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Tchad Rapport de situation, 25 sept 2020

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Situation Report
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FAITS SAILLANTS

  • Au 23 septembre, 1 171 cas de COVID-19 ont été signalés cumulativement dans 17 provinces, avec 82 décès
  • Même si le Tchad n’a pas enregistré un nombre très important de cas de COVID-19, le taux de létalité - 7% - de la maladie est parmi les plus élevés au monde
  • Le paludisme demeure la maladie qui tue le plus de personnes au Tchad : cette année 571 258 cas ont été confirmés avec 1 280 décès dans tout le pays
  • Près de 30 000 cas de chikungunya enregistrés dans l'Est du pays depuis août
  • La rougeole est endémique au Tchad. La persistance de cette épidémie qui dure depuis deux ans s’explique par une couverture vaccinale insuffisante.

Les urgences sanitaires affectent près de deux millions de personnes au Tchad

Les urgences sanitaires font partie des trois crises humanitaires majeures auxquelles le Tchad fait face (en plus de l'insécurité alimentaire et la malnutrition ainsi que les mouvements de populations). Le pays enregistre, de manière récurrente, des cas de maladies telles que le paludisme, la rougeole, la méningite, la fièvre jaune, le choléra. Cette année, des nouvelles maladies se sont ajoutées à cette longue liste : la maladie à coronavirus (COVID-19), le chikungunya à l'Est du pays, et la leishmaniose dans les provinces septentrionales du Tibesti et du Borkou, affectant principalement les orpailleurs.

La barre des 1000 cas de COVID-19 franchie

Même si le Tchad n'a pas enregistré un nombre très important de cas de COVID-19 comparé à d'autres pays africains, de la sous-région voire du monde, le taux de létalité de la maladie est parmi les plus élevés au monde. D'après les données du rapport quotidien de situation épidémiologique, publié conjointement par le ministère de la Santé publique et de la solidarité nationale et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), au 23 septembre, 1 171 cas de COVID-19 ont été signalés cumulativement dans 17 provinces, avec 82 décès soit 7% de létalité. Les nouveaux cas concernent principalement des voyageurs (entrants et potentiels), y compris des étudiants tchadiens du Cameroun et des cas de contact. La courbe épidémiologique, qui s'était aplatie en juin et juillet, est à nouveau en hausse depuis dix semaines, avec 282 cas signalés au cours de cette période. De toutes ces maladies auxquelles le Tchad fait face, la COVID-19 est celle qui a eu le plus d'impacts, particulièrement sur le plan social et économique (voir notre rapport dédié à l'étude d'impacts).

Près de 30 000 cas de chikungunya recensés à l'Est

D'après le rapport de situation conjoint de l'OMS et du ministère de la santé publique, le premier cas officiel de chikungunya a été signalé dans le district sanitaire d'Abéché le 14 août 2020. Avant cette date, le médecin-chef du district d'Abéché a été alerté, en juillet, par le responsable du centre de santé du Salamat, de la survenue des cas d'une pathologie surnommée localement "Kourgnalé". Cette pathologie est caractérisée par une forte fièvre, des céphalées, des douleurs articulaires intenses et invalidantes et parfois associées aux vomissements et traités comme cas de paludisme. En août, l'augmentation du nombre de cas enregistrés a retenu l'attention des autorités sanitaires locales.

Au 22 septembre, on compte un total de 28 991 cas dont un décès. Toutes les personnes touchées proviennent de quatre districts sanitaires de l'est du Tchad, à savoir Abéché (Ouaddaï), Biltine (Wadi Fira), Abdi et Goz-Beida (Sila). Le 9 septembre, le ministère de la santé publique a organisé une réunion virtuelle avec les bureaux nationaux et régionaux de l'OMS et le siège de Genève afin de suivre la réponse à la crise et d'identifier les lacunes et les besoins. Les autorités locales ont déployé des agents communautaires pour sensibiliser la communauté à la maladie et continuent de désinfecter des quartiers entiers et les transports publics. Bien que cette maladie ait normalement un faible taux de mortalité, sa combinaison avec d'autres facteurs de risque pour la santé est préoccupante. Elle accroît davantage la vulnérabilité de la population et sollicite davantage les ressources et les capacités de réponse sanitaire.

Paludisme : une situation inquiétante et sous-estimée

Le paludisme est la maladie qui tue le plus de personnes actuellement au Tchad. Selon les données du Comité technique national de lutte contre les épidémies (CTNLE), sur 943 040 tests de paludisme réalisés entre le 1er janvier et le 13 septembre 2020, un total de 571 258 cas ont été confirmés (60,5%), avec 1 280 décès dans tout le pays. À ces chiffres, s'ajoutent près de 1 140 000 d'autres cas suspectés sur la base des signes cliniques, mais qui n'ont pas fait l'objet de test. De ces cas suspects, 1 368 personnes sont décédées. La situation est légèrement inférieure à celle de l'année dernière à la même période (un écart de 118 305 cas et 43 décès), où l'on avait enregistré 689 563 cas confirmés dont 1 323 décès. La situation est cependant pire si on la compare aux années 2017 et 2018 où le nombre de cas confirmés était respectivement de 524 148 et 534 781 (avec 957 et 922 décès).

