Malnutrition : Les relais communautaires jouent un grand rôle dans la lutte au Congo

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from Government of the Republic of Congo
Published on 25 Feb 2013 View Original

Dans le cadre de la lutte contre la malnutrition chronique et aiguë au Congo, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) entend renforcer la formation des relais communautaires. La représentante de l’UNICEF au Congo, Marianne Flash, l'a annoncé à l’issue des visites des sites communautaires effectuées à la faveur d'une série de reportages, réalisée du 18 au 24 février à Brazzaville et Pointe-Noire sur la lutte contre la malnutrition et l’anémie.

Ces visites dans les sites permettront à l’UNICEF de renforcer son programme de plaidoyer en vue d’une mobilisation de fonds en faveur de la lutte contre la malnutrition. Composée du staff dirigeant de l’UNICEF, des journalistes de la presse nationale et internationale, la délégation s’est rendue dans plusieurs sites, notamment des centres de santé intégrés (CSI), des sites communautaires de Madibou, Ngoko, Mantébé (8ème arrondissement de Brazzaville), dans le village déclaré FDAL à Moukolé, ainsi que dans le quartier Kimpouomo (sud de Brazzaville), où la délégation a échangé avec le comité local de développement sur l’assainissement total.

La création de ces différents sites communautaires est le fruit de la coopération entre le gouvernement congolais et l’UNICEF, en vue de permettre aux communautés, même les plus reculées de bénéficier des séances d’éducation nutritionnelle, de dépistages des cas de malnutrition, de la supplémentation en vitamine A et en acide folique, de déparasitage, de vaccination des enfants et des femmes enceintes. D’après Mme Flash, l’enquête démographique et de santé (EDS) réalisée en 2005 et celle publiée en 2011 relèvent que le pourcentage des mamans qui pratiquent l’allaitement n’a pas changé.

«Si nous voulons lutter contre la malnutrition, c’est au niveau de la communauté que nous devons commencer. Si en 6 ans, nous n’avons pas pu obtenir des résultats améliorés, c’est importants pour nous tous de comprendre pourquoi la situation demeure inchangée. Nous avons travaillé avec le personnel de santé, des affaires sociales, les mamans relais communautaires sur les conseils à donner. Si les comportements ne changent pas vraiment, ça veut dire qu’on doit changer les stratégies. Nous allons regarder les années prochaines, pourquoi les mamans donnent –elles très tôt les aliments à l’enfant. C’est ça qui amène les impacts négatifs tels les diarrhées et le manque de croissance», a indiqué Mme Flash.

Pour elle, à partir de 6 mois, l’enfant a besoin, en complément du lait maternel, des éléments nutritifs tels les fruits et les légumes. Des études ont démontré qu’un enfant qui a été mal nourri ou malade régulièrement avant l’âge de deux ans, n’a pas un corps très développé.

«On appelle ça la malnutrition chronique. Ce sont des enfants qui sont trop petits pour leur âge et qui n’arrivent pas à bien apprendre à l’école et quand ils sont adultes, ils souffrent souvent des maladies chroniques. Depuis 2007, les recherchent ont montré que la malnutrition chronique des enfants avait un lien avec les maladies chroniques des adultes comme le diabète, les maladies cardiovasculaires. C’est là où nous allons commencer à travailler beaucoup plus avec la communauté pour donner des conseils aux mamans relais communautaires», a signifié Mme Flash.

La lutte contre la malnutrition au Congo a connu des avancées considérables, comparée avec les autres pays de la région, où le taux de malnutrition est plus élevé. Par ailleurs, a dit Mme Flash, «le Congo regorge de nombreuses potentialités dans le domaine de la production agricole. La nourriture de bonne qualité ne manque pas et il n’y a pas de raison pour avoir un taux élevé de malnutrition dans le pays. En 2005, c’était autour de 30%. C’est quelque chose qu’on doit attaquer».

Dans le cadre de la lutte contre ce fléau, le gouvernement et l’UNICEF ont mis en place un système de dépistage de la malnutrition aigue au niveau des enfants de moins de 2 ans. Des agents de santé ont été formés à cet effet. Pour accentuer les stratégies, l’UNICEF préconise d’installer, au niveau des hôpitaux, des CSI, des activités communautaires, le dépistage de la malnutrition chronique.

«On va mesurer la taille des enfants de 2 à 5 ans et comparer avec leur âge afin de savoir s’ils sont malnutris chroniques. Mais, ce qui est le plus important ce sont les 1000 jours où on doit agir. Les 1000 jours, c’est la grossesse, c’est immédiatement après la naissance parce que beaucoup d’enfants meurent le 1er mois de la naissance et le reste des 1000 jours, c’est jusqu’à 2 ans. C’est pendant cette période qu’on doit agir», a dit Mme Flash.

