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Tchad : Impact de la crise nigériane dans la région du Lac Rapport de Situation n° 28 (01/02/2018)

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Faits saillants

• Des attaques d’un groupe armé continuent d’affecter régulièrement les villages dans les zones frontalières, malgré une diminution liée à la montée des eaux du lac.

• Les opérations d’enregistrement des personnes déplacées continuent. Depuis octobre 2017, 31 723 déplacés ont été enregistrés.

• Plusieurs évaluations multisectorielles rapides ont été menées afin d’identifier les vulnérabilités dans les sites accueillant des personnes déplacées en 2017.

• Les résultats du Cadre harmonisé de novembre 2017 soulignent une situation alimentaire préoccupante dans la région du Lac.

• Les résultats de l’enquête nationale de nutrition SMART ont indiqué des taux de malnutrition au-dessus des seuils d’urgence dans la région du Lac.

• En 2017, la réponse humanitaire dans la région du Lac n’a été financée qu’à 33,4%.

Aperçu de la situation

La situation sécuritaire reste régulièrement marquée par des incidents sécuritaires affectant les populations civiles dans les zones frontalières et insulaires, malgré une diminution du nombre d’incidents liée notamment à la montée des eaux du lac. Suite à une décision des autorités tchadiennes, en novembre, les populations résidant dans les zones insulaires de Tchoukoutalia, Kaiga Kindjriria et Boma ont dû évacuer les régions frontalières avec le Niger et le Nigeria pour s’éloigner des premières unités militaires. Les informations sur de potentiels déplacements en lien avec cette décision ne sont cependant pas confirmées. Des communautés d’éleveurs nomades présentes dans cette partie de la région auraient dû poursuivre leurs mouvements en dehors de la zone.

L’accès humanitaire est limité dans certaines zones à cause de la montée des eaux du lac, notamment dans les zones de Kaiga Kindjiria et Ngouboua. L’insécurité continue d’entrainer des auto-restrictions, comme l’illustre la présence limitée des organisations humanitaires dans certaines zones, comme Kaiga Kindjiria et Tchoukoutalia.

Ainsi, selon les résultats du sondage sur l’accès humanitaire, de juillet à septembre 2017, les organisations ayant répondu au sondage déclarent que leurs interventions humanitaires ont été affectées par l’insécurité et les opérations militaires, notamment 61% dans la sous-préfecture de Kaiga Kindjria, 39% à Ngouboua et 39% à Kangalom. Le conflit intercommunautaire de juillet 2017 dans la sous-préfecture de Doum Doum autour de l’exploitation d’un polder continue d’entrainer des conséquences humanitaires, notamment sur l’accès des communautés aux soins de santé et à l’éducation.

Au 22 janvier, 31 723 personnes déplacées ont été enregistrées par le cluster Abris/AME/CCCM, au cours des opérations d’enregistrement en cours depuis octobre 2017. Parmi elles, figurent 27 647 personnes déplacées internes, 2 757 retournés tchadiens, 269 ressortissants de pays tiers, et 1 050 déplacés retournés dans leurs villages d’origine dans la zone de Kangalam. Les opérations continuent afin de vérifier les 104 400 déplacés enregistrés entre mai 2015 et janvier 2017, et enregistrer les 33 303 personnes estimées dans des nouveaux sites, qui n’ont jamais été enregistrées.

Plusieurs arrivées de personnes en situation de reddition ont été rapportées à la fin de l’année 2017. Au total, selon la Délégation régionale de l’action sociale, à mi-janvier 2018, il y aurait 1 555 personnes en situation de reddition dans la région du Lac.

En novembre et décembre, plusieurs évaluations multisectorielles rapides ont été menées par la communauté humanitaire afin d’identifier les vulnérabilités dans les nouveaux sites issus des déplacements de 2017 et dans les anciens sites ayant connu de nouvelles vagues de déplacés en 2017 dans les sous-préfectures de Daboua, Liwa et Kaiga Kindjiria.

• Dans la sous-préfecture de Daboua, 19 sites ont été évalués, accueillant plus de 11 000 personnes affectées (dont 71% de personnes déplacées internes, 23% de retournés et 6% de communautés hôtes). Ces personnes se sont déplacées des zones frontalières entre mars et août 2017 à cause de l’insécurité et des opérations militaires dans la zone. L’assistance alimentaire, l’accès aux soins de santé, à l’eau potable et la distribution d’articles ménagers essentiels et d’abris sont les besoins prioritaires enregistrés. Six sites ont été considérés dans une situation critique et nécessitent une réponse en urgence : Fada Toulou, Déou, Massala, Koulboua-Yarom 2, Karbalou, et Kindja Kirtchima.

