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Tchad : 12 enseignants réfugiés des lycées des camps de l’Est participent pour la première fois à la correction des copies du baccalauréat 2020 à N’Djamena

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Abdeldjelil Gassim Yaya, 30 ans, réfugié soudanais, enseignant de mathématiques depuis 2 ans au Lycée de Tréguine a été sélectionné comme 11 autres enseignants réfugiés (un dans chacun des 12 camps accueillant des réfugiés en provenance du Soudan) pour participer à la correction des copies des candidats à l’examen national du baccalauréat session d’Août 2020. C’est la toute première fois que des enseignants réfugiés sont intégrés dans le processus de correction du baccalauréat. « Avec un total de 300 copies corrigées et 100 contrôlées par d’autres enseignants, Abdeldjelil Gassim Yaya, a été l’un des correcteurs les plus appliqués car le maximum de copies est de 400 par correcteur » nous a confié un des responsables de la section mathématiques, Ndjérabé Prosper. La meilleure note est de 16/20 et plus d’une centaine d’élèves sont au-dessus de la moyenne. Abdeldjelil lui-même avoue qu’il a été triste d’attribuer un 3/20 à un des candidats ; la plus faible note selon lui parmi les candidats.

A Farchana, Aboubakar Issakh 35 ans, réfugié soudanais qui enseigne les leçons d’histoire depuis plus de 5 ans affirme que participer à la correction l’a aidé à la compréhension du processus : « Nous pensions que les copies de candidats des camps étaient perdues ou attribuées à d’autres lorsque nous recevions les résultats qui étaient mauvais ou médiocres. Mais plus maintenant ; étant nous-même désormais des acteurs du processus, nous rapporterons au camp un témoignage de la bonne façon dont les choses sont organisées ». Participer a cet exercice n’a pas été des plus simples à cause des intempéries « le voyage a été difficile explique Aboubakar ; avec les pluies torrentielles et les Wadis qui etaient pleins, il a fallu attendre 2 jours entre les Wadi pour arriver à Abéché. Nous avons manqué le premier jour de correction, et nous avions des appréhensions sur l’accueil qu’allaient nous réserver les collègues tchadiens ».

Tous ont admis que l’accueil fût sans doute la plus agréable surprise de cette expérience : « Nous n’étions ni soudanais ni réfugiés mais des enseignants en charge de la correction des copies des candidats à un des plus importants examens nationaux », nous ont-ils fait comprendre. Nouradine Moussa Ahmat lui aussi réfugié et âgé de 35 ans d’ajouter : « J’avoue avoir une vue complète du processus du déroulement des examens : de la composition a l’organisation des corrections ; j’ai été surveillant au sein du centre d’examen à Gozbeida avant de prendre la route avec Ahmat Issa Mahamat qui enseigne l’anglais à Goz -Amir ».

Ils feront le voyage ensemble en connaissance des péripéties de la route en saison des pluies. La disponibilité des boursiers DAFI* pour héberger les enseignants qui avaient été les leurs, a contribué à réduire leur dépaysement. Les enseignants se sont sentis fiers de voir leur élèves d’hier dans les camps, étudiants dans les universités de N’Djamena aujourd’hui.

Ce ne fut pas seulement une expérience d’échanges et de corrections pour ces enseignants, mais également l’occasion de remettre en question des pratiques d’enseignement. Saleh Ahmat Abdallah qui enseigne l’anglais à Bredjing, le camp avec 193/962 candidats (20%), a confié qu’il encouragera à son retour, les élèves à étudier le français car une partie de l’épreuve est un exercice de traduction de l’anglais au français qui en a recalé plus d’un. Le Baccalauréat blanc, l’examen préparatoire avec des épreuves harmonisées, qui se sont déroulés en même temps dans tous les camps, avec les corrections croisées des copies entre les camps, a été aussi une bonne pratique car les élèves ont été dans des conditions très proches de celles de l’examen.

Lorsqu’en 2014, la décision de pleinement intégrer les écoles des camps de l’Est dans le système éducatif tchadien a été prise, un ensemble de mesures devait permettre une reconnaissance officielle des écoles. Il s’agissait notamment de l’affectation des agents de l’Etat au sein de l’administration des écoles ou comme enseignants, le rapprochement des centres d’examens de Brevet d’Enseignement Fondamental et Baccalauréat et la prise en compte des enseignants réfugiés dans les équipes de surveillance et de correction des examens. Un accord tripartite entre le Ministère de l’Education Nationale du Tchad, le HCR et le Bureau pour les Populations, les Réfugiés et les Migrants sur 5 ans a engagé en 2018 chacune des parties à assurer une transition de la gestion des établissements du secondaire des camps de l’Est vers l’état. Cette expérience est donc révélatrice d’une inclusion de plus de plus complète des réfugiés au Tchad.

*Albert Einstein German Academic Refugee Initiative, le DAFI est Une bourse d’excellence octroyée par le gouvernement allemand et offre aux étudiants réfugiés, la possibilité d’obtenir un diplôme de 1er cycle dans leur pays d’asile.