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République centrafricaine : Rapport de situation 4 février 2021

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FAITS SAILLANTS

  • Une flambée de violence a déplacé plus de 240 000 personnes à l'intérieur de la République centrafricaine depuis la mi-décembre.

  • Pour répondre aux besoins les plus urgents en 2021, les acteurs humanitaires prévoient d'assister 1,84 millions de personnes et auront besoin de US$ 444,7 millions.

  • En 2021, 2,8 millions de Centrafricaines et Centrafricains – 57% de la population – auront besoin d’assistance humanitaire et de protection.

  • En 2020, 424 incidents affectant les travailleurs humanitaires ont été enregistrés, contre 306 en 2019, soit une hausse de 39%.

  • Un nouveau «guichet unique» pour les survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre ouvre ses portes à Bangui, offrant une approche intégrée pour reconstruire des vies.

ARTICLE PRINCIPAL

Augmentation alarmante des déplacements de population en République centrafricaine

Une flambée de violence a provoqué le déplacement de plus de 240 000 personnes en Centrafrique. La moitié des personnes déplacées sont rentrées chez elles ces dernières semaines, mais plus de 117 000 personnes restent déplacées à l'intérieur du pays. La plupart vivent dans des conditions déplorables dans la brousse qui entoure leurs villages, dans la crainte de nouvelles attaques. Des nouvelles vagues de déplacement sont enregistrées presque tous les jours, et rien ne présage leur fin.

Cette nouvelle vague de violence et de déplacements a commencé à la mi-décembre, avant les élections générales, et s'ajoute à des décennies de violence armée, exacerbée l'année dernière par la pandémie de Covid-19, ce qui a porté les besoins humanitaires en République centrafricaine à leur paroxysme. Si cette dernière offensive armée a été lancée à l'ouest du pays, les attaques et les déplacements se sont depuis répandus dans tout le pays, touchant également le centre et le sud-est, n'épargnant que quelques régions.

Des conditions de vie déplorables et des besoins humanitaires urgents

La plupart des personnes déplacées ont trouvé refuge dans les champs et les forêts proches de leurs villes, considérés plus sûrs. Certaines retournent chez elles pendant la journée pour récupérer des articles ménagers ou des effets personnels, ou à la recherche de nourriture et d'eau, pour ensuite retourner dans les champs pour la nuit. D'autres ont trouvé refuge dans des écoles, des églises, près des bases des casques bleus des Nations Unies ou dans des familles d'accueil. En plus des personnes déplacées à l'intérieur du pays, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) rapporte qu'au 28 janvier 2021, 105 000 nouvelles personnes avaient fui vers les pays voisins, la majorité d'entre elles ayant franchi la frontière sud vers la République démocratique du Congo.

Compte tenu de la violence actuelle, la protection fait partie des besoins les plus urgents des personnes déplacées. Des cas de violences sexuelles contre les femmes et les filles et des problèmes liés à la protection de l'enfance, tels que les enfants non accompagnés et séparés, ainsi que le recrutement forcé, ont été signalés. Les premières évaluations humanitaires montrent en outre que la nourriture, les soins de santé primaires, l'eau et l'assainissement, les articles ménagers essentiels et les abris sont les besoins humanitaires les plus urgents. Même avant cette dernière crise de déplacement, un Centrafricain sur quatre, soit près de 1,3 million de personnes, était déplacé à l'intérieur du pays ou dans un pays voisins.

Sauver des vies dans des conditions les plus difficiles

Malgré l'insécurité croissante dans de nombreuses régions du pays, les partenaires humanitaires ont intensifié leurs efforts pour sauver des vies et fournir une aide d'urgence aux personnes déplacées et aux plus vulnérables. Ils soutiennent les hôpitaux avec des équipes médicales et des médicaments essentiels, approvisionnent les populations en eau potable, distribuent de la nourriture et construisent des latrines pour prévenir la propagation des maladies. Le contexte sécuritaire instable exige une grande flexibilité et disponibilité de la part des humanitaires.

Au début janvier, la perturbation de la route menant à Dékoa dans la préfecture centrale de la Kémo a été surmontée grâce à un hélicoptère et 2 000 familles déplacées par les attaques des groupes armés ont pu recevoir des comprimés de purification d'eau, des biscuits à haute teneur énergétique et des médicaments. Une évaluation rapide des besoins sous la direction du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au cours de la même mission a servi de base à d'autres partenaires humanitaires qui ont intensifié la réponse à Dékoa dans les jours qui ont suivi. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a fourni une aide alimentaire à plus de 10 000 familles, l'ONG Médecins d'Afrique a repris son soutien nutritionnel et Médecins du Monde a établi une présence à Dékoa pour favoriser l'accès aux soins de santé et aux services psychosociaux, ainsi que pour soutenir les survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre, y compris les personnes déplacées les plus vulnérables à l'extérieur de la ville. En plus de Dékoa, les humanitaires ont atteint par hélicoptère trois autres zones difficiles d'accès depuis la mi-décembre -- Bouca, Batangafo et Dimbi -- afin de déployer des équipes d'évaluation rapide et de livrer des cargaisons humanitaires essentielles.

Dans la ville de Bouar, à l'ouest dans la préfecture de Nana-Mambéré, les organisations humanitaires aident 12 500 personnes nouvellement déplacées, dont la majorité vit désormais dans des églises et des paroisses. Des pompes à eau sont en cours de réparation et des réservoirs sont installés pour répondre à la demande accrue d'eau potable dans ces nouveaux sites de déplacés. En plus, des biscuits à haute teneur énergétique, de la farine, des haricots, de l'huile et du sel sont distribués, les centres de santé sont approvisionnés en médicaments essentiels et en suppléments nutritionnels pour traiter les enfants souffrant de malnutrition.

