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Rapport mensuel de la sécurité alimentaire au Tchad: Situation précaire des réfugiés

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Situation Report
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Résumé :
Une violente campagne ethnique au Darfour (Soudan) a forcé environ 110 000 réfugiés soudanais à se réfugier à l'est du Tchad. Ces réfugiés font face à une insécurité alimentaire extrême, à la malnutrition et aux maladies pendant que les agences humanitaires et communautés hôtes, avec des ressources limitées, se débattent pour satisfaire leurs besoins. Les conditions de famine pourraient apparaître si l'aide alimentaire suffisante n'est pas mise en place au début de la saison pluvieuse en juin. Il n'est pas probable que les réfugiés soient en mesure de rentrer chez eux à temps afin de s'apprêter à la prochaine campagne agricole. Ils auront besoin d'un secours d'urgence durant les 15-18 mois prochains. Les interventions humanitaires devront couvrir les besoins des communautés hôtes qui ne peuvent plus partager leurs maigres ressources avec les réfugiés.

La majeure partie de ce rapport mensuel traite des informations recueillies par le FEWS NET, l'Office national du développement rural (ONDR) représentant le Ministère de l'agriculture du 7 au 18 mars 2004 sur les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés soudanais près de la frontière et dans trois sur cinq camps dans l'est du Tchad : Touloum, Kouloungou et Farchana.

L'équipe composée de FEWS NET et de l'ONDR a constaté une dégradation de la situation alimentaire et socio-sanitaire dans les camps. Cette dégradation pourrait s'accentuer si des mesures ne sont pas prises d'ici l'hivernage en mi-juin. Ces mesures sont entre autres:

  • le transfert effectif de tous les réfugiés dans les camps à l'intérieur du territoire tchadien et loin de la frontière soudanaise,

  • la construction des tentes pour les abriter,

  • la distribution régulière et l'amélioration de la ration alimentaire, d'eau, les soins, et

  • la solution au problème du bétail de certains réfugiés.

Une assistance alimentaire aux autochtones qui ont hébergé les réfugiés pendant des mois s'avèrent fondée car ils éprouvent eux-mêmes présentement des difficultés à s'alimenter régulièrement.

A part la situation dans la zone des réfugiés soudanais et quelques zones à risque alimentaire suite à la mauvaise production pluviale de certains cantons/villages rizicoles dans les départements des deux Tandjilé, une partie du département de Mayo Dalla, et d'Am Dam, la situation alimentaire dans le pays est globalement satisfaisante.

1. Visite de FEWS NET aux réfugiés soudanais à l'est du Tchad : situation précaire dans les trois camps sillonnés

Une équipe composée de FEWS NET et d'un cadre de l'Office National de Développement Rural (ONDR) représentant le Ministère de l'agriculture a effectué une mission du 7 au 18 mars dans les localités de Biltine, Iriba, Tiné et Guéreda dans la région de Wadi Fira et la localité de Bahaï dans le département de l'Ennedi Est afin d'évaluer les conditions des réfugiés. Trois camps ont été également visités par l'équipe (Touloum, Kouloungou et Farchana). Un responsible du Programme alimentaire mondial (PAM) Abéché s'est joint à la mission FEWS NET/Ministère de l'agriculture pour la visite du camp de Farchana.

L'estimation du nombre de réfugiés qui ont fuit le Darfour pour le Tchad avoisinerait les 110.000 parmi lesquels 12% vivent dans des camps pour le moment. Deux semaines après la mission de FEWS NET, le transfert des réfugiés s'est poursuivi et atteint a atteint 16,5% selon le UNHCR.

La mission a constaté deux faits marquants :

  • Une situation alimentaire précaire des réfugiés dans les camps et en déhors des camps. Cette situation si elle perdure risque de devenir catastrophique pendant la saison de pluie.

  • Une situation socio-sanitaire et nutritionnelle fragilisée par les intempéries, l'insuffisance ou le manque d'alimentation accentuant ainsi la malnutrition.

