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Tchad Rapport de situation, 9 avril 2021

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Situation Report
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FAITS SAILLANTS

  • Plus de 101 300 ménages, soit près de 458 000 personnes déplacées dans la Province du Lac à la fin mars
  • Le préfet du département de Kaya, Dimouya Souapébé, remplacé par Oumar Toubaye Sargoula, 15 mois après sa nomination
  • Nouvelle flambée de COVID-19 au Lac : 49 nouveaux cas positifs notifiés entre janvier et mars 2021
  • Création d’une clinique judiciaire à Bol en vue de rehausser le taux de prise en charge juridique et judiciaire des cas de violences basées sur le genre
  • Suspension des activités humanitaires sur le site de Fourkoulom après l’attaque du 22 mars par les groupes armés non-étatiques

ANALYSE

Aperçu de la situation sécuritaire et humanitaire au Lac

Situation sécuritaire / accès

La montée des eaux du lac, à partir de fin décembre 2020, a été un indicateur de recrudescence des mouvements de populations. Cette période correspond à la période de mobilité des GANE d’un point à un autre sans se faire repérer. La quasi-majorité des incidents de sécurité et de protection (65%) de janvier et février 2021 sont attribués aux GANE et sont en augmentation de presque 200% sur ces deux mois. Plus de 80% des victimes sont les populations civiles locales. La stratégie des GANE visant les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) à travers la pose des engins explosifs improvisés (EEI) s’est poursuivie de façon asymétrique, même sur les eaux du lac, avec une dizaine de victimes dont trois morts. Les parties nord, nord-ouest de la province ont été les plus marquées par des incidents de sécurité et de protection.

Une attaque menée par un GANE a été perpétrée sur le site de Forkoulom dans la nuit du 22 au 23 mars, faisant quatre morts et quatre blessés parmi la population déplacée, une vingtaine d’habitations ainsi que des motos et un véhicule ont été incendiés. Les rumeurs d'une éventuelle attaque circulaient depuis plus d’un mois, poussant les autorités et les acteurs humanitaires à être en alerte. A la suite de cette attaque, les autorités locales ont demandé la suspension de toute activité humanitaire dans la zone ainsi qu’un renfort militaire avant qu’elles ne se rendent sur les lieux pour constater les dégâts et apporter un soutien moral aux déplacés. Après la visite du 23 mars, les autorités ont levé la suspension des activités humanitaires au motif que les acteurs humanitaires ne seraient pas visés par cette attaque. Toutefois, une période d’observation a été recommandé par l’ASMT local, en raison des opérations militaires en cours dans la zone et pour ainsi éviter des incidents avec les militaires, Ce site important abrite plus de 30 522 personnes dont les deux tiers n’ont pas encore reçu d’assistance.

Des mouvements de populations des zones insulaires vers la terre ferme ont été enregistrés à cause de la montée des eaux du lac qui a provoqué des inondations dans les zones insulaires, entraînant la perte de cultures. Selon les données du cluster Sécurité alimentaire, ces inondations auraient provoqué le déplacement de plus de 30 000 personnes et détruit 14 000 hectares semés appartenant à plus de 55 000 exploitants. Cette situation a aggravé l’état nutritionnel et alimentaire des populations.

L’espace humanitaire se réduit davantage, non seulement à cause de la situation sécuritaire mais également pour des contraintes d’accès physique dans certaines zones affectées durement par la montée des eaux et la présence d’herbes mouvantes, qui empêchent la navigation sur le lac. Cette montée des eaux était liée à la saison des pluies. Toutefois, depuis fin octobre 2020 jusqu’à fin janvier 2021, on assiste à une crue des eaux du lac depuis sa source du Chari-Oubangui, qui correspond à cette période de l’année. Le site de Diamerom est devenu complétement inaccessible depuis fin mars, car entouré des eaux d’inondation. Selon les autorités départementales, certains IDP auraient commencé à sortir du site pour trouver d’autres lieux d’installation sur une zone sèche.

Les mouvements des acteurs humanitaires sont toujours limités sur les axes suivants : Liwa-Diamerom-Kaiga Kindjiria, Kaiga Kindjiria-Kiskawa, Ngouboua-Tchoukoutalia-Boma-Kaiga Kindjiria et l’axe secondaire Bol-Baga Sola. A cela, s’ajoutent les zones insulaires de Bol et Kangalam. Les responsables militaires ont recommandé aux acteurs humanitaires d’éviter les zones de Kangalom et Tetewa, peu sûres, mais aussi l’axe Ngouboua vers Tchoukoutalia où existe un risque de mines, sauf à s’y rendre avec une escorte armée.

