Chad

Le Comité des droits de l'enfant examine le rapport du Tchad

Comité des droits de l'enfant

Le Comité des droits de l'enfant a examiné, aujourd'hui, le deuxième rapport périodique présenté par le Tchad sur les mesures prises par ce pays pour donner effet aux dispositions de la Convention relative aux droits de l'enfant.

Présentant le rapport de son pays, Mme Ngarbatina Odjimbeye Soukate, Ministre de l'action sociale, de la solidarité nationale et de la famille du Tchad, a souligné l'intérêt de la rencontre avec les membres du Comité pour un pays dont plus de la moitié des habitants a moins de 18 ans. Éprouvé par plusieurs décennies de guerres civiles et de conflits armés aggravés par la crise du Darfour, le Tchad, malgré ses énormes potentialités en ressources naturelles, figure toujours parmi les pays les plus pauvres. Le Gouvernement ne ménage néanmoins aucun effort pour améliorer les conditions de vie de la population en général et celle des femmes et des enfants en particulier, a ajouté Mme Soukate. Le défi reste des plus grands, a déclaré la Ministre, ajoutant que le pays a la volonté de le relever.

La délégation tchadienne était également composée du Directeur général de l'enseignement de base, du Directeur adjoint de la protection et du suivi de l'enfance et d'autres représentants du Ministère de l'action sociale, du Ministère des droits de l'homme, du Ministère de la santé publique et du Ministère de l'éducation. Elle a fourni aux experts des compléments d'information en ce qui concerne, entre autres, la définition de l'enfant; les règles en matière d'adoption; l'enregistrement des naissances; la situation des enfants réfugiés, en particulier soudanais; les enfants des rues; le recrutement d'enfants soldats; la discrimination, en particulier à l'encontre des petites filles; l'administration de la justice pour mineurs; ainsi que les questions d'éducation et de santé. Un membre du Comité ayant soulevé la question du recrutement d'enfants soldats dans l'armée nationale tchadienne, la délégation a assuré que «l'armée tchadienne, en tant qu'armée, ne recrute pas d'enfants».

Le rapporteur du Comité pour l'examen du rapport tchadien, M. Hatem Kotrane a souligné que la situation des enfants au Tchad est aggravée par l'état de guerre que traverse le pays depuis plusieurs années. À ces difficultés sembleraient s'ajouter de graves violations des droits de l'homme dues, entre autres, à l'intervention d'autorités administratives et militaires peu formées en matière de respect des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. La police et la gendarmerie se substitueraient, de leur côté, aux autorités judiciaires en rendant des «sentences» expéditives qu'elles exécuteraient elles-mêmes. Le rapporteur a enfin déploré le climat généralisé de violence dû, notamment, aux affrontements intercommunautaires et aggravé par l'impunité de fait.

Concluant le dialogue en fin de journée, le corapporteur, M. Jean Zermatten, a notamment relevé des difficultés persistantes, au nombre desquelles il a cité en particulier la pauvreté qui sévit au Tchad. Dans la situation actuelle de conflit, il est important que tous les groupes armés, rebelles ou non, cessent tout recrutement d'enfants soldats et assurent la démobilisation et la réintégration de tous les enfants qui ont pu être recrutés. Le pays est en voie de très sensible amélioration et il faut que le Tchad prenne toutes les dispositions pour rendre effective la discussion qui s'est nouée aujourd'hui, a conclu M. Zermatten.

Demain matin, à 10 heures, le Comité entamera l'examen du rapport des Pays-Bas (CRC/C/NLD/3, incluant les rapports présentés par Aruba et les Antilles néerlandaises).

Présentation du rapport

MME NGARBATINA ODJIMBEYE SOUKATE, Ministre de l'action sociale, de la solidarité nationale et de la famille du Tchad, a souligné l'intérêt que revêt la présente rencontre de la délégation tchadienne avec les membres du Comité, soulignant que 53,35% des 9 053 356 habitants du Tchad ont moins de 18 ans. Éprouvé par plusieurs décennies de guerres civiles et de conflits armés aggravés par la crise du Darfour, a-t-elle poursuivi, le Tchad, malgré ses énormes potentialités en ressources naturelles, figure toujours parmi les pays les plus pauvres - occupant le 173ème rang sur 177 selon le classement de 2005. Le Gouvernement du Tchad ne ménage néanmoins aucun effort pour améliorer les conditions de vie de la population en général et celle des femmes et des enfants en particulier, a ajouté Mme Soukate. En dédiant son mandat en cours au social, a poursuivi la Ministre, le Chef de l'État - le Président Idriss Déby - vise une meilleure qualité de vie aussi bien pour les enfants tchadiens que pour tous ceux qui vivent sur le territoire national, notamment dans les camps de réfugiés de l'Est ou du Sud du pays.

