Chad

Tchad : tension persistante dans l'Est

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
Raphaël MVOGO

Dans cette région réputée sanctuaire de groupes armés, l'état d'urgence et le couvre-feu sont plus rigoureux.

«Est-ce qu'on a encore peur du mal ? Nous, on est dans le mal », plaisante le secrétaire général de la région du Ouaddaï, Mahamat Saleh Ahmat Khayar, avec un visiteur. L'Est du Tchad est réputé sanctuaire de mouvements rebelles et de milices. Le commissaire Ousmane Bouba, chargé de la surveillance du territoire, reconnaît que c'est « une zone de crise, une zone rouge », o=F9 l'étranger est tenu de se munir d'un passe-droit, une autorisation de circuler, pour se déplacer.

La région est à son troisième état d'urgence en trois ans, affirment des sources concordantes. Couplé à un couvre-feu allant de 20h30 à 6h du matin, celui actuellement en vigueur a été reconduit vendredi dernier, comme dans le reste du territoire national, pour quinze jours. En raison du dispositif sécuritaire spécial, il est plus rigoureux. Mais, dans certaines zones, comme Guéréda et Bahaï (cette localité est frontalière du Darfour au Soudan), les opérations des bandes armées font rage.

Pour se rendre dans ces localités, il faut nécessairement une escorte de l'armée, informe Ibrahima Diarra, chef du sous-bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies (en anglais OCHA) d'Abéché. Même à Gaga, à quelque 70 kilomètres au nord de la capitale du Ouaddaï, les déplacements des humanitaires se font en convoi. « Depuis mon arrivée en octobre, je n'ai pas pu visiter cinq sites de déplacés sur les 29 qui existent, à cause de l'insécurité », confie la coordinatrice humanitaire adjointe pour le Tchad, chargée de l'Est, Fatma Samoura Diouf, qui révèle par ailleurs qu'« au moins 180 véhicules humanitaires ont été braqués et emportés en deux ans ».

Parfaite illustration de cette insécurité, lors de la journée du 25 février, un véhicule de l'ONG italienne Coopi a été arraché à son chauffeur au marché central d'Abéché. Le même jour dans la nuit, deux résidences humanitaires ont également subi des braquages à main armée. Avec un même modus operandi, souligne Fatma Samoura Diouf. Récemment aussi, le sous-préfet de Guéréda a été assassiné, apprend-on.

A la frontière tchado-soudanaise, il est fait état de bruits d'armes. L'Eufor annonce la disparition lundi d'un de ses éléments. Dans les camps de réfugiés (au total douze), le gouverneur du Ouaddaï, le général de corps d'armée Bichara Issa Djadallah, ex-ministre de la Défense, ancien conseiller du président Idriss Deby Itno pour la sécurité et ancien attaché de défense près l'ambassade du Tchad à Paris, évoque des saisies d'armes. De leur côté, les responsables du système des Nations Unies, qui dénombre également des victimes des mines antipersonnel, signalent les viols des femmes dans ces camps.

Vendredi dernier, l'alliance rebelle qui a tenté de s'emparer du pouvoir à N'Djamena début février a annoncé sa reconstitution à Goz Beida, à quelque 190 kilomètres au sud d'Abéché. Selon le bureau de coordination des Affaires humanitaires, entre 8.000 et 10.000 nouveaux réfugiés restent bloqués à la frontière. C'est un afflux enregistré suite aux dernières attaques sanglantes des milices djandjawids du Soudan voisin il y a quelques semaines.