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Tchad : Détérioration de la sécurité, les ONG réduisent leurs activités

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N'DJAMENA, 23 décembre 2009 (IRIN) - Alors que la situation de sécurité continue à se détériorer dans l'est du Tchad, certaines ONG (organisations non gouvernementales) réduisent leurs activités et suppriment certains services à cause des risques d'enlèvements.

Depuis la fin du mois de novembre, Médecins sans frontières (MSF) a retiré son personnel international d'un site de Dogdoré o=F9 vivent 27 000 Tchadiens déplacés par les affrontements. Le personnel international de MSF continue à se rendre sur le site plusieurs heures d'affilée pour effectuer des visites, à un intervalle de quelques semaines, mais ne dort pas sur place, a dit à IRIN Xavier Trompette, directeur des opérations.

« La nature des incidents a changé et nous nous sentons exposés. Nous ne sommes pas rassurés sur la situation de sécurité, donc nous avons retiré nos [expatriés] », a dit M. Trompette. « Cela signifie que la qualité des soins que nous pouvons offrir s'est détériorée », a-t-il dit, ajoutant que MSF avait supprimé ses cliniques mobiles.

En novembre, un responsable du gouvernement travaillant avec des réfugiés du Darfour et un chauffeur d'ONG ont été tués, et un agronome français travaillant pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été enlevé. Le CICR a suspendu la plupart de ses activités dans l'est du pays.

L'Agence d'aide à la coopération technique et au développement (ACTED), une organisation à but non lucratif, ne placera plus de personnel international à Goz Beida, à 220 kilomètres au sud d'Abéché, ville carrefour de l'aide humanitaire, à compter de janvier 2010.

« Nous nous dirigeons vers un projet mené à distance, ce qui signifie qu'il [ne sera] pas géré par un [expatrié]. Il [sera] géré uniquement par le personnel national », a dit à IRIN Samuel Cumpsty, directeur pays. L'ingénieur de l'ONG, qui est basé à Abéché, effectuera des déplacements courts pour aller voir les projets d'aménagement hydraulique à Goz Beida.

« Nous ne sommes pas à l'aise parce que la plupart de nos ingénieurs viennent de France et nous savons que le risque d'enlèvements est particulièrement élevé », a dit M. Cumpsty. D'après lui, ACTED évalue actuellement la situation pour déterminer si l'organisation doit se retirer totalement de l'est du pays.

Des agences des Nations Unies et des dizaines d'ONG offrent des services à plus d'un demi-million de réfugiés et déplacés dans l'est.

La MINURCAT attaquée

La Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) a dit en novembre que, malgré une multiplication des attaques contre des véhicules humanitaires ces derniers mois, aucun convoi protégé par une escorte militaire n'avait été visé.

Mais le 20 décembre, sur la route de Goz Beida à Koukou Angarana, dans le sud-est du Tchad, quatre hommes armés en civil ont réquisitionné, sous la menace des armes, un des trois véhicules civils d'un convoi logistique de la MINURCAT voyageant sous escorte de sécurité locale, d'après la MINURCAT.

Alors que les agences des Nations Unies ont l'obligation d'avoir recours à des escortes militaires lors de leurs déplacements à l'extérieur des villes, les escortes sont facultatives pour les partenaires des ONG.

Philippe Adapoe, directeur du Comité international de secours (IRC) au Tchad, a dit à IRIN que l'IRC était actuellement obligé de reconsidérer sa position contre les voyages sous escorte armée, dont certaines ONG disent qu'ils compromettent leur neutralité.

« Les principes humanitaires [ou de non-association avec des groupes armés] sont une chose, mais cette situation va au-delà des principes. Nous savons qu'il n'y a pas assez de soldats pour assurer des escortes [suffisantes]. Pour nous la question est : est-ce que le système actuel est capable de nous donner la sécurité dont nous avons besoin pour nous permettre de continuer ? », a dit M. Adapoe.

Ger Aherne, commandant adjoint de la MINURCAT, a dit à IRIN qu'aucune force de sécurité ne pouvait à elle seule garantir la sécurité dans cette zone : « ici, un des plus gros problèmes est l'impunité et l'empreinte de l'Etat n'est pas vue de manière assez forte dans l'est. »

Yaya Oki Dagashe, le représentant militaire du gouvernement auprès des ONG, a écarté les inquiétudes au sujet du banditisme, et a dit que la région était sous le contrôle total de l'armée nationale.

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