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République Centrafricaine (RCA) : Rapport sur l’opportunité et la faisabilité pour la mise en place d’un programme d’education accélérée

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INTRODUCTION

Les enfants et les jeunes réfugiés et déplacés internes sont bien souvent contraints de manquer de longues périodes de scolarité. Pour chaque semestre ou année scolaire manquée, le risque est grand qu’ils ne soient plus en mesure de revenir à l’éducation formelle, avec pour corollaire de plus grands risques pour leur protection. Une des réponses aux besoins de ces enfants et jeunes a été pour les gouvernements et les organisations internationales d’explorer la possibilité de fournir des programmes d’éducation accélérée (PEA). Ces programmes peuvent aider les enfants et les jeunes à obtenir des équivalences dans le système éducatif formel et permettre une réintégration dans des classes appropriées. Répondre aux besoins en éducation des enfants trop âgés avec des programmes adaptés à l’âge de groupe cible, améliorent l’apprentissage et la protection de tous les enfants et les jeunes aussi bien dans le système scolaire formel que dans les programmes accélérés.

En accord avec ces objetifs, Norwegian Refugee Council considère que l’éducation est un des piliers essentiels de l’assistance humanitaire et un droit fondamental de l’enfant. De ce fait, le PEA est pleinement envisageable afin d’explorer des nouvelles pistes de solution pour la cohorte d’enfants trop âgés exclus du système scolaire afin de leur donner des chances de finir leur éducation primaire.

En République centrafricaine (RCA), la mise en œuvre de PEA est de l’intérêt aussi bien du gouvernement que des bailleurs de fonds internationaux et nationaux pour diverses raisons. La motivation essentielle est qu’un PEA a la capacité de répondre efficacement aux besoins des enfants et jeunes qui ont manqué tout ou partie de leur éducation, et peut être modélisé et mis en œuvre dans l’ensemble du pays. NRC possède plus de 15 années d’expérience dans l’implémentation de diverses formes de PEA dans un certain nombre de contextes, notamment une forte expérience au Burundi, en Côte d’Ivoire, en RD Congo, au Libéria et au Soudan du Sud. Dans de nombreux pays, le PEA a été intégré dans le plan stratégique du secteur de l’éducation comme solution pour l’intégration/réintégration des enfants âgés en dehors du système éducatif.

En Octobre 2015, NRC a commandé une étude de faisabilité pour déterminer les besoins de la population en matière d’éducation accélérée, d’évaluer la faisabilité d’une réponse d’éducation accélérée pour de la rentrée scolaire 2016-2017 et de recommander une approche adéquate pour toutes les parties prenantes, y compris le Ministère de l’Education, le Cluster Education ainsi que le Groupe de travail en éducation nouvellement mis en place en RCA.

Le secteur de l’éducation en RCA a énormément souffert en raison de la crise qui affecte le pays depuis la fin de 2012. Des milliers enfants - en particulier les filles - ont été privés d’accès à l’école en raison des déplacements, de la fermeture des écoles et des difficultés d’accès pour les élèves et les enseignants à cause du niveau l’insécurité.

L’avènement de la dernière crise en fin 2012 a porté non seulement un coup d’arrêt à la lente progression des indicateurs, mais a également fait régresser le système éducatif centrafricain et exacerbé la situation des enfants et jeunes en dehors de l’école.

La crise humanitaire ultérieure de 2013-2014 a conduit à ce qui peut être décrit comme une «année blanche». Les enfants et les jeunes ont manqué plusieurs mois de scolarité, en particulier dans les zones rurales qui ont été les plus touchées par la violence et les déplacements. Plus les enfants prennent de l’âge et plus il devient difficile qu’ils intègrent ou réintègrent l’école.

Le taux de scolarisation net (TSN) au cycle primaire avant la crise en 2012 était de 67% (60% de filles, 73% de garçons)2 , ce qui dénotait déjà d’une grande disparité en termes d’accès à l’éducation – basée sur la situation géographique, le sexe et l’âge. La qualité de l’enseignement est sujette à caution et se traduit par de forts taux de redoublement, près de 23% en moyenne dans l’enseignement fondamental 1. Il subsiste également un nombre encore considérable d’enseignants non qualifiés dans le système éducatif centrafricain (près de 40% en 2012). En moyenne, chaque enfant qui entre en fondamental 1 va redoubler au moins deux fois. Le taux d’achèvement était légèrement supérieur à 40% en 2012, ce qui signifie que sur 100 enfants qui entrent en CI, seulement 40 parviennent à terminer l’enseignement fondamental .

Bien qu’illustrée dans l’ensemble des données secondaires de sources officielles, l’analyse des données recueillies auprès des écoles visitées au cours de l’étude met en exergue l’ampleur du phénomène de déscolarisation et non scolarisation des enfants et jeunes en République Centrafricaine.

Il est estimé à plus de 420 0003 à l’échelle du pays, le nombre d’enfants et de jeunes de 6 à 15 ans en dehors du système scolaire en 2012 avant la crise. Cette estimation devrait être fortement révisée à la hausse en 2015. Il existe en RCA toute une frange de la population scolarisable en dehors du système scolaire avec peu ou pas de chance de s’y intégrer/réintégrer si rien n’est fait spécifiquement pour elle.