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Zoom sur le Mécanisme de Réponse Rapide d’ACTED en République Centrafricaine

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Depuis 2013, ACTED est partenaire de mise en œuvre du Mécanisme de Réponse Rapide, un programme d’urgence soutenu par UNICEF en République Centrafricaine. Ce projet vise à réaliser des évaluations rapides multisectorielles dans les zones touchées par un conflit et à proposer des réponses d’urgence, avec le soutien des partenaires humanitaires. Depuis avril 2013, les équipes d’ACTED ont mené 17 évaluations et réalisé 10 réponses d’urgence. Grégory, le chef de projet du Mécanisme de Réponse Rapide depuis juillet 2013, nous partage son expérience de ce projet essentiel à l’heure de cette crise sans précédent en République Centrafricaine.

Le mécanisme de réponse rapide est un programme mis en œuvre dans plusieurs pays, qui permet de comprendre et de classifier très rapidement les besoins urgents des populations touchées par une crise, et de leur apporter une aide humanitaire pour réduire les pertes en vies humaines. En 2013 en République Centrafricaine, ACTED et Action Contre la Faim étaient les seuls acteurs à mettre en œuvre ce projet. En 2014 le programme s’est amplifié et compte 3 partenaires supplémentaires (IRC, PU-AMI, Solidarités International).

En 2013 et 2014, ce sont notamment des attaques de groupes armés qui ont déclenché une intervention du Mécanisme de Réponse Rapide. Ces attaques provoquent des déplacements massifs de population dans des camps temporaires, chez des ménages d’accueil dans des villages voisins, ou dans la forêt.

Après ces déplacements, et dès que la situation sécuritaire le permet, l’équipe du Mécanisme de Réponse Rapide se déploie dans les localités où se trouvent les déplacés pour déterminer leur niveau de vulnérabilité et leurs besoins urgents. Après avoir analysé les données recueillies dans tous les secteurs (santé, éducation, sécurité alimentaire, eau, hygiène et assainissement,..), l’équipe fait du plaidoyer pour encourager d’autres acteurs humanitaires à intervenir pour apporter une aide humanitaire.

L’équipe peut également gérer des distributions de bien non-alimentaires en dernier recours, notamment du savon, des moustiquaires, des bâches, des kits de cuisine, des jerrycans ou des nattes.

Comment le Mécanisme de Réponse Rapide soutient-il les populations vulnérables en République Centrafricaine ?

Le Mécanisme permet de révéler les besoins urgents des populations touchées par des crises et de les partager avec les acteurs humanitaires en République Centrafricaine. En 2013, nous avons observé plusieurs cas où des milliers de personnes (des villages entiers) étaient cachées dans la forêt dans des conditions très précaires à cause d’attaques par des groupes armés, dans des zones sans acteurs humanitaires ou services étatiques fonctionnels.

Il ne s’agit pas seulement d’un mécanisme d’évaluation et de plaidoyer, mais inclut également le pré-positionnement de biens humanitaires de première nécessité, ce qui permet de mener des interventions de réponse d’urgence quand aucun autre acteur n’est disponible pour agir.

Quel est le bilan de la 1ère phase du Mécanisme de Réponse Rapide pour ACTED?

Entre avril 2013 et mars 2014, ACTED a apporté une aide humanitaire à plus de16.000 familles, soit 85.000 personnes environ, à travers la distribution de 8000 moustiquaires, 20000 jerrycans, 16000 nattes et 19000 couvertures.

A cela il faut ajouter les biens non alimentaires distribués par Action Contre la Faim, ainsi que les programmes d’urgence ou de moyen terme menés par d’autres acteurs sur la base des enquêtes multisectorielles et des plaidoyers d’ACTED.

Quelles sont les différences entre la première phase en 2013 et la deuxième en 2014 ?

Le mécanisme a beaucoup changé en 2014, avec une augmentation du nombre de partenaires et des capacités opérationnelles, notamment en eau, hygiène et assainissement. Nous utilisons également des tablettes et des données pour améliorer notre rapidité et établir des cartographies précises.

Qu’as-tu appris professionnellement et personnellement de ce projet ?

Le projet m’a permis de mieux comprendre les défis du terrain centrafricain en menant des enquêtes et des distributions dans un contexte d’insécurité, avec la présence de nombreux groupes armés, souvent responsables des exactions violentes et des déplacements des populations.

De plus, l’application du principe du Do No Harm (Ne Pas Nuire) nous a obligé à prendre des décisions très difficiles : par exemple de ne pas mener (ou au moins de reporter) une distribution d’aide humanitaire aux déplacés vulnérables quand il était très clair que cela pourrait attirer des groupes armés se trouvant à proximité et désireux de piller les gens, et donc les mettre en danger.

Quelle a été ton expérience la plus marquante en tant que chef de ce projet ?

Sans hésiter la distribution de biens non alimentaires à Gbadalao, un village du sud-centre du pays pas loin de la ville de Mobaye. Suite à un massacre par un groupe armé fin juillet 2013, tous les membres du village, plus de 2.000 personnes, s’étaient réfugiés dans la forêt. Mon équipe est allée enquêter les déplacés pour évaluer leurs conditions de vie et leurs besoins, et a ensuite réalisé une distribution de biens non alimentaires en septembre 2013. Alors que nous pensions que les gens sortiraient de la forêt uniquement pour chercher l’aide humanitaire et rentreraient ensuite dans la forêt, nous avons été surpris et très content de voir que les gens avaient décidé de revenir dans leur village.

Cette distribution a donc eu un double effet positif : non seulement les gens, qui avaient tout perdu, ont reçu des biens essentiels mais le fait qu’une organisation humanitaire vienne sur place plusieurs jours a redonné confiance aux habitants et les a encouragé à regagner leur village.