1.1. Situation alimentaire des réfugiés : elle demeure inquiétante, surtout hors camp

La plupart de ces réfugiés sont des nomades ou des semi-nomades qui sont arrivés au Tchad avec leur bétail. Ils doivent chercher par conséquent des aliments et de l'eau pour leur bétail - ou les vendre pour gagner de l'argent. Ceux qui n'ont pas de bétail commencent à développer une stratégie de survie (petits commerces au niveau des camps des réfugies, vente de cailloux de construction sur le marché de Tiné qui est en chantier, ménage chez les autochtones, mendicité sur les lieux de marché, etc.).

Carte 1 : Zones de concentration des réfugiés
Les réfugiés sont concentrés en deux groupes hors des camps et à l'intérieur des camps. Ceux qui sont dans les camps sont chiffrés à 18.069 et répartis comme suit : Touloum (32%), Kouloungou (23.4%), Farchana (28.2%), Iridemi (13.2%) et Goz-Amer (3%). Les populations qui sont les plus affectées sont celles qui sont hors camp et on les trouve autour de Bahaï, Bamina et Birak. Ceux là sont dispersés et leur chiffre par rapport au camp le plus proche n'est pas déterminé à cause de leur mobilité pour la recherche de nourriture et d'autres besoins. Une distribution de nourriture a été accordée aux réfugiés de Birak et ceux d'Adré. Cette distribution n'est pas généralisée et régulière pour tout le monde.

Pour les réfugiés qui sont dans les camps, la nourriture distribuée reste principalement les céréales. Le haricot qui est une source importante en protéine n'y figure pas sur la ration distribuée. Il y manque également du sel et du sucre. La quantité de vivres distribuée ne répond pas à une ration complète qui représente 2.100 kcal/jour. Le calendrier de distribution n'est pas respecté. Le retard dans la distribution est remarqué aussi au niveau de Touloum et de Farchana. Certains réfugiés à Farchana se sont plaints de l'irrégularité dans la distribution. La ration distribuée pour 15 jours n'est renouvelée qu'après 20 jours parfois. D'autres disent qu'ils ne reçoivent que du sorgho en grain (non moulu) et il leur manque du combustible pour la préparation du repas. Ce retard dans la distribution pourrait augmenter la vulnérabilité des réfugiés qui sont déjà installés dans les camps.

La quantité d'eau fournie aux réfugiés reste insuffisante. Le besoin minimum en eau servie dans les camps de réfugiés s'élève à 10 litres par personne et par jour à Farchana tandis que la quantité minimum recommandée varie de 15 à 20 litres par jour. Pendant la visite, les puits disponibles autour de Farchana ne peuvent pas suffire pour les 5.000 réfugiés dans le camp. D'ailleurs, l'approvisionnement en eau se fait souvent à partir d'Adré (50 Kms de Farchana).

1.2. Situation sanitaire et nutritionnelle : fragile à cause de l'insuffisance des aliments et des intempéries

Dans le camp de Touloum, la pneumonie est fréquent surtout chez les enfants et il faudrait parfois attendre 2 à 3 jours avant de voir un médecin dans le camp. La vaccination contre la rougeole et la coqueluche a déjà commencé.

Le problème de santé animale inquiète les autorités locales. Le cordon sanitaire a été brisé par les réfugiés et compte tenu du fait que les soudanais de Darfour ne vaccinent pas/ou vaccinent irrégulièrement leur bétail, une éventuelle épidémie aurait des conséquences néfastes dans la sous région. A Tiné comme à Bahai, plusieurs cadavres d'animaux ont été observés suite au manque de pâturage selon certaines versions.

La situation nutritionnelle dans les camps visités est stable depuis le début du mois de mars mais risquerait de se dégrader. L'équipe a remarqué des cas de pneumonie chez les enfants, de diarrhée, de toux, conjonctivite, etc. En ce début de saison de chaleur, les risques de méningite sont élevés.

Les réfugiés malnutris ne sont pas rapidement identifiés. Au camp de Touloum l'équipe a rencontré des enfants orphelins malnutris et couchés sous une large tente. La présence du personnel de santé dans les camps n'est pas permanente et les visites de certains sites ne sont pas régulières. Le screening nutritionnel n'est pas systématique. Il existe aussi des difficultés à suivre l'état de nutrition des populations hors camps à cause de leur déplacement. Malgré la présence des cliniques mobiles, certains réfugiés n'ont pas accès aux soins. Un autre problème se pose et il n'est pas de moindre : l'absence de surveillance épidémiologique.

