme, John comme Rafiki, seront rendus à leur famille, après quatre mois dans le CTO.

La famille de Rafiki était sans nouvelle de lui depuis huit mois. La dernière fois que ses parents l’avaient vu, il partait avec des camarades à Goma récupérer des livres scolaires offerts par une ambassade étrangère. C’était en septembre 2009. En route, ils sont tombés dans une embuscade. Sept d’entre eux ont été enlevés par des miliciens.

Les premières semaines ont été un cauchemar. «Ils avaient fait creuser un très grand trou dans le sol, fermé au dessus par des toiles et des branchages. On y entrait par un autre trou moins large et une sorte de tunnel. On était nombreux là dedans, plusieurs dizaines. Au fond il y avait de l’eau on ne pouvait donc pas s’allonger, on dormait debout, appuyé sur les murs. Les trois premiers jours on restait là toute la journée sans manger. Puis on nous laissait sortir un peu, on nous donnait de la nourriture mais on nous battait, tous les jours, de 20 coups de fouet.» Cette torture a duré trois semaines avant que le jeune prisonnier, considéré comme plus docile, soit chargé de transporter les munitions, collecter du petit bois et voler de la nourriture dès que l’occasion s’en présentait.

Sur ses sept camarades, quatre, tous majeurs, ont choisi d’intégrer l’armée régulière. Pour Rafiki, même s’il avait eu l’âge «pas question d’aller dans l’armée.» «Je veux vivre comme un enfant»

Le CTO de Masisi accueille actuellement 74 enfants de 10 à 17 ans qui passent ici quatre mois avant d’être rendu à leur famille. Ils se refont une santé, reçoivent un soutien psychologique et une formation. Ceux qui sont aptes à reprendre l’école, y retournent. Les autres apprennent à cultiver et élèvent des porcs et des canards.

Le CTO a un équipement minimal et sans l’aide du PAM, qui assure les rations quotidiennes et de ses autres partenaires, il ne pourrait pas remplir sa mission. Depuis 2004, date de sa création, le CTO de Masisi a accueilli 1 476 jeunes, et depuis le début il reçoit l’aide du PAM pour rendre à ses jeunes, privés pendant des mois, voire des années, d’une alimentation suffisante.
John et Rafiki sont aujourd’hui des adolescents solides et prêts à travailler. Ils vont tous deux bientôt retrouver leur famille et veulent retourner à l’école. «Je veux vivre comme un enfant, pas comme un soldat» explique Rafiki. La vie ne sera pas toujours facile, mais assure-t- il, «ce ne sera jamais pire que dans les groupes armés.»