Les provinces les plus touchées sont, entre autres, le Logone oriental (avec un total de 80 930 cas), le Mandoul (82 258 cas), le Moyen-Chari (60 207 cas), la Tandjlé (55 777 cas) et N'Djamena (53 976 cas).

Ces cas importants de suspicion de paludisme peuvent s'expliquer essentiellement par deux facteurs. Il y a d'abord l'indisponibilité des tests dans certaines zones pour confirmer les signes cliniques constatés, puis l'incapacité financière des patients à payer pour les tests. Dans une certaine mesure, la fiabilité du test peut souffrir à cause des conditions de conservation, puisque dans les zones reculées, ce sont les tests de diagnostic rapide et faciles d'utilisation, communément appelés TDR, qui sont utilisés, au lieu du microscope dont la maintenance n'est pas aisée.

L'incapacité financière des patients peut être imputable à la révision du paquet de la gratuité des soins par le gouvernement, à travers le ministère de la santé, en août 2017. En effet, le ministère de la santé avait, par arrêté, réduit à cinq les types d'urgence sanitaire pris en compte dans la mise en œuvre de la politique de la gratuité des soins (paludisme grave, consultations prénatales et néonatales, accouchements par césarienne, prise en charge nutritionnelle des enfants, et morsures de serpent et de scorpion). Le respect de cette prise en charge dans tous les centres de santé et hôpitaux publics pose souvent problème, à cause du manque des produits médicaux qui vont avec. Vu la mortalité imputée au paludisme, il serait vital de rendre gratuit les tests de paludisme et faciliter également la prise en charge de la maladie.

Une rougeole endémique dont on recense plus de 8 000 cas

La rougeole est endémique au Tchad avec une épidémie annuelle qui affecte majoritairement les enfants et les adolescents. D'après un rapport de situation produit par le ministère de la santé publique et l'OMS en fin avril, l'épidémie de 2020 est en réalité une flambée de celle qui a commencé en mai 2018 puisque dès la première semaine de janvier, 127 cas suspects avaient été enregistrés. Les semaines suivantes ont vu le nombre de cas tripler voire quadrupler, avec des points culminants de 814 et 810 cas suspects entre fin février et début mars. C'est vers la fin-mai que le nombre de cas hebdomadaires était tombé sous la barre des 100 cas.

Au 30 avril 2020, 28 départements de santé étaient en épidémie de rougeole déclarée. Au 13 septembre, le Ministère de la Santé publique a rapporté 8 520 cas suspects dont 39 décès, avec les nombres de cas les plus élevés dans les départements de Beboto, Kyabé et Goundi. La persistance de cette épidémie qui dure depuis deux ans s'explique par une couverture vaccinale insuffisante. En effet, selon le rapport de situation conjoint, sur un échantillon de 396 cas investigués en 2020, seulement 72 ont été vaccinés, soit moins de 20%. Il est important de renforcer la couverture vaccinale dans le pays pour minimiser l'incidence de cette maladie. Par ailleurs, il est à relever l'impact qu'a eu la COVID-19 sur la riposte à la rougeole (voir Rapport de situation du 22 mai 2020).

Il est important de noter la corrélation entre la rougeole et la malnutrition aigüe ainsi que d'autres maladies. En effet, un état rougeoleux peut entraîner un enfant vers la malnutrition. De même, un enfant malnutri est facilement exposé à d'autres maladies tels que paludisme. Au 13 septembre 2020, le Ministère de la Santé publique a enregistré plus de 450 000 cas de malnutrition aigüe dont 173 000 de malnutrition aigüe sévère avec 207 décès.

Les autres maladies telles que la méningite, la fièvre jaune et le tétanos néonatal, même avec moins de cas, continuent de causer des décès. Ainsi, depuis le début de l'année, le Tchad a enregistré 436 cas de méningite avec 41 décès ; le tétanos néonatal a touché 197 bébés dont 47 en sont morts, et les suspicions de fièvre jaune montent à 318 dont trois décès.

La communauté humanitaire estime qu'en 2020, 1,8 million de personnes sont concernées par les urgences sanitaires au Tchad parmi lesquelles 760 000 sont ciblées pour recevoir de l'assistance. Les maladies prises en compte dans le présent rapport ne représentent qu'une partie des urgences sanitaires auxquelles le Tchad fait face.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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