Le défi à relever reste des plus grands, mais peut être relevé tant la volonté y est, a poursuivi Mme Soukate. À cet effet, a-t-elle souligné, il suffit de visiter notre pays pour se rendre compte du nombre de chantiers en termes d'infrastructures socio-sanitaires et routières, d'établissements scolaires et d'aménagements agro-pastoraux - ces derniers afin de tenir compte de la crise alimentaires mondiale.

«Nous sommes conscients que la chemin à parcourir pour arriver à des conditions de vie décentes pour nos enfants reste hélas encore long, mais nous savons également qu'il est possible d'y parvenir avec la mobilisation de tous les acteurs», a déclaré Mme Soukate.

Le deuxième rapport périodique du Tchad (CRC/C/TCD/2), souligne notamment que le Tchad reste confronté à une crise socioéconomique marquée par des rébellions à travers le pays et des grèves dues au paiement irrégulier de salaires. Par ailleurs, le pays fait face à l'afflux de réfugiés provenant à la fois du Soudan (220 000, accueillis à l'est du Tchad) et de la République centrafricaine (plus de 40 000 accueillis au sud). Le rapport, qui présente de nombreux tableaux statistiques, indique notamment que 36% de la population avaient accès à l'eau potable (2004) et 64% de la population se trouvait en deçà du seuil de pauvreté monétaire (1 à 2 dollars par jour, chiffres pour la période 1990-2002), alors que le taux de mortalité infantile s'établissait à 102 pour mille et que 37% des enfants de moins de cinq ans présentaient une insuffisance pondérale et 41% des enfants souffraient d'un retard de croissance (2004). Le rapport indique en outre que le taux brut de scolarisation s'établissait à 88%, et que le taux de fréquentation scolaire des enfants de six à dix ans s'établissait à 41,5% et celui des enfants de 6 à 15 ans à 47,5% (2003-2004). Le nombre estimatif d'enfants de moins de 14 ans vivant avec le VIH était de 18 000 en 2003, alors que cette même année, le pays comptait quelque 96 000 enfants de moins de 17 ans rendus orphelins par le sida.

Le système éducatif se caractérise par des disparités selon le milieu géographique et le genre par rapport à l'accès à l'école et à la qualité des enseignements dispensés. Environ 75% des femmes de 15-49 ans et 47% des hommes de 15-59 ans n'ont jamais été à l'école, souligne-t-il. On note dans la pratique une persistance de la discrimination entre les filles et les garçons au plan de la scolarisation, reconnaît plus loin le rapport. Cette discrimination se trouve parfois légitimée à travers les dispositions législatives; en effet, le Code pénal fixe implicitement l'âge du mariage à 13 ans puisqu'il ne réprime que les mariages coutumiers conclus avant cet âge. De plus, le rapt se trouve implicitement admis dans la mesure où l'alinéa 2 de l'article 289 du Code pénal prévoit que lorsqu'une mineure enlevée ou détournée aura épousé son ravisseur, celui-ci ne pourra être poursuivi que sur la plainte des personnes qui ont qualité pour demander l'annulation du mariage - lesquelles personnes sont souvent co-auteurs ou complices du détournement du mineur ou du mariage par rapt. Par ailleurs, l'application du droit coutumier en matière civile par les tribunaux pose un réel problème de protection des droits de l'enfant et des femmes, notamment le droit à l'héritage, et favorise la discrimination entre les enfants, reconnaît le rapport tchadien.

