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République centrafricaine : Rapport de situation (11 mars 2022)

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FAITS SAILLANTS

  • La communauté humanitaire en RCA planifie d’assister 2 millions de personnes en 2022. 461,3 millions de dollars américains seront requis.

  • 3,1 millions de Centrafricains ont besoin d’assistance humanitaire et de protection en 2022, soit 63% de la population.

  • 23 civils ont été tués et 29 blessés dans 44 incidents impliquant des engins explosifs en 2021.

  • Les acteurs humanitaires en 2021 ont fourni une assistance à 1,8 million de personnes, soit 97% de la cible.

  • Avec 1,6 million, le nombre de bénéficiaires des programmes de transfert monétaire a doublé en 2021 par rapport à 2020.

ARTICLE PRINCIPAL

Elles surmontent les difficultés pour donner le meilleur d’elles-mêmes

La persistance de l’insécurité et les violences répétitives en République centrafricaine (RCA), ainsi que les normes socioculturelles défavorables aux femmes et aux filles, et ce malgré l’existence de politiques et de textes normatifs en la matière, étouffent les efforts entrepris pour améliorer les conditions de vie et le statut des femmes. Les violences sexuelles sont considérées comme le principal risque pour la sécurité des femmes et des filles, en particulier pour les déplacées. La réduction des inégalités de genre et l’accès à une autonomisation restent un défi en RCA où les femmes et les filles représentent la moitié de la population. Elles subissent des inégalités importantes parmi les catégories sociales les plus vulnérables. Selon le « Rapport de développement humain », élaboré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en 2021, sur 162 pays au monde, la RCA occupe le 159ème rang, avec 0,680 pour indice d’inégalité entre les sexes. A cela s’ajoute le taux élevé de mortalité maternelle le plus élevé du monde : 890 centrafricaines perdent la vie pour 100 000 naissances vivantes contre un taux moyen de 439 décès en Afrique. Ces dernières sont également sous-représentées dans les instances de prise de décision et dans le processus de restauration de la sécurité et de la consolidation de la paix. C’est l’exemple de l’Assemblée nationale où seulement 18% de députés sont des femmes selon le Profil genre de la RCA 2021 élaboré par le PNUD et l’Entité des Nations Unies consacrée à l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (Onufemme). Malgré ces difficultés, des femmes centrafricaines se tiennent debout et se battent au quotidien afin de faire entendre leurs voix et gagner leurs vies.

Se décupler afin de joindre les deux bouts

Au levée du soleil, Brigitte dois se partager entre sa plantation, le marché pour vendre le mil et l’animation d’un espace d’enfants. Veuve et femme déplacée, elle se bat seule pour nourrir ses sept enfants et trois petits enfants. « Si je baisse les bras, notre situation sera pire que ce que nous vivons actuellement ». Etant jeune, elle rêvait devenir médecin pour soigner les gens. N’ayant pas eu cette possibilité, sa seule manière d’aider sa communauté c’est de partager son savoir et redonner le sourire aux enfants déplacés du site Lazare à Kaga-Bandoro. Ce dernier compte plus de 173 580 individus, majoritairement des femmes et des enfants. Brigitte encadre les enfants en leur apprenant des jeux, des dessins et des chansons éducatifs, leur offrant ainsi un environnement protecteur. Les subventions qu’elle recevait de l’ONG Plan International comme monitrice à l’espace d’enfants lui permettaient de prendre en charge sa famille.

Tout en se battant pour la survie de sa famille, Brigitte déplore les actes de violence que subissent les femmes déplacées : « en allant chercher du bois ou de l’eau, on se fait agresser, parfois violer. Malgré ces douleurs, nous devons continuer à nous battre pour nos enfants ». Une fois le projet « espace ami d’enfants » fini, elle s’est orientée vers l’agriculture et le commerce. Son seul souhait : construire une maison sur le terrain que lui a légué son défunt mari et quitter le site de personnes déplacées.