Dans le site de transit à Tiné, l'ONG Médecins sans frontières (MSF) a ouvert un centre de recouvrement theurapeutique et un dispensaire pour les malades et les blessés qui ont pu franchir la frontière et arriver ainsi dans le site.

Selon MSF basé à Tiné, le taux de malnutrition sévère est de 0,5%, critique 10-11% et modéré 30-35% pour les enfants don’t l'Ôge varie de 6 mois Ó 5 ans. Mais la mission a remarqué qu'il n'y a pas de distribution régulière de nourriture pour les enfants. Par conséquent ce taux évoluerait vers la hausse si des dispositions ne sont pas prises dans les mois à venir.

1.3. Les préparatifs urgents requis avant le démarrage de la saison pluvieuse

La saison des pluies démarre normalement vers la mi-juin. Bien avant que les pluies ne démarrent, on doit faire certains préparatifs dans l'immédiat.

1.3.1. Les réfugiés hors camp ont besoin de la nourriture, de l'abri et des soins médicaux

Les réfugiés qui ne sont pas encore transférés dans les camps ne reçoivent rien comme nourriture à partir de la communauté internationale jusqu'à là. Ils sont à l'air libre, exposés à des fluctuations extrêmes de la température entre jour et nuit. Avec le développement des moustiques pendant la saison des pluies des cas de paludisme seront enregistrés. Ni les tentes ni les moustiquaires sont prévus pour ceux hors camp. Si des mesures ne sont pas prises avant l'hivernage, des maladies comme la pneumonie apparaîtraient chez les jeunes enfants.

Sans une distribution régulière de la nourriture, certains réfugiés vont augmenter la vente de leur bétail et décapitaliseraient ainsi leur maigre ressource déjà affectée par la mort de plusieurs têtes. Certains chercheront du travail saisonnier en fonction du marché du travail dans la zone ou exerceront de petits commerces au sein même du camp ou en déhors du camp. Cela pourrait résoudre certes quelques besoins de certains réfugiés mais ces derniers vont continuer à dépendre de l'assistance humanitaire en attendant leur propre prise en charge.

Au camp de Farchana, il y aura un problème d'accès aux points d'eau le long des ouadis et l'approvisionnement en eau à partir d'Adré sera difficile. Le déplacement des équipes de santé mobile vers les réfugiés dans les camps et hors camps sera également difficile compte tenu du mauvais état de la route pendant la saison de pluie.

Selon l'UNHCR, aucune réponse n'est prévue dans l'immédiat pour les réfugiés hors camp et les populations locales qui ont hébergé certains réfugiés d'entre eux. Une vingtaine d'ONG appuie les réfugiés résidant dans les camps. Le PAM essaye de mettre sur place un programme « vivres contre travail » pour subvenir aux besoins primordiaux des réfugiés hors camp ainsi que les populations locales. Quatre ONG ont été déjà contactés pour la mise en oeuvre de ce programme.

1.3.2. Le prépositionnement de l'aide alimentaire devient urgent

Selon le dernier chiffre avancé par le PAM, les besoins en vivres pour les six prochains mois sont estimés à 21.224 tonnes dont à peu près les 90% sont identifiées et garanties.

Le problème se pose au niveau de l'arrivage des denrées de l'extérieur. Les ressources en vivres (toutes denrées confondues) destinées aux réfugiés arrivent au port de Douala (Cameroun) en mars (3.000 tonnes), avril (1.300 tonnes) et mai (2.500 tonnes), selon le PAM. Ce qui arrive à Douala en mars risquerait d'arriver à Abéché vers mi-mai d'où il faut encore du temps pour les transporter dans les camps avant les premières pluies.

Les routes sont impraticables pendant l'hivernage. Elles risqueraient non seulement de retarder l'acheminement des vivres à temps mais aussi leur prépositionnement.

