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République centrafricaine : Rapport de situation (16 août 2021)

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FAITS SAILLANTS

  • Des dizaines de milliers de personnes fuient les affrontements dans les préfectures de l'Ouham et de l'Ouham-Pendé.

  • Des milliers de déplacés contraints à quitter leur site à Bambari dans le centre du pays, après des menaces accompagnées de graves violations du droit international humanitaire.

  • Entre le 20 mai et le 23 juin 2021, 78 695 personnes ont été vaccinées contre la COVID-19 dans 10 préfectures et dans la capitale Bangui, selon le ministère de la Santé.

  • Au cours du premier trimestre 2021, les acteurs humanitaires sont parvenus à fournir une assistance à 1,2 million de personnes dans un contexte sécuritaire volatile.

  • Pour répondre aux besoins les plus urgents en 2021, les acteurs humanitaires prévoient d'assister 1,84 millions de personnes et auront besoin de US$ 444,7 millions.

CONTEXTE

Les conflits déplacent des dizaines de milliers dans l'Ouham et l'Ouham-Pendé

Les affrontements entre les groupes armés et les Forces armées centrafricaines, appuyées par les forces bilatérales, le long de la frontière nord-ouest de la Centrafrique ont contraint plusieurs dizaines de milliers de personnes. Leurs conditions de vie déjà précaires se sont encore détériorées et les besoins fondamentaux en matière de protection, d'eau, de nourriture et de soins de santé continuent d'augmenter, dans une région où 80% de la population avait déjà besoin d'une aide humanitaire avant les troubles actuels.

La situation à la frontière entre la République centrafricaine, le Tchad et le Cameroun reste volatile et plusieurs sous-préfectures sont touchées, notamment Koui, Ngaoundaye, Paoua, Markounda, Batangafo et Kabo. Les civils font des allers-retours entre les lieux de refuge – la brousse, les villages voisins et les villes de l'autre côté de la frontière – et leurs maisons et champs, dans le souci constant de protéger leur vie et leurs moyens de subsistance.

Les actes de violence contre les civils, notamment les agressions physiques, les pillages, les violences sexuelles et basées sur le genre, et les vols sont très répandus, tout comme les attaques contre les infrastructures civiles, telles que les écoles et les hôpitaux, ainsi que contre les travailleurs humanitaires.

Une augmentation significative de la violence sexuelle et basée sur le genre vise les femmes et les filles, en particulier dans les champs, les forêts et en route, ce qui souligne le risque auquel elles sont confrontées dans leurs tâches quotidiennes et l'agriculture. Une analyse faite au mois de mai met en évidence la crise de protection des femmes et des filles à Markounda, où près de 60% des 86 cas de violences basées sur le genre enregistrées étaient des viols, dont 92% ont été commis par des hommes armés.

Restrictions d'accès

L'insécurité qui règne dans la région frontalière du nord-ouest restreint considérablement l'accès des humanitaires aux personnes les plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les familles monoparentales et les personnes en situation d’handicap. Le risque d'attaques des groupes armés et les taux de criminalité sont élevés. En juin 2021, les préfectures de l'Ouham et de l'Ouham-Pendé ont été les plus touchées par les incidents contre les humanitaires avec respectivement 11 et 6 incidents. Un civil a été tué et trois autres blessés, dont un humanitaire, dans une embuscade lors du transfert de patients vers une structure médicale soutenue par Médecins sans frontières (MSF) à Batangafo. Comme il s'agissait du troisième incident de ce type en quelques semaines, MSF a suspendu l'assistance médicale sur ces axes. Les camions à destination de Bocaranga et Ndim, qui livrent de la nourriture pour le compte du Programme alimentaire mondial (PAM), ont été bloqués en raison du risque persistant d'attaques.

La menace accrue d'engins explosifs depuis avril et les restrictions d'accès physique telles que l'effondrement de ponts et les routes impraticables pendant la saison des pluies actuelle compliquent encore l'accès humanitaire.

Une assistance dans les zones difficiles d'accès

Dans le cadre d'une intervention d'urgence, le 21 juin, le HCR, l'UNICEF, le PAM, OCHA et l'ONG Action contre la faim ont acheminé par la voie aérienne un approvisionnement d’un mois de médicament et intrants nutritionnels pour 10 000 personnes à Bang et Ngaoundaye dans l'Ouham-Pendé, grâce à la disponibilité d'un hélicoptère du Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS). Du savon, des produits d'hygiène et des comprimés de purification de l'eau ont également été distribués, notamment aux femmes enceintes, celles qui allaitent et aux jeunes filles.

