Chad

Tchad - Diagnostic-Pays Systématique : Stimuler une Prospérité Partagée dans un Pays Enclavé en Proie à la Fragilité et aux Conflits

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RÉSUMÉ ANALYTIQUE

L’économie du Tchad s’est contractée depuis 2015, empêchant le pays de réduire la pauvreté et d’améliorer les résultats en matière de développement.

Le Tchad reste parmi les pays les moins développés du monde, et son PIB par habitant est en baisse depuis 2015. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant (en dollars EU constants de 2010) s’élevait à 710 dollars EU en 2019, une baisse significative par rapport à sa valeur de 961 dollars EU en 2014 et moins que la moyenne de 840 dollars EU des pays à faible revenu et de 1 590 dollars EU de l’Afrique subsaharienne (ASS). Reflétant cette faible performance économique, le pays se classait 187e sur 189 pays selon l’indice de développement humain de 2020, avec un accès aux services et infrastructures de base faible par rapport aux pairs régionaux et structurels.

Depuis 2015, les progrès en matière de réduction de la pauvreté ont stagné, et le nombre de personnes extrêmement pauvres a augmenté. Bien que le taux d’extrême pauvreté ait diminué entre 2011 et 2018, la pandémie de coronavirus (COVID-19) a annulé une partie des gains en 2020. En raison de la rapide croissance de la population et de la modeste réduction du taux de pauvreté, le nombre des personnes extrêmement pauvres est passé de 5,8 millions en 2011 à 6,5 millions en 2018, et les simulations suggèrent que la pandémie a poussé 0,8 million de personnes supplémentaires dans la pauvreté en 2020. La pauvreté est concentrée dans les zones rurales, et l’extrême pauvreté est élevée parmi les ménages travaillant dans l’agriculture et ceux vivant dans ou à proximité des zones touchées par des conflits.

La pauvreté multidimensionnelle reste prévalente, et bien que son incidence ait diminué au cours de la dernière décennie, le pays connaît de graves privations. De nombreux ménages pauvres subissent toujours des niveaux élevés de privation en ce qui concerne le taux de scolarisation (75,7 %) et le taux d’alphabétisation (88,7 % des ménages) en 2018. L’accès aux services de base reste très faible, avec environ 90 % des ménages, dont la quasi-totalité de la population rurale, n’ont pas accès au réseau électrique. Plus de 40 % de l’ensemble des ménages et 46 % des ménages ruraux n’ont accès qu’à des sources d’eau non potable. En raison des graves lacunes dans la prestation des services, le pays enregistrait en 2016 le plus grand nombre de décès attribués à l’eau insalubre, à un assainissement déficient et à un manque d’hygiène parmi les pays comparables. Ce taux de mortalité est 1,4 fois plus élevé qu’au Mali. Le pays continue également à connaître un taux de fécondité élevé avec de graves conséquences pour la santé des femmes et la santé reproductive.

Le faible accès à l’emploi formel a été exacerbé par la croissance démographique dans les centres urbains et semi-urbains et par la pandémie de COVID-19. Malgré des taux d’emploi relativement élevés (73 % de la population des 15 ans et plus font partie de la population active), plus de 90 % de la population occupée sont soit des travailleurs indépendants, soit des personnes employées par des ménages, et on estime que seuls 3 % occupent des postes de direction ou sont des employeurs, et 1,7 % travaillent comme ouvriers qualifiés. L’augmentation de la population urbaine et semi-urbaine et des jeunes instruits n’a pas été accompagnée d’une augmentation proportionnelle de l’emploi formel. La plupart des travailleurs occupent des postes peu qualifiés, tandis que les jeunes constituent la majorité des travailleurs sans emploi et découragés du pays. Le travail indépendant et les professions à relativement faible productivité dominent l’emploi, et les taux d’emploi varient considérablement entre N’Djamena et les autres zones urbaines et rurales.