Braver les défis quotidiens malgré son handicap

Mère célibataire, Ella Delphine Mack vit dans le 7ème arrondissement de Bangui. Elle se réveille chaque matin pour s’occuper de sa fille qui doit aller à l’école, prendre soins de son bébé de six mois, avant de se préparer pour se rendre à son lieu de stage au Ministère des Finances et du budget. Ella se déplace à l’aide d’une béquille suite à un accident connu à 14 ans. Il s’ensuivit une paralysie générale dont elle s’est progressivement rétablie, à l’exception de sa jambe gauche. Malgré son handicap, elle monte les escaliers du Ministère jusqu’au 4ème étage. « Ces conditions sont trop difficiles pour moi, mais c’est le seul stage que j’ai obtenu après avoir frappé à plusieurs portes », confie Ella.

Souvent mise à l’écart, Ella a mis en place l’Association nationale des femmes handicapées centrafricaines, une manière pour elle de faire entendre la voix de ces dernières et aussi de lutter pour leur survie. « Malgré tout, nos voix restent faibles, mais cela ne va pas nous décourager parce que le fait d’être ensemble c’est déjà une force pour nous les femmes handicapées dans la lutte pour faire entendre nos voix », explique-t-elle. Constituée de 59 membres, l’association nationales des femmes handicapées centrafricaines organise des petites contributions qui permettent aux membres de s’entraider, notamment en assurant la prise en charge des frais de scolarité de 10 enfants handicapés.

Un modèle humanitaire

Maman Béatrice travaille pour l’ONG centrafricaine Bria Londo qui veut dire « Bria lève -toi » en Sango, principale langue parlée en RCA. Tous les jeudi après-midi, elle relie les localités isolées du centre du pays à travers la radio haute fréquence (HF) afin qu’elles puissent partager les alertes touchant à la protection des civils dans cette région secouée par la violence et où la couverture du réseau cellulaire reste faible. A la radio, Maman Béatrice donne également des conseils pour la médiation des conflits au sein de la communauté.

« Quand j’étais jeune, j’admirais ma professeure d’économie à l’université. Je rêvais de devenir comme elle et d’inspirer les autres », confie-t-elle fièrement. Aujourd’hui, c’est Maman Béatrice qui est un modèle pour d’autres femmes. « A SamOuandja, une localité très éloignée où j’étais en mission avec mon ONG, les femmes m’ont dit après une présentation que j’avais faite, que c’était la première fois qu’elles voyaient une femme se lever devant les hommes et leur transmettre du savoir. Elles n’avaient jamais vu cela. Elles m’ont dit que cela les avait touchées et inspirées. »

Partir en mission de travail n’a pas toujours été facile pour Maman Béatrice. « Au début, mes collègues masculins ne voulaient pas me laisser participer à une mission. Ils disaient que les femmes sont incapables de faire le travail d’évaluation des besoins humanitaires et de sensibilisation et qu’elles étaient vulnérables, et ils décidaient que seuls les hommes participeront aux missions. Je leur ai dit que c’est important qu’une femme participe, parce que souvent les femmes parlent beaucoup plus facilement avec une autre femme, notamment sur des sujets sensibles, comme la santé et la violence, mais aussi la famille et les enfants. Après beaucoup d'hésitations, mes collègues hommes ont été convaincus.» A une jeune femme qui veut se lancer dans une carrière humanitaire, Maman Béatrice conseillerait de faire valoir ses droits et de briser les barrières pour une meilleure participation des femmes.

Célébrer la journée internationale des droits des femmes

« La Journée internationale des droits des femmes est ma journée », dit Maman Béatrice. « C’est avec une très grande joie dans mon cœur que je la célèbre chaque année en participant à la marche des femmes. Cette journée est importante pour attirer l’attention sur le fait que les femmes centrafricaines sont encore marginalisées et ne sont pas prises en compte dans les décisions. »

Bien qu’elles viennent de différentes régions de la RCA, les trois femmes partagent la même vision de la Journée internationale des femmes : une opportunité pour faire entendre davantage leurs voix.

Plan d’action opérationnel de la stratégie nationale de lutte contre les VBG, 2019 assorti de sa Stratégie nationale de lutte contre les VBG, le mariage d’enfants et les MGF en RCA (2019-2023). Politique nationale de promotion de l’égalité et de l’équité du genre (2ème génération), 2020.

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