A la mi-juin, deux rotations d'hélicoptères opérées par des partenaires humanitaires vers Bocaranga ont permis d’assister 1 000 familles déplacées et de distribuer 1,3 tonnes de pastilles de traitement d’eau, des produits d'hygiène, des médicaments, des intrants nutritionnels et des kits de prophylaxie post-exposition pour 25 survivants de violences sexuelles. Ces vols ont également permis à une organisation internationale de réaliser une évaluation des besoins à Ndim, qui a révélé des besoins criants en matière de protection, d'eau, de nourriture et de soins de santé. La mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MINUSCA, a facilité les vols humanitaires en fournissant du carburant et en sécurisant les pistes d'atterrissage.

Malgré l'insécurité, les 8 et 13 juillet, le HCR et l’OIM ont distribué des articles ménagers essentiels et des produits d'hygiène à 600 familles retournées, qui ont fui les affrontements à Bélé et Gangan sur deux axes périphériques de Paoua.

Déplacements continus

A Kabo et Sido dans l'Ouham, près de 21 000 personnes ont été nouvellement déplacées entre fin avril et juin. Quelque 36 000 personnes nouvellement et précédemment déplacées ont pu bénéficier de l'aide alimentaire du PAM dans ces deux localités à la fin juin. Les humanitaires, qui s'occupent des patients à l'hôpital local soutenu par MSF, orientent les survivants de violences sexuelles et basées sur le genre vers des soins médicaux et surveillent et enregistrent les incidents de protection. Plus de 302 000 personnes ont besoin d'une assistance humanitaire dans la région, ce qui fait de l'Ouham la deuxième préfecture qui compte le plus grand nombre de personnes dans le besoin d’aide en 2021. Parmi elles, 83 000 personnes sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë sévère.

En juin, on estime à 30 000 le nombre des personnes déplacées dans les sous-préfectures de Ngaoundaye, Bocaranga et Koui suites aux opérations militaires en cours depuis mars et des affrontements à la frontière avec le Tchad fin mai. En plus de l'assistance fournie en juin par la voie aérienne, les partenaires humanitaires continuent de se mobiliser afin de fournir de la nourriture et des articles ménagers de base aux plus vulnérables, améliorer l'approvisionnement en eau et fournir à l'hôpital des médicaments. Les acteurs humanitaires ont intensifié le prépositionnement de nourriture, de médicaments, d’intrants nutritionnels et des articles de première nécessité. L'accès à l'eau reste également une préoccupation majeure à Ngaoundaye, où moins de la moitié des 17 forages de la ville sont fonctionnels et la consommation d'eau insalubre met la santé de la population en danger.

L'insécurité qui règne dans tout le nord-ouest limite considérablement la liberté de mouvement des populations, ainsi que leur capacité à se procurer une alimentation suffisante et équilibrée à travers l'agriculture, la chasse, le commerce et les achats. Les habitants de Ndim ne peuvent pas aller au-delà d’un périmètre de cinq kilomètres de la ville par peur des attaques et des exactions – une situation caractéristique de nombreuses villes de la région. En conséquence, les prix des denrées alimentaires ont fortement augmenté à Bocaranga, Paoua, Markounda et Kabo à la mi-juin par rapport à mai – jusqu'à 75% pour le maïs – en raison des difficultés d'approvisionnement dans une région où quatre sous-préfectures sur cinq avaient déjà atteint la phase d'urgence de l'insécurité alimentaire en mai.

Pour améliorer la sécurité alimentaire là où l'accès aux champs est possible, l'ONG OXFAM a distribué à la mi-juillet des semences et des outils à 300 familles à Pougol, Nzéréké et Benamkor près de Paoua. Chaque famille d'agriculteurs a reçu 18 kg de niébé et 1 kg de sésame, ainsi que des bâches, des récipients et des sacs pour conserver leur récolte. Pour accompagner ces agriculteurs, 20 membres de la communauté ont été formés sur les spécificités de ces plantes pour maximiser les récoltes.

La sécurité alimentaire dans le nord-ouest risque de se détériorer davantage pendant cette période de soudure, si l'insécurité et les restrictions d'accès persistent.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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