La loi de 2002 portant promotion de la santé de reproduction interdit toutes formes de violences telles que les mutilations génitales féminines, les mariages précoces, les violences domestiques et la violence sexuelle sur la personne humaine, ajoute le rapport. Néanmoins, reconnaît-il, cette loi est d'application difficile au regard du principe général de droit en vertu duquel la loi pénale est d'interprétation stricte; en effet, le législateur s'est contenté d'interdire sans préciser les peines applicables. Cette insuffisance sera corrigée par le projet de texte révisant certaines dispositions du Code pénal en faveur des enfants qui considère ces faits comme étant répréhensibles et les condamne à des peines bien précises. Pour rendre obligatoire l'enregistrement à l'état civil, l'ordonnance de 1961 réglementant l'état civil au Tchad a été révisée et le nouveau texte validé est en cours d'adoption par l'Assemblée nationale, indique par ailleurs le rapport.

Examen du rapport

Observations et questions des membres du Comité

M. HATEM KOTRANE, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport du Tchad, s'est félicité du processus participatif qui a présidé à l'élaboration de ce deuxième rapport périodique du Tchad. Au nombre des progrès enregistrés depuis l'examen du rapport initial, en 1999, il a relevé la promulgation, en 2002, de la loi portant promotion de la santé de reproduction interdisant, en particulier, toutes les formes de violences telles que les mutilations génitales féminines, les mariages précoces, les violences domestiques et la violence sexuelle. Toutefois, a souligné M. Kotrane, comme le reconnaît lui-même le Tchad, cette loi est de portée toute relative, car elle n'est pas assortie de sanctions pénales. Il faudra donc attendre que le Code pénal, révisé en 2003, soit enfin adopté par l'Assemblée nationale. M. Kotrane a également relevé la révision et la validation en 2003 de l'ordonnance de 1961 réglementant l'état civil sur le territoire national; toutefois, a-t-il ajouté, cette ordonnance semble être encore en cours d'adoption par l'Assemblée nationale.

M. Kotrane a par ailleurs relevé la validation, en 2004, du décret d'application du Code du travail réglementant le travail des enfants. Il a en outre noté avec satisfaction la ratification, par le Tchad, des deux Protocoles facultatifs se rapportant à la Convention, ainsi que des conventions n°138 et 182 de l'Organisation internationale du travail, portant respectivement sur l'âge minimum d'accès à l'emploi et sur l'élimination des pires formes de travail des enfants. M. Kotrane s'est toutefois enquis des progrès accomplis par le Tchad en vue de la ratification d'autres instruments internationaux, notamment de la Convention relative aux droits des personnes handicapées ou encore de la Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale.

Au nombre des principaux sujets de préoccupation, M. Kotrane a fait observer que l'examen de ce deuxième rapport périodique intervient à un moment particulier où la situation des enfants se trouve généralement aggravée par l'état de guerre que traverse le pays depuis plusieurs années et qui a rendu difficile l'action de l'État en matière de mise en œuvre de la Convention et des engagements définis dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement. Ces difficultés sont venues aggraver, en particulier, la situation des enfants dans les zones de conflit qui ont le plus besoin d'actions et de programmes ciblés dans tous les domaines de mise en œuvre de la Convention, a souligné M. Kotrane. À ces difficultés, s'ajouteraient, selon certaines informations, de graves violations des droits de l'homme dues, entre autres, à l'intervention d'autorités administratives et militaires peu formées en matière de respect des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme, y compris la Convention. La police et la gendarmerie se substitueraient, de leur côté, aux autorités judiciaires en rendant des «sentences» expéditives non susceptibles de recours, qu'elles exécuteraient elles-mêmes. Il y a lieu, enfin, de déplorer le climat généralisé de violence dû, notamment, aux affrontements intercommunautaires, aggravé par l'impunité de fait et qui s'étendrait jusqu'aux établissements scolaires, ce qui se traduirait par un repli identitaire chez les enfants.

Le rapporteur a relevé que plusieurs textes restent à l'état de projet, notamment le projet de code de protection de l'enfant élaboré dans le cadre du programme de coopération Tchad/UNICEF 2006-2010, ou encore la révision du Code des personnes et de la famille qui semble quelque peu abandonnée. Aussi, s'est-il enquis des pas accomplis en vue de l'adoption définitive du code de protection de l'enfant, de la promulgation du Code pénal révisé en 2003 et de la révision du Code des personnes et de la famille.

Compte tenu de l'ampleur des actes de recrutement et d'utilisation d'enfants dans les forces et groupes armés et des autres sévices commis contre des enfants à diverses fins, M. Kotrane a souhaité connaître les mesures législatives et les plans d'action que le Tchad compte adopter prendre et mettre en œuvre en vue d'adapter sa législation aux dispositions de la Convention et des deux Protocoles facultatifs s'y rapportant.