1.3.3 Forte concentration du bétail pour les ressources naturelles

Certaines couches de la population locale sont des transhumants. Elles se déplacent vers les zones soudaniennes à la recherche de pâturage et d'eau pour leur troupeau en mars et avril. Mais en juillet-août elles vont remonter vers la zone de réfugiés. Une rivalité sur l'eau et le pâturage du bétail des réfugiés et celui des autochtones reste perceptibles ainsi que la divagation des animaux dans les champs qui risquerait de causer un conflit intercommunautaire.

Les premières pluies accompagnent fréquemment les maladies telluriques des animaux (charbon bactérien et symptomatique). Une surveillance épidémiologique avant et durant cette période s'avère indispensable.

1.4. Recommandations de FEWS NET après la mission dans la zone des réfugiés soudanais

FEWS NET recommande que:

  • Toutes les agences des Nations Unis et les donateurs gouvernementaux accélèrent la délivrance de l'aide d'urgence aux réfugiés, pendant qu'ils répondent aux besoins des communautés hôtes.

  • L'UNHCR, le Comité National pour les Réfugiés (CNAR) et ONG accélèrent la construction des nouveaux camps pour les réfugiés et la mise en place des stocks alimentaires avant le début de la saison pluviale.

  • Le Ministère de l'Elevage, les ONG et les communautés affectées, après avoir évalué les choix, exécutent les programmes d'appui pour améliorer l'accès à l'eau, au fourrage et aux soins vétérinaires du bétail. L'évacuation et l'incinération des cadavres des animaux sont aussi recommandables.

  • Les donateurs et agences d'aide se préparent à augmenter les activités humanitaires au cas où d'autres réfugiés arriveraient.

2. Prix du marché et des implications pour la sécurité alimentaire : une augmentation du prix du mil et des autres céréales sur les 4 marchés

Les prix du mil et des autres céréales sur quelques marchés ont augmenté en mars par rapport au mois de février. Cette augmentation a un impact négatif pour les ménages pauvres qui se verront accroître leur stratégie d'adaptation pour se procurer des céréales. Le terme d'échange mouton-mil sur le marché de N'Djamena est en défaveur de l'éleveur vendeur de mouton en mars par rapport à février 2004.

2.1. Augmentation du prix du mil et des autres céréales

La tendance du prix du mil est à la hausse sur les 4 marchés suivis par FEWS NET (graphique 1) va de 8% sur le marché d'Abéché à 28% sur le marché de Sarh. Le prix d'Abéché reste le plus élevé.

L'augmentation du prix de mil entre février et mars s'explique par trois raisons : (1) l'Achat sur le marché par l'Union Européenne et le Programme alimentaire mondial (PAM) des céréales au profit des réfugiés soudanais à l'Est ; (2) Achat des céréales par l'Office national de sécurité alimentaire (ONASA) pour la reconstitution du Stock de sécurité ; et (3) une forte spéculation des grossistes. Ces trois facteurs présagent que la période de soudure connaîtra une hausse de prix qui ne sera pas - ou sera difficilement - à la bourse des ménages pauvres et moyens.

Par rapport à l'année dernière, le prix du mil à la consommation pratiqué en mars 2004 reste inférieur à l'exception du marché d'Abéché où il est stable. Par rapport à la moyenne des 5 dernières années à la même période, le prix du mil est en baisse sur tous les marchés sauf à Abéché où il est resté presque identique (140 F actuellement contre 142 F pour la moyenne). Pour le marché d'Abéché comme le prix reste en hausse par rapport à d'autres marchés l'accessibilité des céréales pour les ménages pauvres va influer sur leur revenu. Ces derniers doivent intensifier leur activité génératrice de revenu pour l'achat des céréales. Toutefois, le prix du mil reste dans tous les quatre marchés au dessous des prix moyens.

