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Congo : Controverse à l'approche des élections législatives

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BRAZZAVILLE, 11 mai 2007 (IRIN) - A peine deux mois avant les élections législatives en République du Congo, une querelle fait rage entre le gouvernement et l'opposition au sujet de la composition de la commission électorale indépendante chargée de superviser le scrutin.

En avril, l'Assemblée nationale, dominée par les membres du parti du président Denis Sassou-Nguesso, a adopté une motion visant à la nomination par décret présidentiel des membres de la commission électorale indépendante.

Les motions présentées par l'opposition, quant à elles, doivent encore être soumises à débat ; elles visent à assurer que la commission soit véritablement indépendante et à empêcher toute interférence dans l'exécution de la procédure électorale.

L'opposition avait également exigé que les circonscriptions électorales fassent l'objet d'une révision ; ayant été déboutée de sa demande, elle a déclenché un boycott du Parlement. Dès lors, la loi portant nomination de commissaires électoraux par décret présidentiel a été adoptée sans consulter les membres de l'opposition.

Le cabinet avait également décidé, le 13 février dernier, qu'il n'était pas nécessaire de subdiviser les circonscriptions avant les élections.

« Nous avons légitimement demandé une révision des circonscriptions afin de donner les mêmes chances à tout le monde », a expliqué Eugène Sama, porte-parole du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), un parti d'opposition.

M. Sama a donné l'exemple de la ville de Nyaki, située dans la division administrative de Bouenza, qui compte près de 80 000 habitants et n'est pourtant représentée au Parlement que par un seul député. A l'inverse, Ollombo, une localité d'environ 2 000 habitants, située dans la région de la Cuvette, est représentée par deux députés.

Selon l'opposition, l'actuelle Commission nationale des élections manque d'indépendance et de transparence. D'autres groupes, y compris certains partis politiques alliés au Parti congolais du travail (PCT), le parti du président, et plusieurs organisations non gouvernementales ont également appelé à la création d'une commission électorale véritablement indépendante.

L'opposition demande une commission 'new-look'

La Coordination d'appui au processus électoral (CAPE), une organisation qui chapeaute divers groupes de la société civile, a suggéré que soit créée une commission électorale dont les membres seraient sélectionnés par l'Etat, les partis politiques et la société civile.

« Nous souhaitons que soit formée une telle commission car nous pensons que cela permettra de garantir des élections libres et justes dans le pays », a déclaré Roger Bouka Owoko, le coordinateur de la CAPE.

La commission électorale indépendante serait également chargée de vérifier les listes électorales et de superviser la délivrance des cartes d'identité et des cartes électorales, ainsi que l'impression des bulletins de vote.

Le 24 avril 2007, l'opposition et certains partis politiques alliés à la majorité au pouvoir ont organisé un rassemblement à Brazzaville pour appeler à la formation d'une commission électorale indépendante.

Ils ont également demandé au peuple de boycotter la vérification des listes électorales entamée le 20 avril. Les élections législatives sont prévues pour le 22 juin et le 24 juillet.

A en croire ces partis, les listes électorales utilisées pour les élections de 2002 seraient frauduleuses et auraient été manipulées de façon à assurer une victoire électorale au parti au pouvoir.

Jusqu'à présent, le gouvernement ne semble pas susceptible d'accéder aux demandes de l'opposition. François Ibovi, le ministre chargé de l'Administration et de la décentralisation, semblait rejeter l'idée d'un débat au sujet de la commission électorale, déclarant que le Parlement avait déjà statué.

« L'opposition parlementaire a participé au débat. Il y a eu un dialogue. L'opposition doit respecter les procédures légales. Même si elle avait voté contre cette loi, elle doit s'y conformer », a-t-il déclaré.

Accusations gouvernementales

Le gouvernement a accusé l'opposition de tenter de fomenter des troubles.

« La violence n'a plus sa place dans ce pays », a souligné M. Nguesso le 2 mai. « J'ai entendu dire que des groupes politiques envisageaient d'avoir recours à la violence pour détruire ce que nous avons construit. Si nous avons des différends, nous devons les résoudre par le dialogue et la loi. Personne n'est autorisé à inciter [le peuple] à la violence alors que nous appelons au dialogue et au consensus ».

Selon Raymond Damase Ngollo, le chef du Rassemblement pour la démocratie et la république (RDR), l'opposition n'a pourtant pas l'intention de causer des troubles.

« Pourquoi ces gens ont-ils peur ? Nous demandons simplement au gouvernement de mettre en place un arbitrage [juste] en vue de ces élections. Pour l'avenir de notre pays. Sans cette commission, nous ne savons pas s'il faut participer à ces élections, dont les résultats sont décidés d'avance », a déploré M. Ngollo.

Au Congo, les élections se déroulent souvent dans la violence. En juin 1993, le parti de l'ancien président Pascal Lissouba avait refusé de reconnaître la validité des résultats du premier tour et avait boycotté le second tour ; à la suite de ce boycott, les partisans de M. Lissouba étaient descendus dans les rues, déclenchant des hostilités qui s'étaient soldées par une guerre civile.

Le Parlement actuel, composé de 137 membres, a été élu en 2002 à la suite d'élections qui, à en croire l'opposition ainsi que certains observateurs, ont été entachées d'irrégularités.

Les élections de 2002 n'ont pu être organisées que dans six des 14 circonscriptions de la division administrative du Pool, dans le nord-ouest du pays, en raison d'une guerre civile qui opposait l'armée congolaise aux milices loyales au pasteur Frédéric Bitsangou, un chef rebelle également connu sous le nom de Ntoumi.

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