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Une mission de haut niveau à Bangui, pour relancer le partenariat avec la RCA

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BILIAMINOU ALAO

Une délégation de haut niveau composée du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Pierre Lacroix et des représentants de l'Union Africaine, le Commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité, Bankole Adeoye, de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC), le Commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité, de la Commission de la CEEAC, Mangaral Bante et de la Directrice Afrique du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), Rita Laranjinha, était en mission à Bangui du 02 au 05 juin 2021. Cette visite conjointe rentre dans le cadre des consultations régulières sur le processus de paix avec le gouvernement centrafricain, afin de mieux orienter le soutien de la communauté internationale.

Au cours de sa mission, la délégation a rencontré le Président de la République, le président de l'Assemblée nationale, le corps diplomatique, les facilitateurs de l'Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA (APPR) ainsi que les préfets, les représentants des parties politiques de la majorité présidentielle et de l'opposition, les leaders de la société civile, les représentants de la plateforme religieuse, des femmes et des jeunes,

La délégation est arrivée à Bangui dans un contexte sécuritaire tendu, avec des attaques continues contre la population civile, les acteurs humanitaires et les casques bleus des Nations Unies, ainsi que des allégations de violations graves du droit international humanitaire et des droits de l'homme, qui seraient commises par les parties au conflit et certains de leurs alliés. La visite s'est déroulée dans un contexte ou des membres de certaines organisations et institutions internationales sont la cible d'une campagne hostile, avec des manifestions régulières devant le quartier général de la MINUSCA qui fait également face à des attaques médiatiques bien orchestrées sur les réseaux sociaux. Le Représentant de l'Union Africaine, le Commissaire aux affaires politiques à la paix et à la sécurité, Bankole Adeoye, s'exprimant au nom de la délégation a déclaré que la Communauté internationale est un ami de la République centrafricaine, en ces termes « la communauté internationale est prête à continuer son engagement auprès de la RCA pour la paix et la stabilité. Il est temps que tous les acteurs, toutes les parties prenantes travaillent ensemble pour un dialogue républicain inclusif y compris le président de la République, la société civile, les femmes pour qu'il y ait vraiment une stabilité permanente dans ce pays ». Il a en outre indiqué que « nous ne devons pas oublier que la RCA doit travailler avec toute la Communauté internationale et surtout avec les pays voisins pour une vraie stabilité à l'intérieur ».

Bankole Adeoye s'est aussi voulu rassurant en réitérant l'importance de la MINUSCA. A cet égard, il a précisé que la Mission « travaille pour la protection de la population civile, pour la protection des Droits humains dans ce pays. Ceci est le message que nous portons, qu'il est temps que les acteurs centrafricains fassent taire les armes et c'est le message aussi de l'union Africaine pour que nous puissions nous engager résolument dans un développement économique de ce pays ».

Pour sa part, Rita Laranjinha a ajouté que l'Union Européenne est engagée depuis longtemps pour la stabilité de la RCA. « Nous avons beaucoup coopéré avec les autorités de la Centrafrique dans les dernières années, nous sommes engagées à maintenir la collaboration avec nos partenaires internationaux pour travailler ensemble pour la réconciliation nationale et pour le dialogue, pour la stabilisation de ce pays » a-t-elle souligné.

La Présidence de la République réitère l'importance des quatre organisations

Le Président de la République, Faustin-Archange Touadera, a tenu à rassurer ses invités qui se préoccupaient de l'appréciation de leur présence en RCA, par le gouvernement centrafricain. A ce sujet, il a fait observer que suite à certaines manifestations, ces derniers s'interrogent sur le fait de savoir si l'invitation qui leur avait été lancée est toujours d'actualité. En réponse à ces préoccupations, le Président de la République a indiqué ce qui suit : « Je le dis ici haut et fort que la voix autorisée pour répondre à cette question c'est la mienne et celle du gouvernement, nous disons que nous avons besoin de nos partenaires ».

En poursuivant ses propos, le Président a porté à la connaissance de ses invités que la RCA voudrait renforcer et redynamiser sa coopération avec ses partenaires. A cet effet, il a déclaré : « nous avons besoin de nos partenaires. Depuis 2016 à aujourd'hui, la MINUSCA, l'UA, l'UE et la CEEAC nous ont beaucoup appuyé dans les domaines de la sécurité et du développement. Donc, nous sommes demandeurs de l'appui qu'ils nous accordent pour relever les défis que traverse la RCA ».

Le Président Touadera a également voulu rassurer ses hôtes que les auteurs des menaces dont certains des agents des partenaires internationaux de la République centrafricaine faisaient l'objet, seront poursuivis et que la RCA est un Etat de droit : « Je voudrais tout simplement rassurer nos partenaires (...) » a-t-il conclu.