• Dans la sous-préfecture de Kaiga Kindjiria, cinq sites accueillant près de 14 000 personnes ont été évalués, ainsi que huit sites dans la sous-préfecture de Liwa, accueillant 6 700 personnes. Dans ces deux sous-préfectures, cinq sites sont dans une situation critique et ont besoin d’une réponse d’urgence en sécurité alimentaire, WASH, santé, abris et articles ménagers essentiels : Fendé 2, Dar Salam Tchad, Kaïga Kindjiria, Kindjiria Gana, Boma.

• Les prochaines évaluations multisectorielles se rendront dans les sous-préfectures de Ngouboua et Kangalom en février et mars 2018. Les dynamiques de déplacements continuent. En novembre, une communauté nomade d’environ 2 300 personnes est arrivée à côté des sites de Dar-Nahim 1 et 3, à proximité de Baga-Sola. Ces personnes seraient en provenance des zones de pâturages à la frontière entre le Tchad et le Niger (zone de Kaiga Kindjiria), fuyant les attaques et les vols de bétail d’un groupe armé. Selon une évaluation rapide de la situation par la communauté humanitaire les 22 et 23 novembre, il y a une majorité de femmes et enfants, avec des besoins en abris, articles ménagers essentiels et vivres. Une vaccination des enfants a eu lieu en novembre par l’UNICEF.

Ces personnes utilisent les services mis en place par la communauté humanitaire en ce qui concerne la santé et l’eau potable. Cette arrivée suit des afflux similaires de communautés nomades dans la zone, en juillet et août 2017, sur les nouveaux sites de Dar-el-Kheir et Dar-al-Amin, et indique une tendance au déplacement de communautés nomades à la recherche de l’assistance humanitaire. Au total, plus de 7 500 personnes des communautés nomades sont arrivées au cours des sept derniers mois.

Par ailleurs, des évaluations par l’ONG Action contre la faim, réalisées en septembre 2017 dans cinq sites de la sous-préfecture de Liwa (Madja Kani, Karam Ngouboua, Torbo, Kirtchima et Tinana), ont souligné l’arrivée de 10 600 personnes entre juin et juillet 2017, venant de Boma et Kaiga Kindjiria. Ces personnes présenteraient des vulnérabilités multisectorielles élevées, particulièrement en santé/nutrition, articles ménagers essentiels (AME) et sécurité alimentaire. Une réponse partielle en vivres et AME a été fournie par l’ONG Help-Tchad à 770 ménages à Karam Ngouboua et 695 ménages à Madjakani en octobre. Par ailleurs, 500 kits AME ont été distribués par les ONG ACF et CARE à Kirtchima.

D’autres alertes de déplacements ont été signalées sur les sites de Madaï et Téléguimi, dans la sous-préfecture de Liwa, où se sont installées respectivement 750 et 496 personnes en provenance des zones insulaires de Tchoukoutalia et Boma.

Les résultats du Cadre harmonisé de novembre 2017 soulignent une situation alimentaire préoccupante dans la région du Lac. En effet, la région du Lac est la seule région qui compte deux départements en phase « crise » (phase 3) pendant la période courante (novembre-décembre 2017) : Fouli et Kaya. Cette situation serait due au nombre élevé de personnes en situation de déplacement dans les deux départements, qui crée une pression accrue sur les ressources et moyens d’existence.

Par ailleurs, selon les résultats prévisionnels de la campagne agricole 2017/2018, la région du Lac fait face à une diminution de 7,6% de sa production céréalière par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Pendant la période de soudure 2018 (juin – septembre), 359 000 personnes seront en situation d’insécurité alimentaire, soit 62% de la population totale de la région du Lac, y compris 187 000 en insécurité alimentaire sévère. Ceci représente une augmentation de 52% par rapport aux 123 000 personnes en insécurité alimentaire sévère pendant la période de soudure de 2017.

Les projets financés par les fonds CERF dans les zones insulaires au sud de Bol sont arrivés à terme en novembre 2017. La fin des activités va réduire considérablement la présence des acteurs humanitaires dans les villages d’accueil des communautés de retour au sud de Bol, et souligne le besoin d’une plus forte implication des acteurs de développement dans ces zones afin d’appuyer les retours volontaires.

Du 2 au 4 novembre, une conférence de stabilisation a été organisée par l’Union africaine et la Commission du Bassin du Lac Tchad à N’Djamena afin de définir une stratégie de stabilisation régionale pour le bassin du lac Tchad. Les recommandations clés incluent notamment le développement d’une approche régionale pour le désarmement, la démobilisation, le rapatriement, la réintégration et la réinstallation (DDRRR) des personnes anciennement associées à un groupe armé ; l’investissement dans le développement socio-économique de la région ; l’appui à la réinstallation volontaire des populations déplacées ; et la consolidation des capacités locales sur les thèmes de gouvernance et sécurité.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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