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Enquête nationale sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux (ENSA) , Décembre 2014 - Données collectées en Octobre 2014

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1. Résumé exécutif

La campagne agricole 2014/2015 est caractérisée par une installation tardive des pluies dans la zone sahélienne et une mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies. Les pluies se sont effectivement installées en mi-juillet. Elles ont été plus régulières et abondantes jusqu’en octobre. Le mois de juin a été sec sur une grande partie de la zone sahélienne. La production brute céréalière de la campagne agricole 2014/2015 est estimée à 2 669 653 tonnes 1; soit une hausse d’environ 9% par rapport à la moyenne quinquennale. C’est une production moyenne à bonne avec des disparités inter et intra régionales importantes. Ces disparités laissent entrevoir des zones de vulnérabilité plus ou moins larges. Afin d’identifier ces zones de vulnérabilité, le SISAAP, la FAO et le PAM ont conjointement financé l’enquête nationale sur la sécurité alimentaire. L’UNICEF, le CNNTA et les directions techniques du Ministère de l’Agriculture ont mobilisé 87 enquêteurs. Ces derniers ont enquêté un échantillon aléatoire de 6949 ménages répartis dans 63 départements sur les 67 que compte le Tchad. En fait, quatre départements des régions de Tibesti et de Bourkou n’ont pas été visités à cause des difficultés d’accès. Les données ainsi collectées sont représentatives de l’ensemble de la population des régions visitées.

Les résultats de l’ENSA d’octobre 2014 indiquent que 2,4 millions de personnes sont en insécurité alimentaire globale (20%) dont 428 000 en situation d’insécurité alimentaire sévère (3,6%). Ces ménages font également face à un déficit de consommation alimentaire important. Ils n’arrivent pas à couvrir leurs besoins alimentaires minimum sans l'assistance ou l'aide de parents/amis. L'analyse de l'insécurité alimentaire globale au niveau des régions bien que pertinent cache des disparités importantes. En effet, l'analyse désagrégée révèle une situation alimentaire particulièrement précaire dans les départements de Biltine (61%), d'Abdi (47%), Djourouf Al Hamar (47%), Assoungha (44%), Kimiti (44%), Nord Kanem (43%), Wayi (40%), Mangalmé (39%) et Kanem (39%). Aussi, les résultats montrent une situation alimentaire fragile dans les départements de Batha Est (38%), de Ouara (38%), de Bahr El Gazal Sud (36%), de Bahr El Gazal Nord (32%). Par ailleurs, l'insécurité alimentaire sévère est prépondérante dans les départements de Wayi (28%), Batha Est (22%), Batha Ouest (15%) et Nord Kanem (14%).

Au cours des entretiens organisés avec les ménages, il leur a été demandé de dire s’ils avaient subi un choc au cours des six derniers mois. De l’analyse des réponses, 40% des ménages ont confirmé avoir subi au moins un choc. La sécheresse (39%), les ennemis des cultures (13%), les inondations (9%) sont les principaux chocs subis par ces ménages. Puis viennent les épizooties (7%), les maladies chroniques (7%) et le décès du chef de ménage ou d’un membre important (6%). L’analyse de ces chocs confirme la forte sensibilité des ménages ruraux tchadiens aux chocs environnementaux. Les discussions avec les ménages mettent en évidence un impact négatif de ces chocs sur les revenus tirés de l’agriculture vivrière pluviale et l’élevage qui sont leurs deux principaux moyens d’existence. Sur une échelle allant de un à cinq (de très faible à très élevé), l’impact de ces chocs est classé élevé à très élevé par environ 60% des ménages. Environ 50% des ménages ne pourraient pas se révéler (se remettre) tout seul de ce choc.

Du paragraphe précèdent, l’on peut conclure que la mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies (sècheresse par-là, inondation par ci) est le principal choc subi par ménages. Les ennemis des cultures et les épizooties en sont généralement des conséquences.

Pour faire face à ce choc, les ménages ont développé un large éventail de stratégies. Les stratégies de survie utilisées dans cette analyse doivent être comprises comme toute nouvelle façon pour les ménages de combiner leurs avoirs (biens, capacités, activités) pour se procurer de la nourriture ou de l’argent pour acheter la nourriture. Chez les agro-pasteurs, l’effet immédiat d’une mauvaise répartition des pluies est la perte de la production céréalière pluviale. N’ayant pas assez de récoltes pour se nourrir et échanger sur les marchés, les ménages ont prioritairement emprunté de l’argent (25%) ou de la nourriture (21%). Ceux qui disposent encore d’une épargne monétaire l’ont dépensé (15%).