Pour sa part, l'Ambassadeur Bankole a, au nom de la délégation conjointe UA-ONU-CEEAC-UE, rappelé que le programme de la communauté internationale est d'aider à faire taire les armes en RCA et de faire en sorte que la paix règne dans le pays. Il a aussi ajouté que: « nous sommes rassurés que l'invitation adressée à la communauté internationale en RCA est toujours valide. Nous sommes tous convaincus, et le président nous a rassuré, que notre travail est une valeur ajoutée à la paix, la stabilité et au progrès de la RCA ».

De son coté, Jean Pierre Lacroix, a remercié le Président et déclaré que ses clarifications font chaud au cœur. A l'endroit du Président Touadera, il a dit : « je souhaite vous réitérer l'engagement des Nations Unies, de nos collègues sur le terrain, de nos organisations à accompagner vos efforts pour le processus de démocratisation , de pacification de la RCA, des efforts de développement aussi qui sont importants, les efforts visant à répondre à une situation humanitaire qui est difficile et qui d'ailleurs requiert que toutes les organisations puissent librement opérer en toute sécurité sur le terrain ».

Une mise en garde du président de l'Assemblée Nationale

Après sa rencontre avec la délégation mixte, à Bangui le 2/6/21, le président de l'Assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji, président de l'Assemblée nationale, a lu, le lendemain, une déclaration pour dire « Il nous a été donné de constater que, lors de diverses manifestations organisées depuis quelques temps devant le siège de la MINUSCA, certains propos malveillants ont été prononcés contre la Mission et des menaces de mort proférés à l'endroit de ses différents responsables, en particulier, M. Mankeur Ndiaye, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies et Chef de la Minusca. Par conséquent l'Assemblée nationale lance un vibrant appel aux organisateurs des marches et manifestations devant le siège de la MINUSCA, à ne pas s'engager dans des voix qui seraient contre productives pour la paix en RCA. »

Dans la même veine, il a dit fermement qu'« Il est important de rappeler que la MINUSCA est en République centrafricaine à la demande des autorités de notre pays, avec l'accord du Conseil de Sécurité, face à l'aggravation de la situation sécuritaire désastreuse que le peuple centrafricain a connue et connait encore aujourd'hui à un degré divers. Il est aussi important de rappeler que la MINUSCA s'est pleinement investie dans les recherches de solution à la crise centrafricaine, principalement dans la défense des populations civiles et surtout dans la protection du processus électoral ».

Une plate plate-forme religieuse solidaire

Pour la délégation conjointe UA-CEEAC-ONU-UE les leaders de la Plateforme religieuse de la RCA sont des acteurs clés du processus de réconciliation et de paix du pays.

A cet effet, Jean-Pierre Lacroix, a dit à leur intention: « Vous, leaders religieux, êtes et avez toujours été à la tête de cette préférence pour le dialogue. Nous voulons dire que nous serons toujours à vos côtés pour soutenir vos efforts qui sont plus importants que jamais en ce moment. Certains peuvent avoir la tentation de régler les problèmes par le recours à la force, mais nous croyons que cette approche inclusive reste absolument indispensable, même si, bien entendu, ceux qui ont commis des crimes vont rendre compte de leurs actes, qu'il s'agisse des juridictions nationales ou d'autres mécanismes », a indiqué M. Lacroix dès l'entame de la rencontre.»

C'est dans ce cadre que le Cardinal Dieudonné Nzapalainga a fait remarquer que: « la question de l'inclusivité du dialogue est une réalité. (...) personne ne le fera à notre place. Seuls on ne pourra pas le faire. Mais de manière solidaire, on pourra construire ce pays ». Il a aussi rapporté, au nom de la plateforme, les discussions, avec la délégation, en ces termes : « dans les échanges, nous avons dit que nous allons continuer d'inviter à l'inclusivité, à se regarder comme des frères et pas comme des ennemis pour bâtir la RCA. Seuls on ne pourra pas le faire. Mais de manière solidaire, avec les autres, on pourra construire ce pays ».

La société civile milite pour un dialogue républicain, la réconciliation et la paix en RCA

Aux sorties de la rencontre avec les membres de la société civile au nombre desquels figurent les femmes, la jeunesse ainsi que les organisations de défense des droits humains, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies en charge des opérations de paix de l'ONU a déclaré « nous voulons montrer que toutes nos organisations sont unies pour soutenir le peuple centrafricain dans le cheminement vers plus de paix, de démocratie, de stabilité. Nous continuerons de considérer que le rôle de la société civile pour instaurer un climat de paix, de réconciliation et de démocratie est absolument essentiel (...) Le dialogue inclusif est essentiel pour réconcilier et ramener tous ceux qui veulent construire un pays stable démocratique et prospère autour de la table de négociation ». « Nous continuerons de considérer que le rôle de la société civile pour instaurer un climat de paix, de réconciliation et de démocratie est absolument essentiel » a-t-il conclu.

Pour la présidente de l'Organisation des Femmes centrafricaines (OFCA), Marguerite Ramadan, le dialogue républicain voulu par le président Faustin Archange Touadera, ainsi que la question du climat sociopolitique et sécuritaire ont meublé ce moment d'échanges. « Il ressort que l'APPR-RCA demeure un cadre valable pour la discussion avec les groupes armés. Mais il faudrait que le dialogue républicain se tienne pour apaiser les esprits » a-t-elle indiqué.