M. Kotrane s'est en outre enquis du statut de la Convention dans le droit interne. A-t-elle préséance sur les textes nationaux et coutumes? Peut-elle être directement invoquée devant les tribunaux?

Le rapporteur du Comité pour l'examen du rapport tchadien a d'autre part relevé que des chambres ont été mises en place au sein des tribunaux de première instance avec juridiction sur les infractions commises par des enfants de 13 à 18 ans. M. Kotrane a toutefois relevé que seule la chambre du tribunal de première instance de N'Djaména semble fonctionner, avec des juges qui, semble-t-il, n'ont pas de spécialité dans le domaine des droits de l'enfant. Aussi, M. Kotrane s'est-il enquis des mesures envisagées par l'État en vue de la formation des juges spécialisés dans les questions se rapportant aux droits de l'enfant.

Un autre membre du Comité a souhaité savoir comment était assurée la coordination de l'action en faveur de l'enfance entre la capitale et les différentes régions et comment les communautés sont associées à cette action. La Commission nationale des droits de l'homme créée en 2005 ne semble pas avoir d'activités spécifiques en matière de droits de l'enfant, a en outre fait observer l'expert, qui a voulu savoir si le Tchad disposait d'une institution qui s'occuperait de manière indépendante des questions touchant aux enfants. Si la Constitution proscrit toute forme de discrimination, conformément aux principes énoncés dans la Convention, il existe dans le pays plusieurs sources de discrimination à l'encontre des enfants, en premier lieu à l'encontre des filles, comme le reconnaît lui-même le Tchad, a souligné l'expert. Il a en outre évoqué le problème sérieux des enfants soudanais nés au Tchad, qui n'ont pas accès à l'enregistrement des naissances; c'est le cas également de tous les enfants réfugiés. Selon certaines informations, s'est inquiétée une experte, seuls 4% des enfants seraient enregistrés à la naissance au Tchad.

Un expert a par ailleurs souhaité de plus amples renseignements sur ceux que le Tchad appelle les enfants «frappés de malédiction».

Un autre expert a demandé quelles mesures sont envisagées par le Tchad pour améliorer le système de collecte de données concernant les enfants. Relevant qu'en 2005-2006, par exemple, le budget social avait connu une réduction sensible, il s'est demandé si cela pouvait s'expliquer par un détournement des ressources vers le secteur militaire.

Un autre membre du Comité a pour sa part évoqué le problème des enfants qui vont à l'école et qui sont forcés par leurs maîtres à mendier et à se procurer de la nourriture.

Un autre membre du Comité a insisté sur le grand nombre d'enfants des rues au Tchad, dont bon nombre sont des enfants orphelins, notamment du sida, mais aussi des enfants victimes de conflits et de la pauvreté. Il s'agirait de plusieurs dizaines de milliers d'enfants et il serait bon de connaître les mesures précises prises en faveur de ces enfants, a souligné cet expert.

Que font les nombreux enfants qui ont quitté l'école et qui, du fait de leur âge, n'ont normalement pas le droit de travailler, a demandé un expert ?

Le Tchad connaît un taux très élevé de mortalité infantile, qui se situe aux alentours de 100 pour mille, a souligné un expert, un autre membre du Comité ajoutant que le taux de mortalité maternelle y est l'un des plus élevés d'Afrique, si ce n'est du monde.

Faisant référence à l'épisode de l'association «L'Arche de Zoé», un membre du Comité a demandé quelles mesures sont prises pour garantir des procédures d'adoption respectueuses des droits de l'enfant.

Un autre membre du Comité a affirmé qu'au Tchad, le recrutement d'enfants soldats est pratiqué, en particulier dans les camps de réfugiés, en vue de leur enrôlement dans l'armée nationale tchadienne.

Plusieurs experts ont insisté sur les problèmes posés, en matière de définition de l'enfant, par la juxtaposition du droit positif, qui définit un enfant comme une personne âgée de moins de 18 ans, et du droit coutumier - qui, lui, fixe d'autres âges.

Quelles mesures le Tchad entend-il prendre pour mettre un terme à la culture de l'impunité dans le pays, a demandé un membre du Comité, appelant de ses vœux une réaffirmation de l'État de droit au Tchad.