La tendance des prix des autres céréales est à la hausse par rapport à celui de février 2004. En moyenne, le kg de sorgho rouge est vendu sur le marché de N'Djamena 5% plus cher que le mois dernier, le maïs 26% plus cher, et le mil 13%. Mais cette hausse est importante et commence à affecter le panier de la ménagère notamment celle issue des classes pauvre et moyenne. L'alternative pour ces ménages pauvres et moyens c'est le sorgho rouge qui est moins cher actuellement par rapport au maïs (14% plus bas à N'Djamena, 24% à Abéché, 2% à Moundou, et 10% à Sarh). Ce prix de sorgho rouge moins cher que le maïs et le mil offre aux ménages pauvres une série de choix sans sacrifier la qualité nutritionnelle. Par contre, les ménages des fonctionnaires de l'Etat et des militaires pauvres peuvent accéder difficilement aux céréales pendant cette période où les salaires accusent des retards.




Les commerçants grossistes qui ont fait la spéculation sortiront bénéficiaires de cette hausse de prix des céréales. Par contre, les consommateurs ayant un faible revenu vont dépenser un peu plus sur l'achat des céréales. Pour ceux là, la hausse du prix du mil rend le sorgho rouge plus attractif.

Pour faire face à cette hausse de prix, la couche de la population d'Abéché et de Biltine pratiquent les activités maraîchères se déplace vers les ouadis (cours d'eau temporaire) pour faire les cultures de contre saison (oignon, ail, gombo, tomate, piment et pomme de terre). Certaines ménagères vont cueillir les feuilles d'arbres sauvages pour la consommation familiale et parfois la cueillette de la gomme arabique destinée a la vente. La vente des fagots et du charbon représente aussi une source de revenus pour les ménages pauvres.

Dans les zones de réfugiés, une catégorie de la population a assisté les réfugiés et par la suite elle s'est retrouvée vulnérable. Cette catégorie de la population concerne les localités d'Iriba, Tiné, Guéréda, Goz Beida et Adré. Par exemple, au début de l'afflux des réfugiés mais avant l'arrivée des humanitaires, les populations de Tiné et de Bahaï, en plus de la nourriture qu'ils ont donnée aux réfugiés, ont cotisé une somme oscillant entre 21 et 23 millions de FCFA pour l'achat des nourritures aux réfugiés. Depuis début mars, une situation de pénurie alimentaire a été constatée dans ces zones qui ont servi de solidarité et d'hospitalité. Cette pénurie se traduit par une baisse en quantité et en qualité de nourriture, une réduction du nombre de repas (surtout à Iriba, Tiné et Bahai). L'insécurité alimentaire actuelle dans les zones des réfugiés est ressentie de la même manière par tous les villageois. Des périodes critiques pourraient apparaître notamment en période de soudure.

2.2. Termes d'échange : moins de mil pour un mouton

Le Tchad a connu en 2003-04 une excellente pluviométrie entraînant une bonne campagne agricole et une pâture abondante pour le bétail. L'embonpoint des animaux s'est amélioré. Cette situation a incité d'une part les éleveurs à destocker leurs animaux (augmentation de l'offre) et, d'autre part, les agriculteurs à épargner dans le bétail (augmentation de la demande). En conséquence, on assiste à une augmentation de l'offre et de la vente de mouton sur le marché de N'Djaména.

Le prix du mouton sur le marché de N'Djaména en mars est resté stable par rapport à février tandis que celui du mil est à la hausse. La stabilité du prix de mouton s'explique par la croissance de l'offre des moutons en provenance du Soudan sur les marchés de la zone sahélienne. Cette progression est aussi très élevée sur les marchés d'Abéché et de N'Djaména tant pour les ovins que les caprins.

Ainsi, les termes d'échange mouton/mil après avoir été favorables pour le vendeur de mouton en janvier et février lui sont en défaveur en mars. L'éleveur tchadien vendeur de mouton pouvait échanger son mouton contre 142 kg de mil en mars au lieu de 161 kg en février et 167 kg en janvier (graphique 2).

Cette perte de compétitivité du mouton tchadien entraîne un recul du nombre de moutons tchadiens présentés sur le marché de N'Djaména et une baisse de revenu attendu de l'éleveur tchadien. La stabilité de prix de mouton et la progression de l'offre et des ventes s'accompagnent d'une hausse des abattages clandestins ou non contrôlés dans la ville de N'Djaména. Cela peut entraîner une augmentation de la consommation de la viande.