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Tchad : L'éduction pour les filles dans les camps de réfugiés soudanais, entre obstacle et espoir

N'Djamena, le 11 septembre 2014. Il ne faut pas sous-estimer ce que représente le fait de devoir marcher pendant des heures pour ramener de l'eau dans la chaleur étouffante du désert du Tchad oriental. C'est l'une des pires difficultés pour les femmes soudanaises vivant dans les camps de réfugiés du Tchad oriental, un lieu où les traditions socio-culturelles tendent à limiter leur rôle aux seules tâches domestiques : tâches ménagères, soins à apporter à de grandes familles, approvisionnement en eau.

Outre la nature patriarcale de la société, la pauvreté augmente les responsabilités qui pèsent sur les femmes et les fillettes. L'enfance ne dure pas longtemps pour les fillettes soudanaises déplacées qui subissent mariages et maternités précoces. Il n'est pas surprenant de voir que certaines tentent de mener à bien leur scolarité tout en s'occupant de leurs familles. Qu'elles soient ou non éduquées, les fillettes doivent veiller aux tâches ménagères, s'occuper des enfants et assurer un revenu pour faire vivre leurs familles.

Les obstacles à l'éducation. En fait, lorsqu'on regarde les chiffres on s'aperçoit qu'au Tchad oriental, le nombre de fillettes inscrites en maternelle et en primaire est plus ou moins équivalent à celui des garçons – ce qui tend à prouver que l'enthousiasme et la curiosité soulevés par l'éducation des filles qui a été largement encouragée au cours des années passées, a eu un impact tangible.

Ceci dit, le nombre d'élèves filles diminue de façon dramatique au fur et à mesure où on s'éloigne du primaire. Le poids des responsabilités fait que les filles sont souvent dans l'incapacité de faire face à leur travail scolaire, ou sont simplement gardées à la maison à cause d'une conception plus traditionnelle du rôle des hommes et des femmes.

Dans le camp de Djabal, seules quelques-unes des 2.500 filles inscrites dans les écoles finissent l'année scolaire ou se présentent aux examens. Dans le camp de réfugiés de Djabal le pourcentage de réussite des filles qui se présentent aux examens d'état à la fin de la classe terminale est de 25% contre 75 % pour les garçons.

Dans les écoles du Tchad oriental gérées par le Service Jésuite des Réfugiés, l'éducation des filles fait partie d'une réponse plus large aux défis auxquels est confrontée la communauté réfugiée. Dans un contexte au sein duquel les femmes sont rarement alphabétisées et sont absentes des rôles de premier plan, l'éducation fait partie intégrante de toute réponse susceptible de changer cet état de fait. La réponse du JRS se fait selon deux axes : proposer l'alphabétisation aux jeunes femmes, mais aussi à encourager les fillettes à fréquenter l'école secondaire et à assumer des rôles de premier plan dans leurs communautés.

Favoriser le leadership. Au cours de l'année scolaire 2013-2014, les femmes ne représentaient que 20 % des enseignants du camp de Djabal. Alors que dans les camps de Kounoungou et de Mile, le pourcentage atteignait respectivement 26 et 27 %. Sachant que dans le même temps, il n'y avait qu'une seule directrice d'école.

La création de groupes de femmes dans les écoles des camps de Kounoungou et de Mile est un premier pas en direction de la promotion des femmes à des postes de leaders. Ces groupes de volontaires promeuvent et défendent le respect des droits des femmes dans les écoles et renforcent la position des enseignantes dans les salles de classe. Les volontaires fournissent divers ateliers aux enseignantes, y compris la formation au leadership, la gestion des écoles, les droits des femmes, l'égalité et la protection. Elles se font également les défenseurs des fillettes ayant survécu à la violence sexuelle et sexiste.

Bien que les mesures prises à ce jour aient encouragé les parents à envoyer leurs filles à l'école, le taux de réussite est relativement bas. Afin de permettre à un plus grand nombre de réussir aux examens de la huitième, dans le camp de Djabal on a mis en place un programme d'accompagnement destiné à aider les 104 filles qui se présentent aux examens à terminer le cursus du primaire en 2014.

Hawa Daoud Issack et Darassalam Djouma Issack, deux fillettes qui ont participé aux cours de rattrapage proposés par le JRS, expriment leur sentiment concernant l'importance de ces cours.

« J'espère que toutes les matières de la huitième seront enseignées dans des groupes d'étude pour nous permettre à continuer de progresser », a ajouté Darassalam.

Autres défis éducatifs. Pourtant dans certaines écoles, les enfants doivent rentrer chez eux pendant les récréations pour se procurer de l'eau potable là où ils le peuvent. Mais au lieu de renvoyer leurs enfants à l'école après la récréation, certains parents gardent les fillettes à la maison pour les tâches ménagères. En d'autres termes, l'accès à l'éducation peut être lié à l'accès à l'eau potable. Pour essayer de faire en sorte que les fillettes continuent l'école, trois nouveaux puits ont été creusés près de l'école cette année.

Mais ce n'est pas le seul défi pour les fillettes. Au Tchad oriental, les jeunes mères soudanaises sont très fécondes. Une troisième crèche a été ouverte cette année. On espère que cela encouragera les jeunes mères à poursuivre leurs études au lieu de quitter l'école pour s'occuper de leurs enfants à la maison.

Ceci dit, en dépit de l'accès à l'eau potable et de l'amélioration des structures pour la garde des enfants, les questions économiques qui pèsent sur les fillettes, et sur les jeunes mères plus particulièrement, ne sont pas résolues. Au Tchad oriental, les réfugiés n'ont guère d'opportunités pour devenir financièrement indépendants. Conscient de l'importance du bien-être des familles pour l'éducation des fillettes, des programmes de développement ont été mis en place pour les réfugiés soudanais vivant dans le camp de Djabal. Si les parents arrivent à gagner leur vie, ils auront moins besoin que les fillettes contribuent à la sécurité financière de leurs familles.

Même s'il y a encore beaucoup à faire pour garantir le droit de toutes les fillettes à une éducation de qualité, les femmes soudanaises vivant dans des camps de réfugiés sont de plus en plus conscientes de leur situation sociale vulnérable et sont plus enclines à encourager leurs filles à aller à l'école. Il nous reste à faciliter les choses pour que les familles pauvres puissent concrétiser leur bonne volonté.

Isidore Ngueuleu, Responsable de l'Advocacy et de la Communication au sein du JRS Afrique de l'Ouest