Une analyse utilisant un cadre analytique de croissance et de redistribution économique confirme cinq limitations contraignantes identifiées dans le DPS de 2015, qui continuent de contrecarrer les efforts de croissance économique et de réduction de la pauvreté au Tchad :

  1. Le capital humain reste faible et la transition démographique a été lente. L’indice de capital humain (ICH) du Tchad1 (qui mesure la quantité de capital humain que les enfants nés aujourd’hui peuvent espérer atteindre à l’âge de 18 ans, compte tenu des risques de mauvaise santé et d’éducation insuffisante prévalant dans leur pays) n’était que de 0,3 en 2020, soit pratiquement le même niveau qu’en 2010. Cela signifie que les enfants nés au Tchad en 2020 peuvent s’attendre à ne réaliser que 30 % de leur potentiel à l’âge adulte, ce qui place le Tchad à la queue de la distribution mondiale de l’ICH. Le taux d’achèvement des études primaires au Tchad est nettement inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne, et les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle figurent parmi les plus élevés au monde. Les faible performances du Tchad en matière d’indice de capital humain s’expliquent en partie par le sous-investissement dans la santé et l’éducation et par la lenteur de sa transition démographique (due au taux de fécondité élevé), qui exerce une pression supplémentaire sur les ressources limitées disponibles.

  2. La productivité et les revenus de l’activité économique restent faibles dans les zones rurales. L’agriculture et l’élevage sont les principales activités économiques dans les zones rurales, et les ménages dont la subsistance en dépend sont plus susceptibles d’être pauvres. À cause du manque d’investissements publics, d’outils, de technologies, de la gestion de l’eau et des terres adéquats, les propriétés rurales sont relativement petites et les gains de productivité faibles dans l’agriculture. En même temps, les chaînes de valeur mal organisées et la faible capacité d’exportation ont réduit le rendement des activités d’élevage pour les ménages.

  3. Des investissements faibles et volatils dans les infrastructures ont entraîné un faible accès aux services de base. Le Tchad a l’un des taux d’accès à l’électricité les plus bas du monde. En 2018, on estime que seuls 8 % de la population avaient accès à l’électricité, nettement moins que la moyenne de 48 % de l’Afrique subsaharienne, avec des disparités importantes entre les zones urbaines (20 %) et rurales (4 %). En 2015, seuls 10 % de la population bénéficiaient de services d’assainissement adéquats, contre une moyenne de 28 % en ASS, et seuls 6 % des Tchadiens avaient accès à Internet, contre 22 % et 15 % en moyenne en ASS et dans les pays à faible revenu, respectivement. Les investissements publics ont également été volatils et procycliques, généralement liés aux prix du pétrole, ce qui a nui à leurs efficacité et efficience. Les réductions des dépenses d’investissement ont été particulièrement coûteuses pour le Tchad, compte tenu de son faible stock de capital et des faibles performances du secteur social qui en découlent.

  4. L’inégalité entre les sexes au Tchad est l’une des plus élevées au monde, et peu de progrès ont été réalisés depuis 2015. Les femmes et les filles sont confrontées à des inégalités dans tous les aspects de la vie. Il existe des écarts importants entre les garçons et les filles dans l’enseignement secondaire, et plus de deux filles sur trois sont mariées dans leur enfance à des hommes adultes.
    La conjugaison des abandons scolaires, du mariage précoce, de la violence sexiste et des grossesses précoces devient plus importante lorsque les filles atteignent l’adolescence, avec un impact négatif sur le capital humain et la productivité des femmes.
    Même si le taux de mortalité maternelle est passé de 1 450 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1990 à 1 140 en 2017, il reste élevé et éloigné de l’objectif de développement durable de 70 d’ici 2030. En outre, l’aptitude des femmes à contribuer aux opportunités économiques et à en bénéficier est compromise par les importants écarts existant entre les sexes en matière de productivité agricole, de performance des entreprises et d’emploi.

  5. La qualité des services de l’administration publique est faible et s’est détériorée depuis 2015. En termes de prestation de services, les performances du Tchad sont inférieures à la moyenne des comparateurs régionaux. La prestation de services est limitée, coûteuse et entravée par la grande taille du pays, la faible densité de population et une urbanisation lente et désordonnée. De plus, l’efficacité des pouvoirs publics est restreinte par la capacité limitée de l’administration publique, une concentration des ressources et de la prise de décision dans la capitale, de faibles niveaux des revenus et la sensibilité aux chocs tels que la pandémie de COVID-19. La diminution des avantages sociaux des fonctionnaires due à la récente crise économique a entraîné de nombreuses grèves, réduisant encore la qualité des services publics.

