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Rapport final du Groupe d’experts sur la République centrafricaine reconduit dans son mandat par la résolution 2588 (2021) du Conseil de sécurité (S/2022/527)

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Résumé

La période à l’examen (juin 2021-mai 2022) a été marquée par l’adoption, le 16 septembre 2021, de la feuille de route de Luanda par les chefs d’État et de Gouvernement de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs sous les auspices de l’Angola et du Rwanda. Cette initiative diplomatique a donné lieu, le 15 octobre 2021, à une déclaration de cessez-le-feu unilatéral par le Président Faustin Archange Touadéra, puis à l’organisation d’un dialogue républicain du 21 au 27 mars 2022 à Bangui. La Coalition de patriotes pour le changement (CPC) a été exclue de ce dialogue, que les chefs des principaux partis d’opposition ont quant à eux boycotté. Les tensions de plus en plus fortes qui pèsent sur les relations diplomatiques entre certains pays partenaires et les institutions financières régionales et internationales d’une part et le Gouvernement centrafricain d’autre part risquent de compromettre les perspectives d’un règlement durable de la crise.

La période a également été marquée par une augmentation du nombre de civils blessés ou tués par des engins explosifs improvisés et des mines antipersonnel, conséquence probable des autres conflits qui sévissent dans la région. À la tête de la coalition de la CPC, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) a étendu sa zone d’opérations vers la frontière soudanaise, sans doute pour contrôler les ressources naturelles (diamants et or) et les routes de trafic d’armes. En ce qui concerne les ressources naturelles, on peut se réjouir de l’augmentation du volume de diamants qui proviennent de zones déclarées conformes au titre du Processus de Kimberley, dans l’ouest de la République centrafricaine, et entrent dans le commerce officiel, une évolution positive qui contribue à réduire le trafic. Quant aux zones diamantifères situées dans l’est du pays, il demeure peu probable qu’elles soient réadmises dans le Processus de Kimberley.

Malgré le cessez-le-feu, les hostilités armées se sont poursuivies entre les forces armées nationales, soutenues par le personnel de sécurité déployé de manière bilatérale, et les groupes armés affiliés à la CPC. Le conflit en cours continue de donner lieu à des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire et d’atteintes graves à ces droits de la part de toutes les parties. Les civils, en particulier ceux des communautés peule et musulmane, sont victimes de meurtres sans discrimination de manière disproportionnée. Les travailleurs et les travailleuses humanitaires présents en République centrafricaine sont visés par d’innombrables attaques qui font de ce pays l’un des endroits les plus dangereux où travailler et qui limitent l’accès humanitaire alors que les besoins ne cessent de croître. En outre, l’enrôlement, l’utilisation et la maltraitance des enfants et les actes de violence sexuelle liée au conflit, qui constituent des violations du droit international humanitaire, demeurent monnaie courante parmi les groupes armés.