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Chikungunya – Tchad : Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 24 septembre 2020

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Entre le mois de juillet et le 20 septembre 2020, 27 540 cas ont été notifiés au total dans trois provinces, selon la répartition suivante : 24 302 cas dans le district sanitaire d’Abéché, 3237 cas dans celui de Biltine et un cas dans celui d’Abdi. À ce jour, un décès a été signalé, dans le district d’Abéché. Les patients sont traités pendant quelques heures dans un établissement de santé, puis continuent d’être pris en charge en soins ambulatoires. Les personnes de 15 ans et plus constituent la tranche d’âge la plus touchée. Plus de trois quarts des cas notifiés présentaient une forte fièvre, des céphalées et des douleurs articulaires, tandis que des éruptions maculopapulaires étaient observées chez un tiers des cas.

En juillet 2020, les autorités sanitaires ont été avisées de la survenue de cas de maladie se manifestant par une forte fièvre, des céphalées et des douleurs articulaires intenses et incapacitantes, parfois accompagnées de vomissements. Elles ont par la suite déterminé qu’il s’agissait du chikungunya, la présence du virus ayant été confirmée chez une agricultrice de 63 ans. Cette dernière n’avait pas voyagé en dehors du district d’Abéché. Au total, 13 échantillons prélevés dans le district d’Abéché (province du Ouaddai) ont été envoyés pour analyse au laboratoire mobile de N’Djamena le 12 août 2020 ; 11 d’entre eux ont donné des résultats de test positifs pour le virus du chikungunya.

Ces résultats ont été confirmés par le laboratoire Pasteur de Yaoundé au Cameroun (laboratoire de référence de l’OMS), où cinq échantillons envoyés à des fins de contrôle de la qualité ont été soumis à un test de RT-PCR (transcription inverse suivie d’une amplification en chaîne par polymérase), donnant un résultat positif pour le virus du chikungunya. Les échantillons ont également fait l’objet d’un dépistage pour d’autres arbovirus (dengue et Zika), mais pas pour le virus O’nyong-nyong, ni pour le virus de la fièvre jaune.

S’agissant des vecteurs et du contexte environnemental, les moustiques du genreAedes, qui transmettent la maladie, sont présents dans le district d’Abéché. La saison sèche, qui se caractérise par un climat chaud et semi-aride moins propice aux moustiques, devrait débuter en octobre. D’autres études entomologiques sont en cours dans les provinces du Wadi-Fira et du Sila pour déterminer si le vecteur responsable de la maladie y est présent.

Abéché, la quatrième ville du Tchad par sa taille, est une plaque tournante pour l’acheminement de l’aide humanitaire à quelque 240 000 réfugiés du Darfour qui vivent dans 12 camps situés à l’est de la ville, dans la région frontalière du Soudan.

Action de santé publique

  • Des équipes du Ministère de la santé publique et de la solidarité nationale, de l’OMS, de la Croix Rouge et des autorités municipales locales sont actuellement déployées pour procéder à la désinfection et à la destruction des gîtes larvaires, ainsi que pour mener des campagnes de sensibilisation ;

  • Un plan de riposte est en cours de validation, avec l’appui de l’OMS et des partenaires du Groupe de responsabilité sectorielle Santé ;

  • Plusieurs réunions de coordination ont eu lieu, notamment une réunion de coordination nationale pour la lutte contre les épidémies et trois réunions organisées sous l’égide d’organismes sanitaires délégués au niveau provincial : le Comité provincial du Ouaddai, le Comité provincial du Wadi-Fira et le Comité provincial du Sila ;

  • Distribution de médicaments et de fournitures renouvelables pour renforcer les services de soins médicaux ;

  • Investigation des cas et recherche active des cas dans les structures de santé et les foyers ;

  • Collecte, analyse et transmission quotidienne des données et préparation d’un rapport de situation ;

  • Activités de sensibilisation aux mesures de prévention de la maladie menées dans le département d’Abougoudam ;

  • Sensibilisation de la population par les relais communautaires au moyen de messages radiophoniques ;

  • Maintien de l’accès à un traitement gratuit pour les patients dans les structures de santé ;

  • Désinsectisation quotidienne de tous les véhicules et bus de transport sur l’axe Abéché-N’Djamena, ainsi que d’autres automobiles sur l’axe Abéché-Oum Hadjer ;

  • Mesures de désinsectisation par fumigation menées avec l’appui de la municipalité d’Abéché ;

  • Des défis restent à relever dans les domaines suivants : lutte antivectorielle, mobilisation sociale et communication sur les risques.

Évaluation du risque par l’OMS

Le chikungunya et une arbovirose transmise à l’homme par la piqûre de moustiques Aedes infectés. La maladie se caractérise par une fièvre d’apparition brutale, fréquemment accompagnée d’une inflammation et de douleurs articulaires qui sont souvent très handicapantes et peuvent durer plusieurs mois, voire des années. Il arrive que l’infection soit mortelle, mais ces décès sont rares et concernent le plus souvent des personnes âgées atteintes de pathologies sous-jacentes ou des nourrissons infectés dans la période périnatale. Chez certains patients, on peut observer une rechute de symptômes rhumatologiques (par exemple polyarthralgie, polyarthrite et ténosynovite) dans les mois qui suivent la phase aiguë de la maladie.