La présente mise à jour du DPS identifie trois autres limitations contraignantes croissantes susceptibles d'entraver encore les progrès vers une plus forte réduction de la pauvreté :

i. L’insécurité et les conflits ont fortement augmenté depuis 2015 en raison de la prolifération des sources d’insécurité tant internes qu’externes. Le Tchad se trouve en pleine transition politique à la suite du décès du président Déby le 20 avril 2021. Les sources externes de risque comprennent : i) les conséquences des conflits régionaux et des déplacements forcés (notamment des conflits dans la région du lac Tchad, en Libye, en République centrafricaine [RCA] et au Soudan) ; ii) l’influence géopolitique des interventions souveraines et privées étrangères ; et iii) les activités de groupes criminels transnationaux.
Les moteurs internes de la fragilité comprennent : a) une gouvernance hypercentralisée et non inclusive ;

b) des déséquilibres régionaux et une exclusion qui alimentent les griefs ; c) l’emprise des élites, la mauvaise gouvernance et la faible capacité de participation locale dans le secteur pétrolier, qui alimentent les inégalités et l’exclusion ; d) le dysfonctionnement du secteur de la sécurité et la faiblesse de l’état de droit qui empêchent la mise en œuvre effective de la justice et l’atténuation des conflits ; et e) les tensions entre communautés exacerbées par la pénurie croissante des ressources naturelles et le changement climatique. Même si le Tchad a été historiquement affecté par l’instabilité, l’étendue et la nature multidimensionnelle de l’insécurité et des conflits entraînent un nouveau sentiment d’urgence poussant à s’attaquer aux facteurs de fragilité, de conflit et de violence (FCV) (Banque mondiale, 2019b).

ii. Le développement économique du Tchad souffre de la volatilité des revenus pétroliers, d’une gestion macroéconomique inadéquate des chocs économiques et d’une dette insoutenable. La volatilité des revenus pétroliers a été un déterminant majeur de la dynamique de croissance négative du pays au cours des dernières années, et elle a conduit à l’adoption de douloureux programmes de consolidation budgétaire (Banque mondiale, 2018a). L’absence d’une stratégie claire de gestion de la volatilité des prix du pétrole entrave la capacité du Tchad à tirer pleinement profit de ses ressources pétrolières. En outre, la crise de la COVID-19 et ses chocs connexes ont mis en évidence les dangers d’une dépendance excessive aux revenus pétroliers pour assurer la viabilité budgétaire et la croissance économique. Malgré une restructuration de la dette en 2015 et 2018, le Tchad est confronté à un risque élevé de surendettement depuis 2017. La plus récente analyse de soutenabilité de la dette, réalisée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international en 2020, a révélé une situation d’endettement insoutenable, et un nouvel épisode de restructuration de la dette a débuté en 2021.

iii. Le Tchad est le pays le plus vulnérable aux risques liés au changement climatique2 dans le monde.
Le changement climatique en cours contribue à la désertification ; à la dégradation des forêts, des sols et des habitats naturels ; à la perte de biodiversité ; à l’épuisement des nappes phréatiques ; et à l’envasement des oasis. Le changement climatique contribue également à l’apparition d’épisodes plus fréquents de sécheresse et d’inondation. Cette vulnérabilité climatique croissante accroît encore l’insécurité.3 Le DPS propose six solutions dans le cadre de deux piliers pour traiter les huit contraintes mises en évidence. Les conditions préalables mettent en avant trois solutions transversales (renforcement de la prévention des conflits ; amélioration de la gestion des ressources naturelles et adaptation au changement climatique ; mise en place d’une gestion macrobudgétaire adéquate et d’un environnement favorable aux entreprises) pour faire face aux conflits, à la volatilité des prix du pétrole, au changement climatique et à la faiblesse de l’administration publique. Les voies d’avenir visent à accroître la productivité des travailleurs et à améliorer l’accès à de meilleures possibilités de revenus, met l’accent sur trois voies : a) soutenir les améliorations du capital humain pour accroître la productivité des travailleurs ; b) améliorer les infrastructures pour accroître la productivité ; et c) promouvoir les secteurs présentant un avantage stratégique pour des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.