Les chefs des agences des Nations Unies, tenant compte de l’évolution de la situation sécuritaire qui prévaut dans la province et les orientations données par les autorités, ont demandé aux organisations humanitaires de rester vigilant. Elles pourront communiquer leur déplacement aux services de sécurité à travers leurs points focaux de sécurité. Les mouvements vers les îles et sur l’axe Ngouboua-Tchoukoutalia-Kaïga Kindjiria sont interdits. Par ailleurs, à la demande de l’ASMT, l’UNDSS, accompagné des services de sécurité de l’UNHCR, WFP, ACF et ACTED, a effectué une mission du 17 au 25 février dans quatre départements de la province : Kaya, Fouli, Wayi et Mamdi. L’objectif de cette mission était de faire une reconnaissance des axes en vue d’une mise à jour de la classification sécuritaire conditionnant l’accès des agences ONU pour la poursuite des activités de réponse humanitaire.

Situation humanitaire

Les incidents répétés des GANE dans les parties nord, nord-ouest et les zones insulaires au sud de Bol continuent de provoquer des mouvements de populations. De décembre 2020 à février 2021, on a recensé 2 891 ménages de 12 591 individus (estimations DTM) en quête de protection et d’assistance humanitaire. Environ 5 093 personnes déplacées de décembre 2020 à fin janvier 2021 n’ont pas reçu d’assistance alimentaire, y compris les cas de plaintes des personnes nonassistées enregistrées sur le site de Fourkoulom.

Depuis septembre 2020, les inondations liées à la montée des eaux du lac ont détruit 14 000 hectares de cultures semées pour environ 55 000 producteurs. Plus de 30 000 personnes ont rejoint les terres fermes et attendent une assistance. Ces personnes en situation de déplacement (PDI) à cause des inondations ont rejoint les principaux sites tels que Kousseri, Fourkoulom, Doum-Doum, Kafia site, tous situés dans le département de Kaya. Des réponses en vivres et articles ménagers essentiels (AME) ont été apportées mais elles restent insuffisantes au vu des besoins conséquents. L’installation de ces nouveaux PDI sur ces sites et villages hôtes n’a pas permis de procéder au triage des anciens et par conséquent, les nouveaux déplacés n’ont pas été clairement identifiés et assistés.

Du point de vue de la protection, les populations civiles et les PDI sont les premières victimes des exactions causées pour la plupart par les GANE. Les femmes sont gravement affectées par le conflit qui se déroule actuellement dans le bassin du lac Tchad. Du 1er janvier au 28 février, 24 cas d’enlèvements de femmes ont été signalés contre 62 pour toute l’année 2020. En termes de réponse, la prise en charge psychosociale des victimes de VBG a été largement assurée, mais l’accompagnement juridique et judiciaire est à renforcer. La création d’une clinique judiciaire à Bol pourrait constituer un appui important.

Sur le plan sanitaire, la période a été marquée par la montée des cas de paludisme, les infections respiratoires aigües (IRA) et quelques cas de coqueluche signalés dans le département de Fouli où six décès des enfants de 0 à 2 ans et une femme âgée de 36 ans ont été enregistrés. La délégation provinciale sanitaire poursuit la riposte.

Dans le cadre du suivi de l’évolution de la pandémie de COVID-19, 49 cas positifs dont deux cas post-mortem ont été enregistrés. Après un appel lancé au nom du Gouverneur de la province par le Délégué provincial de la santé, membre du Comité de suivi, la communauté humanitaire a apporté un appui multiforme constitué de matériels d’hygiène et assainissement, médicaments, vivres, équipements, capacités en ressources humaines, carburant, etc. Le poste de confinement de Daboua a été activé et les partenaires continuent à apporter leur appui pour le rendre plus dynamique. Il y a besoin d’une appropriation du leadership des activités de réponse par les autorités pour poursuivre la prise en charge des services organisés. Des séances de sensibilisation des PDI sur les mesures barrières ont été menées. Des relais communautaires ont été formés sur différents sites.

Enfin, dans le souci d’assurer un suivi régulier et efficace de la situation humanitaire, un court atelier de renforcement des capacités des sous-clusters a été organisé du 22 au 24 février. Un appui considérable au niveau du cluster national a été donné en vue d’améliorer la qualité de services de coordination sectorielle au niveau terrain. Ces différents cadres de concertations / coordination pourront également mettre en lumière les réponses apportées par les différentes organisations humanitaires. Avec l’arrivée des nouvelles autorités provinciales, le Cadre de Concertation Humanitaire – Développement a été réactivé dans le cadre de la mise en œuvre du nexus humanitaire-développement-paix.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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