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre le chikungunya, ni de vaccin disponible sur le marché. Le virus du chikungunya peut provoquer des flambées de grande ampleur avec un taux d’atteinte élevé, touchant entre un tiers et trois quarts de la population dans les zones de circulation du virus et risquant donc de conduire à une surcharge du système de santé. Le risque au niveau national est jugé modéré, compte tenu du nombre important de cas signalés sur une courte période, de la présence des vecteurs Aedes dans le pays et du fait qu’il s’agit de la première flambée que connaît le pays.

L’expérience acquise dans d’autres parties du monde montre que le chikungunya a un fort potentiel épidémique dans les régions où la population n’a jamais été exposée au virus. Étant donné que la saison sèche devrait démarrer au début octobre, avec un climat chaud semi-aride moins propice à la prolifération des moustiques, le risque aux niveaux régional et mondial est plus faible. La pandémie de COVID-19, avec la charge supplémentaire qu’elle fait peser sur le système sanitaire et les agents de santé, risque de perturber l’accès aux soins. Elle pourrait également réduire la demande, du fait des exigences de distanciation physique ou d’une réticence des communautés. Dans le contexte actuel, la capacité des laboratoires locaux et des laboratoires de référence nationaux à traiter les échantillons risque d’être réduite (en raison de la forte demande pour l’analyse d’échantillons de COVID-19) et il est probable que le nombre de cas continue d’augmenter, ce qui pourrait exercer une pression considérable sur les services de santé. Entre le 19 mars et le 16 septembre 2020, le Tchad a enregistré 1090 cas confirmés de COVID-19, dont 81 décès.

Conseils de l’OMS

Il est conseillé de porter des vêtements couvrant au maximum la peau pour la protéger des piqûres pendant la journée. Des produits répulsifs peuvent être appliqués sur les vêtements et les zones découvertes de la peau, en respectant scrupuleusement les instructions figurant sur l’étiquette du produit. Les répulsifs doivent contenir du DEET (N, N-diéthyl-3-méthylbenzamide), de l’IR3535 (esther éthylique de l’acide 3-[N-acétyl-N-butyl]-aminopropionique) ou de l’icaridine (1-pipéridine carboxylate, 2-(2- hydroxyléthyl)-1-méthylpropylester). Il convient de dormir sous une moustiquaire (pendant la journée) et d’utiliser un climatiseur ou de poser des écrans antimoustiques aux fenêtres pour éviter les piqûres de moustiques. Les serpentins antimoustiques ou d’autres vaporisateurs d’insecticide peuvent également réduire les risques de piqûres à l’intérieur.

L’espèce Aedes albopictus prospère dans les eaux accumulées dans des endroits très divers, y compris les cavités des arbres ou les plans d’eau rocheux, ainsi que dans des récipients artificiels, comme les pneus usagés, les soucoupes sous les pots de fleurs, les bidons et citernes pour l’eau de pluie ou encore les bassins collecteurs. Aedes aegypti se reproduit également dans les récipients d’eau artificiels à l’intérieur ou autour des habitations ou des lieux de travail. La prévention et la lutte contre la maladie reposent dans une large mesure sur la réduction de ces accumulations d’eau naturelles et artificielles qui favorisent la reproduction des moustiques. Cela suppose une mobilisation des communautés touchées, un renforcement de la surveillance entomologique pour évaluer l’impact des mesures déjà appliquées et la mise en œuvre d’activités de lutte supplémentaires le cas échéant.

Lors de flambées épidémiques, on peut procéder à la pulvérisation d’insecticide à l’intérieur des habitations pour tuer les moustiques adultes, en sus des mesures de réduction à la source et de l’utilisation de larvicides pour tuer les larves immatures. Les autorités/services nationaux de transfusion sanguine doivent se tenir informés de la situation épidémiologique et renforcer l’hémovigilance afin d’identifier toute transmission transfusionnelle potentielle du virus du chikungunya. Des précautions appropriées, conformes aux mesures prises pour prévenir la transmission transfusionnelle d’autres virus véhiculés par les moustiques, devront être appliquées en fonction de la situation épidémiologique et de l’évaluation des risques1.

Des efforts supplémentaires seront déployés dans les domaines suivants : diffusion de lignes directrices cliniques sur le chikungunya, y compris des messages clés ; formation de mise à jour sur le diagnostic clinique du chikungunya, destinée aux cliniciens ; notification des cas ; et prise en charge des cas pendant les phases aiguë, subaiguë et chronique de la maladie, ainsi qu’en présence de complications. Il est également essentiel de garantir un accès gratuit aux traitements et d’éviter l’automédication.

1 http://www.who.int/bloodsafety/publications/guide_selection_assessing_su...

2 Int. J. Environ. Res. Public Health 2018, 15, 220; doi:10.3390/ijerph15020220