Crise au Sahel : Une situation nutritionnelle et médicale très préoccupante au Tchad

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from ALIMA
Published on 07 Jun 2012 View Original

Alors que tous les acteurs humanitaires annoncent une crise nutritionnelle très importante dans la bande sahélienne pour les mois à venir, Aimé Makiméré, président d’Alerte Santé (ONG médicale Tchadienne) et Rouafi Oummani, coordinateur d’ALIMA au Tchad nous font part de leur vision de la situation nutritionnelle et médicale au Tchad. 127 000 enfants tchadiens de moins de 5 ans sont menacés par la malnutrition aigüe sévère au cours des 8 prochains mois…

Voilà presque deux mois qu’ALIMA, Alerte Santé et Acted interviennent au Tchad dans le district de Ngouri afin de soigner la malnutrition aigüe sévère et le paludisme, et nous réalisons déjà que l’affluence dans les centres de santé est plus élevée que prévue :

Cela fait 6 semaines que les activités ont commencé sur le terrain et nous recevons déjà un nombre de patients assez élevés. Si nous continuons à ce rythme nous allons dépasser nos prévisions (21 000 enfants soignés d’ici décembre 2012). Actuellement, sur les centres de santé nous recevons en moyenne 200 enfants par semaine et au niveau des hospitalisations, environ 25 enfants sont admis par semaine. Pourtant, nous n’avons même pas commencé à mettre en place le dépistage actif au niveau des villages. Ces chiffres risquent donc d’augmenter dans les semaines à venir. », Nous explique Rouafi Oummani.

Selon eux, cette année difficile résulte de plusieurs facteurs : pluviométrie faible, conséquences du conflit lybien, difficultés structurelles …

« La particularité de l’année 2012 est qu’il y a deux pays frontaliers du Tchad où il y a des conflits : la Lybie et le Nigéria. Cela a un fort impact car beaucoup de tchadiens sont expulsés de ces pays alors que leurs revenus permettaient de faire vivre leurs familles restées au pays.» Ajoute-t-il.

Aimé Makiméré évoque quant à lui les problèmes météorologiques : « La météo au Tchad est très aléatoire et la pluviométrie de 2011 était particulièrement mauvaise, ce qui a entraîné une perte de 50% des récoltes. Les prix ayant augmentés, les familles n’ont plus les moyens de se nourrir. »

« Le manque de personnel médical aussi est un réel problème, notamment de personnel qualifié, et le peu qu’il y a est concentré dans les hôpitaux des grandes villes. A Ngouri, sur les 32 centres de santé disponibles, 4 ne sont pas fonctionnels pour cette raison. » Ajoute-t-il.

Globalement, Rouafi Oummani pense qu’« Il n’y a pas assez de centres de santé, en tout cas pour couvrir l’ensemble du territoire tchadien qui est très vaste. De plus, ils ne sont pas très adaptés pour donner des soins de qualité. La population peut difficilement accéder aux structures car elle est parfois trop loin de chez elle et elle n’a pas les moyens de se payer les soins. Il m’est arrivé d’entrer dans des centres de santé complétement vides. Leurs chefs m’expliquaient que les patients n’avaient pas les moyens de se payer des soins, c’est la raison pour laquelle ils ne venaient pas. Mais quand on leur dit qu’il y a une ONG qui arrive pour prendre en charge les soins gratuitement les patients viennent. » ajoute Rouafi.

En effet, si l’année 2012 multiplie les facteurs aggravant, la malnutrition au Tchad est avant tout liée à différents problèmes structurels récurrents : « Bonne ou mauvaise pluviométrie, violence dans les pays environnants ou pas, le faible pouvoir d’achat des populations ainsi que leur manque d’accès aux soins et à des compléments alimentaires adaptés entraînent chaque année la mort de nombreux enfants malnutris. » précise Thierry Allafort Duverger, président d’Alima.

Le district de Ngouri comprend 32 CDS (Centres De Santé) et un hôpital. Nous avons mis également en place un CNT (Centre Nutritionnel Thérapeutique) et 12 CNA (Centres Nutritionnels Ambulatoires) afin de fournir des soins de qualités adaptés et gratuits aux victimes de malnutrition et de paludisme.

A noter que le Tchad a l’un des indices de développement humain les plus bas du monde en étant classé 183ème sur 187 pays et que la région du Lac où agissent ALIMA, Alerte Santé et Acted enregistre les plus forts taux de mortalité du pays.

Dans l’émission Grand Reportage diffusé le 7 mai 2012 sur RFI, des journalistes partent à la rencontre du personnel et des patients du centre nutritionnel de Ngouri :

http://www.alimaong.org/2012/05/25/dans-le-sahel-tchadien-la-course-cont...