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Réfugiés-Tchad : Un lourd tribut pour les femmes et les enfants

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Raphaël Mvogo

KOUSSERI, Cameroun, 18 fév (IPS) - Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que 70 à 75 pour cent de femmes et d'enfants figurent parmi les quelque 30.000 réfugiés tchadiens recensés à Kousseri, une ville du nord du Cameroun, séparée de N'Djamena par le fleuve N'Guéli, après les combats de début-février dans la capitale tchadienne.

Qualifiés de "catégories les plus vulnérables" par Sophie de Caen, coordinatrice du système des Nations Unies au Cameroun, les femmes et les enfants réfugiés paient un lourd tribut de la crise politico-militaire qui a ébranlé la capitale tchadienne il y a deux semaines.

Avec 58 cas déjà recensés la semaine dernière, la situation des orphelins est considérée encore comme la plus préoccupante, selon Abdellahi Boumediane, chef de la section protection à la représentation camerounaise du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

"Ils sont actuellement logés par une association. Le système des Nations Unies leur apporte un appui nutritionnel. Il y aura un site uniquement pour eux, o=F9 ils bénéficieront d'un appui psychosocial, traduit par l'aménagement d'un espace de loisirs, en attendant de voir les mesures qui devront être prises pour leur éducation", a-t-il expliqué à IPS.

Au moins 160 civils ont été tués lors des combats à N'Djamena, selon les Nations Unies.

Kousseri, que l'on atteint également par la nage, s'était imposé comme le lieu de refuge par excellence pour les habitants de N'Djamena qui tentaient d'échapper aux violents combats des 2 et 3 février entre les soldats de l'Armée nationale tchadienne (ANT) et les combattants de l'Union des forces de la résistance (UFR), la coalition de trois mouvements rebelles. Cette coalition cherchait à renverser le régime du président tchadien Idriss Deby Itno.

Certes, d'autres villes camerounaises comme Maroua, chef-lieu de la province de l'Extrême-Nord, et même Yaoundé, la capitale, ont pu accueillir des réfugiés. Mais, d'après les chiffres officiels, c'est dans cette ville frontalière entre le Cameroun et le Tchad que s'est concentré le gros des effectifs des réfugiés tchadiens. En fait, Kousseri permet de relier N'Djamena à pieds ou en voitures par le pont sur le fleuve N'Guéli.

Avant certains mouvements de retour signalés vers N'Djamena depuis le début de la normalisation dans la capitale tchadienne la semaine dernière, les 30.000 réfugiés avaient été provisoirement installés sur deux sites, avec le concours des autorités camerounaises : l'Ecole normale des instituteurs de l'enseignement général et le collège d'enseignement technique, industriel et commercial, dans le quartier Madana, à Kousseri.

Situé tout près de la frontière, Madana a été choisi juste pour servir de site de transit, selon Jacques Franquin, représentant résident du HCR au Cameroun. Maltam, une localité distante de 32 kilomètres de Kousseri, à l'intérieur du Cameroun, sur la route de Maroua, est devenu le site définitif o=F9 la réinstallation des réfugiés a commencé samedi dernier.

"L'opération va durer sept jours à peu près. Vendredi, nous avons préenregistré 4.645 familles. Ce n'est pas sûr que tous ces gens vont aller à Maltam. Nous sommes en train de monter les tentes pour 10.000 personnes, soit 4.000 à 5.000 tentes", a indiqué Franquin à IPS.

Mais pendant deux semaines, les réfugiés tchadiens ont dû affronter, en plein air, le rude climat caractérisé par l'harmattan, un vent sec et froid qui sévit en ce moment dans la partie septentrionale du Cameroun. A cet égard, le HCR a fait état de problèmes respiratoires, dus notamment au vent et à la poussière.

Toutefois, la situation sanitaire est jugée globalement bonne. "Il y a très peu de cas de malnutrition, car nous avons affaire quand même à une population urbaine", a affirmé Franquin.

Mais Dr Clément Djuimo, spécialiste de la survie de l'enfant à UNICEF-Cameroun, a fait état de cas de traumatismes, de paludisme, de diarrhée, de lésions cutanées, liées notamment à l'effet de la chaleur chez ces réfugiés.

Les Nations Unies ont entrepris mercredi dernier une campagne de vaccination de cinq jours en faveur des enfants. Au premier jour, indique Djuimo, 2.234 enfants âgés de zéro à cinq ans ont été vaccinés contre la polio, et 4.503 autres âgés de six mois à 15 ans contre la rougeole.

Par ailleurs, la vitamine 'A' a été distribuée à 2.239 enfants de six mois à cinq ans. Une autre campagne a été entreprise, consacrée à l'hygiène et l'assainissement, dont l'objectif est de prévenir d'autres maladies de la promiscuité.

Dans l'ensemble, l'assistance humanitaire des Nations Unies aux réfugiés fait intervenir 13 organisations non gouvernementales (ONG), selon Maurizio Giuliano, chargé de l'information publique et des rapports au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à N'Djamena, rencontré à Yaoundé.

En plus de la Croix-Rouge, Médecins sans frontières (MSF-France) et Médecins du monde figurent parmi les ONG qui apportent un appui médical et technique à l'hôpital de district de Kousseri.

Pour sa part, l'ONG française 'Première urgence' a fourni des bâches servant de tapis à coucher aux réfugiés. "Ce sont de grandes bâches plastiques, de huit mètres sur 12. Elles sont épaisses, imperméables et étanches. Parallèlement, nous avons construit des abris communautaires", explique à IPS, Damien Laporte, le chef d'équipe de cette ONG.

La présence des réfugiés tchadiens au Cameroun fait craindre aux autorités de ce pays d'Afrique centrale des risques d'insécurité. Car, en dehors de ceux qui sont installés dans les camps de réfugiés, beaucoup d'autres Tchadiens ayant fui les affrontements armés à N'Djamena, dont des combattants ou des soldats l'armée nationale, se confondent désormais avec les habitants de Kousseri, selon un officier de police camerounais qui a requis l'anonymat.

Toutefois, plusieurs réunions se tiennent entre les responsables des Nations Unies chargés de la sécurité sur le site des réfugiés d'une part, et les autorités camerounaises d'autre part, pour réfléchir aux mesures de prévention des actes d'agression ou de violence ordinaire. (FIN/2008)