Et à Bangassou, au sud-est dans la préfecture du Mbomou, les humanitaires attendent avec un calme stoïque chaque fenêtre de sécurité qui leur permet d'atteindre les personnes déplacées. Ils ont déjà aidé 15 000 personnes en leur fournissant de la nourriture et de l'eau, des abris et des latrines d'urgence, et en apportant un soutien nutritionnel aux enfants mal nourris, notamment sur les sites de Cesacoba et d'autres sites à Bangassou et ses environs.

A Batangafo, dans la préfecture de l'Ouham au nord-ouest, où 30 000 personnes déplacées vivaient sur des sites avant la crise actuelle, plus de 500 personnes sont arrivées en janvier 2021, fuyant la recrudescence de la violence à Bouca, où la plupart d'entre elles étaient déjà déplacées. Grâce à l'accès par hélicoptère, les partenaires humanitaires ont assuré que ces personnes aient accès à l'eau et ont reçu des articles ménagers et des produits d'hygiène essentiels.

Les humanitaires font face à des défis plus que jamais

En dépit des avancées importantes en matière d'aide aux personnes vulnérables en ces temps difficiles, le travail des humanitaires devient de plus en plus difficile. Alors que la population est la principale victime du conflit, les humanitaires sont de plus en plus pris pour cible, notamment par le pillage de bureaux et le vol de véhicules. Le mois de décembre 2020 a été marqué par 59 incidents contre le personnel et les biens des organisations humanitaires, dont un travailleur humanitaire tué et cinq autres blessés, soit près du double de la moyenne mensuelle des incidents enregistrés en 2020. Le mois de janvier 2021 s'est poursuivi de la même manière précaire avec 66 incidents enregistrés, le plus grand nombre d'incidents jamais enregistré.

La perturbation de la principale route d'approvisionnement du pays, qui relie la capitale Bangui au Cameroun, empêche l'acheminement sûr et rapide de l'aide vitale. Plus de 500 camions transportant des fournitures essentielles des Nations Unies et de leurs partenaires, notamment des denrées alimentaires et des médicaments, sont bloqués à la frontière camerounaise depuis la mi-décembre, ainsi que plus de 1 100 camions transportant des marchandises commerciales. Ces contraintes sur un approvisionnement alimentaire déjà fragile font à nouveau augmenter les prix des denrées alimentaires de base et mettent en danger la vie de 1,9 million de Centrafricains déjà en situation d'insécurité alimentaire.

Au 4 février 2021, seuls 8% du Plan de Réponse Humanitaire pour la République Centrafricaine étaient financés, à un moment où les besoins humanitaires sont plus pressants que jamais. Un financement urgent est nécessaire pour soutenir une réponse humanitaire efficace et fondée sur des principes.

RÉPONSE D'URGENCE

Le nouveau plan de réponse humanitaire 2021 pour la Centrafrique

Pour répondre aux besoins de la population centrafricaine en 2021, les acteurs humanitaires prévoient de fournir une réponse inclusive, protectrice et fondée sur les principes humanitaires à 1,84 millions de personnes extrêmement vulnérables. La réponse, basée sur une compréhension commune des besoins humanitaires, ciblera en priorité les personnes affectées par des chocs liés aux violences et aux aléas naturels, et celles vivant dans les zones avec les besoins humanitaires les plus urgents, y compris dans les régions difficiles d’accès. Pour y parvenir, les humanitaires auront besoin de 444,7 millions de dollars américains. La stratégie qui guidera leurs interventions est détaillée dans le Plan de réponse humanitaire 2021. Au 21 janvier 2021, ce plan est financé qu’a 9%, pourtant les besoins humanitaires sont extrêmement alarmants. Depuis que les violences et les tensions liées aux élections de décembre 2020 ont éclaté, près de 200 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays. La moitié d'entre elles est rentrée mais 100 000 personnes sont toujours déplacées.

L’Aperçu des besoins humanitaires pour la République centrafricaine, publié en octobre 2020, nous apprenait que plus de la moitié de la population centrafricaine aura besoin d’assistance humanitaire et de protection en 2021. Parmi elles, 1,9 millions de personnes présentent des besoins aigus liés à leur survie physique et mentale.

Le Plan de réponse humanitaire 2021 s’articule autour de trois objectifs stratégiques. Chacun d’eux entend s’attaquer à une des trois conséquences humanitaires les plus critiques identifiées dans l’Aperçu des besoins humanitaires. La réponse apportée permettra ainsi d’atténuer l’impact de la crise sur le bien-être physique et mental, les conditions de vie et la protection des populations. Dans ce cadre, 1,4 million de personnes bénéficieront d’une assistance d’urgence multisectorielle en temps opportun et intégrée, en transfert monétaire ou en nature, nécessaire pour adresser leurs problèmes critiques liés au bien-être physique et mental. 1,2 million de femmes, hommes, filles et garçons affectés par la crise amélioreront leurs conditions de vie à travers une assistance digne et adaptée à leurs besoins fournie à temps et dans un environnement de protection. Et troisièmement, la protection et le respect des droits humains de 1,3 million de personnes affectés par la crise sera assuré.

La réponse humanitaire en Centrafrique en 2021 sera élaborée au plus près des personnes affectées et avec elles, en écoutant leurs préoccupations, leurs priorités et leurs doléances. Les humanitaires tendront une oreille toute particulière à la voix des femmes, des personnes en situation d’handicap et des personnes âgées pour garantir que leurs vulnérabilités spécifiques seront prises en compte et les interventions adaptées.

Pour en savoir plus, consultez le Plan de réponse humanitaire 2021 pour la République centrafricaine.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
To learn more about OCHA's activities, please visit https://www.unocha.org/.