Approche multisectorielle, la lutte contre la malnutrition nécessite qu’une attention particulière soit mise davantage sur la formation du personnel des CSI, des agents sociaux. Tous les secteurs concernés doivent se mobiliser pour mettre la qualité dans la production, la transformation, en vue de donner les chances de réduire les risques de la malnutrition.

L’eau et l’assainissement constituent les facteurs encourageant la mal nutrition au Congo. Près de 35% des enfants souffrent des maladies diarrhéiques, près de 20% des kystes chez les femmes sont dus aux défécations à l’ère libre. Pour lutter contre ces pratiques, à l’origine de plusieurs maladies et décès, l’UNICEF a lancé un projet «un ménage, une latrine». Ce projet a consisté à faire participer les communautés dans la construction des latrines, notamment à Moukolé, un village déclaré FEDAL.

Pour résoudre cette question, il est indispensable de prendre des dispositions juridiques sur l’exposition des produits alimentaires dans les lieux de vente. Outre les latrines, des puits d’eau ont été érigés pour que les populations aient accès à une eau propre à la consommation. Les populations locales sont impliquées pour la recherche de solutions durables à la lutte contre la famine et la malnutrition. L’efficacité des activités développées sera renforcée par la création d’un environnement sain à travers la synergie avec les diverses interventions financées par l’Unicef, notamment le programme d’assainissement total piloté par la communauté (ATPC) et l'adoption des meilleures pratiques d'hygiène.

L’UNICEF a procédé à la distribution d'une grande quantité de bidons de 10 litres pour la conservation de l'eau, des quantités de l'eau de Javel et du savon ; des kits d’hygiène ont été mis à la disposition des femmes en état de grossesse ou allaitantes et les enfants mal nourris dans les localités ciblées, les centres de nutrition communautaires, les enfants et femmes pris en charge dans les centres de santé en plus des écoles avec les cantines scolaires.

Le gouvernement est prêt à accompagner le secteur privé dans la création des entreprises de production des aliments vecteurs de micronutriments, notamment des aliments fortifiés. Le problème de nutrition des nourrissons fait l’objet d’un plan d’action 2013-2017, élaboré avec l’UNICEF.

«Des mesures incitatives d’ordre fiscal seront prises. Il y a un engouement d’installation d’industries agroalimentaires qui veulent mettre sur le marché les aliments fortifiés, notamment les pâtes enrichissantes. S’il y a une entreprise qui veut produire spécifiquement les petits sachets de bouillie pour les enfants, nous allons les aider. Nous travaillons dans le sens d’aller toujours vers les aliments vecteurs susceptibles d’être enrichis», a déclaré le ministre d’Etat, ministre du développement industriel et de la promotion du secteur privé, Isidore Mvouba.

En effet, avec le concours de l’UNICEF, le gouvernement a publié en 2008, un décret faisant obligation à l’importation du sel iodé. Aujourd’hui, près de 99% de sel consommé au Congo est iodé. En novembre 2008, le gouvernement s’est donné une feuille de route portant sur la fortification de la farine fabriquée à la Minoterie du Congo (MINOCO). Toute la farine produite par la société est enrichie en fer et acide folique.

Aujourd’hui, en partenariat avec l’UNICEF, il est envisagé l’enrichissement d’autres produits vecteurs comme le sucre produit par la Saris Congo en vitamine A, qui est une vitamine de croissance. Une étude est en train d’être menée avec le financement de l’Union européenne (UE) dans ce sens. Le programme alimentaire mondial (PAM) a un projet des cantines scolaires dans le pays, avec pour possibilités d’enrichir la farine de manioc en fer.

«Il a été mis en place un cadre de concertation, à travers un décret 614-2012 qui met en place la commission nationale de fortification des aliments, qui va travailler dans le cadre de l’amélioration de la qualité de fer, du sel iodé», a dit M. Mvouba, saluant l’implication de l’UNICEF dans la lutte contre les carences de vitamines au Congo. Il a annoncé que l’antenne de normalisation qui existe, va devenir une agence de normalisation pour faire un contrôle qualité plus efficace des aliments.

Les statistiques de la malnutrition chronique chez les enfants de 0 à 59 mois se présentent comme suit au niveau des départements du Congo : Brazzaville (18,9%) ; Pointe-Noire (22,7%) ; Lékoumou (38,6%) ; Bouenza (22,8%) ; Niari (26,9%) ; Kouilou (32,5%) ; Pool (28,5%) ; Plateaux (36,1%) ; Sangha (35,4%) ; Cuvette-Ouest (29,2%) ; Cuvette (24%) ; Likouala (28,9%).