Renseignements complémentaires fournis par la délégation

La délégation a déclaré que depuis la soumission de ce deuxième rapport périodique, beaucoup de choses ont évolué au Tchad; «la plupart du temps dans le bon sens», a-t-elle ajouté.

En ce qui concerne les enfants associés aux forces et groupes armés, la délégation a assuré que les autorités prennent très au sérieux ce phénomène, auquel vient se greffer celui des enfants mendiant dans les rues - évoqué par un membre du Comité. La délégation a par ailleurs souligné que les autorités ont pris l'engagement de construire, dans les différentes régions touchées, des établissements pour la prise en charge totale de ces enfants. Parfois, ces enfants sont raccompagnés dans leurs familles; mais dans certains cas, ils en ont totalement perdu la trace, a précisé la délégation.

La délégation tchadienne a assuré que l'armée tchadienne, en tant qu'armée, ne recrute pas d'enfants. Ce qui arrive, selon les témoignages émanant d'enfants eux-mêmes, c'est que lorsque des rebelles arrivent dans les villages, ils y tuent des parents, de telle sorte que les enfants s'enfuient alors dans la brousse. Le Gouvernement tchadien met tout en œuvre pour éviter que des enfants ne se retrouvent dans des situations telles qu'ils courent le risque d'être enrôlés, a assuré la délégation. Des inspections sont opérées dans les garnisons afin de veiller, au cas où cela pourrait se produire, à ce qu'aucun enfant ne soit recruté par l'armée, a insisté la délégation.

En ce qui concerne les enfants des rues, la délégation a souligné que le Code pénal punit le délaissement d'enfants et l'abandon par la famille.

La discrimination à l'encontre des petites filles est hélas un héritage de nos cultures, a en outre déclaré la délégation. Cette pesanteur de l'héritage culturel commence à s'effacer quelque peu car on voit désormais des femmes occuper des fonctions qu'elles n'occupaient pas auparavant, a-t-elle toutefois tempéré.

La délégation a par ailleurs affirmé que la violence en milieu scolaire est un phénomène que les autorités déplorent. Elle a ajouté que ce n'est pas à coup de lois que l'on pourra éradiquer ce phénomène; tous les acteurs concernés, notamment les associations et les enfants eux-mêmes, ont entrepris de s'impliquer dans la lutte contre ce type de violence, a-t-elle précisé.

La délégation a par ailleurs déclaré que le Tchad a le devoir de protéger les enfants réfugiés, qui doivent aussi avoir accès aux écoles, aux vaccins et à tout ce qui est nécessaire à leur développement, conformément à la Convention.

Il existe deux types de droits coutumiers au Tchad, a expliqué la délégation: le droit coutumier musulman et le droit coutumier animiste. Les autorités tchadiennes s'efforcent de sensibiliser les chefs traditionnels et les chefs religieux afin qu'ils fassent en sorte que les droits coutumiers s'alignent sur la définition de l'enfant conformément au droit positif, c'est-à-dire aux dispositions relatives aux droits de l'enfant, notamment s'agissant de l'âge.

Il est vrai que le taux d'enregistrement des naissances est très bas au Tchad, mais des progrès ont été réalisés récemment dans ce domaine, a assuré la délégation. Elle a ajouté que des mesures ont été prises afin d'assurer la gratuité de l'enregistrement des naissances et de la fourniture des certificats de naissance. La loi tchadienne stipule clairement que tout enfant né sur le territoire tchadien doit avoir la nationalité tchadienne, a-t-elle rappelé. Cependant, il est vrai qu'un problème se pose en ce qui concerne les réfugiés soudanais au Tchad et des efforts sont donc déployés afin d'assurer l'enregistrement des naissances de ces enfants réfugiés.

En ce qui concerne l'administration de la justice pour mineurs, la délégation a notamment souligné que la loi tchadienne est très claire sur un point, à savoir que les mineurs ne peuvent en aucun cas être détenus dans les mêmes cellules que des adultes.

