La FIDH, en tant que représentant légal du peuple Wiwa devant la JEP, se félicite de la décision de ce tribunal de le reconnaître, ainsi que son territoire ancestral, comme victimes du conflit armé en Colombie. La FIDH attend de la JEP qu’elle progresse dans la désignation des principaux responsables des crimes commis et que les sanctions qui leur seront imposées soient conformes à la vision du monde des peuples autochtones, à leur propre gouvernance et à leur propre droit.
Bogotá, 11 juillet 2024. La Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a accrédité le peuple autochtone Wiwa, qui réside dans le nord de la Colombie, en tant que victime de crimes non-amnistiables commis à son encontre. Cette reconnaissance s’inscrit dans le cadre du macro-cas 09, dans lequel le tribunal cherche à juger et à sanctionner les principaux responsables des actes criminels commis contre des peuples et des territoires ethniques en raison du conflit armé colombien, pendant celui-ci ou en relation directe ou indirecte avec celui-ci.
L’Organisation Wiwa Yugumaiun Bunkuanarrua Tayrona (OWYBT), dont le représentant légal est la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), a été reconnue par la JEP comme intervenant spécial dans le macro-cas 09, en vue d’agir au nom du peuple Wiwa, qui regroupe environ 20 000 personnes.
Dans sa décision, la JEP a également reconnu comme victimes les peuples Arhuaco, Kankuamo et Kogui qui, avec le peuple Wiwa, habitent le territoire ancestral, sacré et collectif de la Sierra Nevada de Gonawindua (Santa Marta).
De même, la JEP a accordé le statut de victime au territoire ancestral, considérant que la guerre a entraîné la destruction des écosystèmes, la perte des sources traditionnelles de subsistance, la dégradation des sites sacrés et des systèmes de connaissance, ainsi que la diminution de la flore et de la faune. Cela a eu un impact sur l’économie de subsistance des quatre peuples autochtones, sur leurs habitudes alimentaires, sur leur autonomie alimentaire et sur leur médecine traditionnelle.
Compte tenu de la reconnaissance du territoire ancestral en tant que victime, la JEP a demandé au Ministère de la défense nationale et à l’Armée nationale de « rendre compte de l’état d’avancement du processus de consultation visant à envisager la possibilité de retirer la base militaire ; les lignes, les stations et les sous-stations électriques ; ainsi que les antennes et les tours de communication situées au Cerro Inarwa (également connu sous le nom de Cerro Alguacil) ». [1]
Le macro-cas 09 est l’occasion pour la JEP de constater et de sanctionner les impacts différenciés et disproportionnés que le conflit armé interne a eu sur les peuples autochtones de Colombie et, en l’occurrence, sur le peuple Wiwa. Les crimes commis contre les peuples, leurs membres, leurs autorités et leurs territoires ancestraux ont conduit nombre d’entre eux au bord de l’extermination physique et culturelle.
Selon le règlement de la JEP, la participation du peuple Wiwa et d’autres peuples doit se faire dans le cadre d’un dialogue interculturel et d’une coordination inter-juridictionnelle entre les autorités autochtones et le tribunal. La FIDH, en tant que représentant légal du peuple Wiwa, attend que la JEP garantisse sa participation adéquate et celle de ses autorités traditionnelles à ce dialogue. Il est également nécessaire que toutes les étapes judiciaires – y compris l’approche restaurative guidant les procédures de la JEP – soient conformes à la vision du monde du peuple Wiwa, à sa propre gouvernance et à son propre droit.
Notes
[1] Juridiction spéciale pour la paix. Chambre de reconnaissance. Arrêt SRVBIT-XCBM-NNHC-JJCP-ACHP- 01