D'un autre côté, au nom des jeunes centrafricains, le premier vice-président du Conseil national de la Jeunesse (CNJ), Carl Kikobet, s'est dit satisfait d'avoir pu exprimer les besoins de ses pairs. « Le simple fait de créer ce cadre et pouvoir discuter avec la jeunesse témoigne de la considération accordée à cette catégorie de la population. Nous attendons au sortir de cette rencontre (...) que l'implication des jeunes dans les instances de décision soit vraiment effective », a-t-il conclu.

Les partis politiques centrafricains sollicitent la poursuite du soutien de la communauté internationale

La délégation a eu des entretiens bilatéraux séparés avec des membres du parti au pouvoir en RCA et leurs alliés ainsi qu'avec l'opposition, axés sur la situation politique et sécuritaire délicate dans le pays.

« Nous avons discuté des enjeux politiques et sécuritaires brûlants du jour, en particulier la coopération avec la MINUSCA et tous les autres partenaires internationaux ainsi que du processus électoral et de la paix dans le pays », a déclaré Bruno Yapandé, vice-président du parti au pouvoir Mouvement Cœurs Unis (MCU).

La figure de l'opposition, Maître Nicolas Tiangaye du parti Convention républicaine pour le progrès social (CRPS) a déclaré de son côté que « la rencontre avec la délégation UA-CEEAC-ONU-UE est arrivée à un moment opportun, où le pays traverse une crise profonde. Les problèmes doivent être résolus par le dialogue avec tous, plutôt que par les armes».

« J'ai noté la volonté de tous les partenaires de créer un espace pacifique et démocratique pour relever les nombreux défis auxquels la RCA est confrontée. Nous appelons la communauté internationale à rester à nos côtés », a déclaré, quant-à-lui, Martin Ziguele, représentant du parti d'opposition Mouvement pour la libération du peuple centrafricain (MLCP).

Une fin de mission devant la presse

Pour les médias qui ont abordé des questions de développement, Mangaral Bante, de la CEEAC,l'envergure du travail de la MINUSCA avec les préfets est très importante. « Nous avons réalisé qu'effectivement, la MINUSCA fait un travail qui est fastidieux, et qui mérite vraiment le soutien de toute la communauté internationale, pour continuer à appuyer la République Centrafricaine à recouvrer l'entièreté de son territoire national et implanter une administration, parce que sans une administration locale, vous ne pouvez pas faire du développement. Les premiers acteurs de développement, ce sont d'abord les autorités locales » a-t-il indiqué.

*Rita Laranjinha,*a aussi parlé du développement économique de la RCA, en soulignant que : « ...nos organisations viennent en RCA - les Nations Unies, l'Union Africaine, l'Union Européenne et la CEEAC - pour parler du processus de stabilisation, pour parler sur la paix en RCA, c'est bien sûr parce que nous voulons parler des bases du développement économique de la RCA. Nous sommes tous bien conscients que seulement un pays en paix et un pays stable, un pays avec des institutions stables, pourra travailler pour le développement. Donc, la paix est le préalable du développement économique ». A cet effet, elle a pris le soin d'insister qu'il soit important d'inclure la jeunesse, et les femmes, dans les processus politiques et économiques de construction du futur de la RCA. Car selon elle, sans une participation plus active des jeunes et des femmes, le futur de la RCA sera moins brillant.

Par ailleurs, Charles Fries, Secrétaire général adjoint de l'Union Européenne chargé de la politique de sécurité et de défense commune et de la réponse aux crises qui a rejoint la délégation le 04 juin 2021, a rassuré l'assistance en déclarant que l'Union Européenne, se reconnait pleinement dans ce qu'ont dit le Commissaire Bankole et le Secrétaire général adjoint des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix. Il a cependant rappelé que « l'Union Européenne est un partenaire historique de la République Centrafricaine. C'est un engagement très fort. Je rappelle, par exemple, que depuis 2014, l'Union Européenne a versé un soutien financier d'environ 900 millions d'euros à la République Centrafricaine, pour assurer son développement, pour assurer sa sécurité, pour assurer sa bonne gouvernance ». Et de conclure que « ... l'Union Européenne est aux côtés de la République Centrafricaine dans toutes les mesures qui seront prises et qui iront dans le sens de ce processus de réconciliation, qui iront dans le sens de la stabilisation et de la paix dans ce pays. »

A l'issue de sa mission en RCA, le 4 juin 2021, la délégation conjointe UA-CEEAC-ONU-UE devant les médias nationaux et internationaux, a réitéré sa volonté de continuer à appuyer le processus de paix et un dialogue inclusif en RCA. Elle s'est dite heureuse des retombées de la mission et encourage l'implication de toutes ls parties prenantes afin que le pays ne retombe pas dans la guerre. La délégation a, en outre, condamné ceux qui veulent accéder au pouvoir par les armes.