L'éducation est un droit consacré par la Constitution, a par ailleurs rappelé la délégation. Aussi, la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté a-t-elle défini l'éducation comme constituant la première priorité du pays à long terme. La délégation a fait valoir que les taux de scolarisation sont passés 72% en 2000 à plus de 90% de nos jours. Il n'en demeure pas moins que les disparités en matière d'éducation sont énormes et constituent un enjeu de taille pour le pays, a reconnu la délégation. Les exclus du système éducatif tchadien sont avant tout les enfants nomades. Les filles sont également considérées, dans le système éducatif, comme constituant un groupe vulnérable et doivent de ce fait faire l'objet d'une attention particulière; aussi, des programmes ont-ils été mis en place à cet égard.

L'éducation est gratuite, mais 41% seulement des enfants achèvent le cycle du primaire, a-t- indiqué la délégation. Les 59% restants ont abandonné l'école, essentiellement pour des raisons liées à la pauvreté. Les mariages précoces, du côté des filles, expliquent aussi ces abandons scolaires, a ajouté la délégation. Grâce aux actions qui ont été entreprises en leur faveur, bon nombre d'enfants bouviers engagés par des éleveurs ont pu être réintégrés dans le cursus scolaire, a par ailleurs indiqué la délégation.

Le tabou qui entourait les enfants handicapés, considérés comme une honte pour les parents, est en train de tomber, a en outre assuré la délégation.

En ce qui concerne les questions de santé, la délégation a reconnu qu'au Tchad, la mortalité infantile est très élevée et n'a pas beaucoup évolué depuis dix ans. Des études ont montré que des faiblesses subsistent en ce qui concerne l'accès de la population aux services de santé. Une politique nationale de santé pour les années 2007-2015 a été élaborée, assortie d'un plan dont le cadrage budgétaire est en cours, a précisé la délégation.

Un membre du Comité ayant affirmé que les mutilations génitales féminines constituent toujours un grand tabou au Tchad et un grand problème pour les jeunes filles, la délégation a assuré que cette question n'est plus un tabou dans le pays. La question des mutilations génitales féminines a d'ailleurs été associée à celle de la lutte contre le VIH/sida, a ajouté la délégation. Le fait est que pendant longtemps, en effet, on utilisait une seule lame pour exciser plusieurs femmes, ce qui, à l'heure du VIH/sida, était périlleux pour toute la communauté, a expliqué la délégation. Les antirétroviraux sont désormais gratuits, a-t-elle par ailleurs indiqué, ce qui a permis une augmentation du nombre de personnes qui viennent se faire dépister.

Les enfants bouviers sont une préoccupation pour le Tchad, a déclaré la délégation. Le phénomène de la pauvreté est ici encore une cause du problème, a-t-elle ajouté. Échanger son enfant contre une vache ou un bœuf est parfois la conséquence de la pauvreté, a-t-elle insisté.

Le «problème Arche de Zoé est ignoble», a déclaré la délégation par la voix de la Ministre tchadienne de l'action sociale, de la solidarité nationale et de la famille. Elle a ajouté que le pays continue, dans le respect des textes et la transparence la plus totale, de donner la chance à des enfants d'être adoptés, a déclaré la Ministre.

Observations préliminaires

M. JEAN ZERMATTEN, corapporteur du Comité pour l'examen du rapport du Tchad, a souligné que le dialogue avec la délégation a permis au Comité de relever les progrès réalisés par le pays mais aussi les difficultés persistantes. Au nombre de ces difficultés persistantes, M. Zermatten a cité la pauvreté. Il s'est à cet égard félicité que la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté place l'éducation parmi ses priorités. Il s'est en outre réjoui des ressources nouvelles que le Tchad tire de l'exploitation pétrolière. M. Zermatten a par ailleurs exprimé le souhait que le pays aille de l'avant pour ce qui est de la ratification d'un certain nombre d'instruments internationaux auxquels il n'est pas encore partie, notamment la Convention de La Haye sur les adoptions internationales.

Le Tchad est un pays en conflit et il est dans ce contexte important que tous les groupes armés, rebelles ou non, cessent tout recrutement d'enfants soldats et assurent la démobilisation et la réintégration de tous les enfants qui ont pu être recrutés, a poursuivi M. Zermatten. L'école doit rester un endroit de paix et d'éducation et non un lieu de violence, a poursuivi l'expert. Le pays est en voie de très sensible amélioration et il faut que le Tchad prenne toutes les dispositions pour rendre effectifs les résultats de la discussion qui s'est nouée aujourd'hui, a conclu M. Zermatten.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel