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République Centrafricaine Initiative Conjointe de Suivi des Marchés - Rapport des tendances sur 6 mois - Juillet 2020

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RÉSUMÉ

En République Centrafricaine (RCA), les conséquences du conflit qui a eu lieu en 2013 continuent d’impacter les conditions de vie des populations vivant sur le territoire. En 2019, 2,6 millions de personnes étaient reconnues comme étant dans le besoin, soit plus de la moitié de la population totale, et dont 1,7 millions « dans le besoin aigu ». L’ampleur de ces conséquences se voit par ailleurs démultipliée par des défis structurels à l’instar de l’enclavement géographique du pays et sa forte dépendance au commerce extérieur, ainsi que la faible intégration de ses marchés et l’absence de certaines infrastructures.

Afin de travailler à la palliation de ces défis structurels et conjoncturels, la réalisation des transferts monétaires comme modalité d’intervention, tant du côté des acteurs humanitaires, qu’en termes de préférences des populations vulnérables, s’est rapidement imposée. Pour réaliser ces transferts monétaires dans le respect du principe humanitaire de « ne pas nuire » et pour capitaliser sur les expériences passées et le partage de bonnes pratiques, un renforcement des connaissances concernant le mode de fonctionnement des marchés en RCA a été jugé nécessaire dans le Plan de Réponse Humanitaire (PRH) de 2018.

Pour répondre à cette demande, le Groupe de Travail sur les Transferts Monétaires (GTTM) a mis en place en avril 2019 l’Initiative Conjointe de Suivi des Marchés (ICSM), qui consiste en la collecte mensuelle de données concernant le niveau des prix et la disponibilité des articles de première nécessité, soit une liste réduite des articles du Panier Minimum de Dépenses (MEB), à laquelle s’ajoute une liste de produits supplémentaires renseignant sur l’état des marchés centrafricains. L’objectif de ce suivi mensuel est de renseigner les acteurs humanitaires sur l’état des marchés dans leur zone d’intervention, afin d’adapter leur intervention selon les contextes locaux.

Cette évaluation s’organise dans le contexte d’un sous-groupe de travail spécialement créé pour cette activité, cofacilité par REACH et le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA)). La collecte de données est réalisée par les partenaires opérationnels qui se sont engagés à réaliser ces enquêtes dans des zones pertinentes, selon leurs interventions.

Pour la réalisation de cette étude, les marchés enquêtés ont été regroupés par zones géographiques : ouest, centre, sud et est. Ces regroupements se sont basés sur des similarités en termes de niveaux de prix et de proximité géographique, et ne sont pas exactement identiques au premier rapport publié puisque certaines localités présentaient alors des niveaux de prix différents à ceux observés entre janvier et juin 2020. Les analyses de tendance sont basées sur les six premières collectes mensuelles de l’année, pour le suivi des marchés, qui ont toutefois été bimensuelles d’avril à fin juin 2020. L’une des principales limites du rapport renvoie à la variation de la couverture géographique d’un mois à l’autre, avec certaines localités n’ayant été enquêtées qu’une à deux fois sur les six mois. Cela a impacté l’établissement de tendances, ainsi que de comparaisons entre les différentes régions. Ainsi, les prix calculés pour le MEB ne sauraient être qu’indicatifs et non représentatifs du niveau du prix des marchés enquêtés et des zones étudiées.

Ce rapport fait suite à la première analyse réalisée sur les six premiers mois de collecte de données, en 2019, et se concentre sur une analyse de tendances sur les six premiers mois de l’année, i.e. de janvier à juin 2020 inclus. Il présente, dans un premier temps, les niveaux des prix et les tendances observées, par type de produits – alimentaires, non-alimentaires, d’hygiène et supplémentaires – puis par zone géographique. La seconde partie du rapport s’attache à relever les tendances des indicateurs renseignant sur l’impact de la COVID-19 sur les marchés de RCA. Elle détaille notamment la perception des commerçants concernant l’évolution du contexte, et les contraintes ayant pesé sur l’approvisionnement depuis avril – liées ou non au contexte sanitaire. Elle présente aussi les routes d’approvisionnement pour certains marchés enquêtés.

Résultats clés

Les résultats clés de l’analyse des tendances sur six mois allant de janvier à juin 2020 sont les suivants ; les prix des produits non-alimentaires et d’hygiène restent stables, comme sur la seconde moitié de 2019, avec toutefois des variations notables pour le prix de la bâche. Les produits alimentaires ont quant à eux présenté des prix davantage stables que sur la seconde moitié de 2019, avec toutefois une forte volatilité enregistrée pour le prix du riz et du maïs.

Pour la disponibilité des produits non-alimentaires, on constate qu’elle varie parfois au gré des distributions des acteurs humanitaires, ainsi que des importations, notamment depuis le Cameroun. Le maïs est le produit alimentaire rapporté comme étant le plus souvent indisponible, suivi ensuite par la viande de bœuf.

En termes d’impact de la COVID-19 sur les marchés de RCA, à l’échelle des catégories de denrées, il semblerait que les articles alimentaires aient été moins impactés que les articles non-alimentaires, car les premiers sont davantage issus de productions locales, qui sont indépendantes de l’approvisionnement depuis l’étranger. Le contexte sanitaire a aussi eu un impact sur la consommation de produits à des fins hygiéniques, comme le savon, ou la théière / bouta, dont le prix médian a augmenté dans certaines localités.

La plus forte augmentation de prix pour les produits non-alimentaires a été enregistrée entre fin avril et fin mai, qui correspond aussi à la période où la perception des commerçants de l’impact négatif du contexte sanitaire en termes économiques a été la plus forte – entre la mi-avril et la mi-mai. Un lien de causalité ne doit pas être nécessairement établi ici, mais la mise en place de collectes de données qualitatives au travers d'entretiens semistructurés permettrait d'approfondir les connaissances au sujet de l'impact négatif du contexte sanitaire.

Enfin, les collectes de données réalisées entre janvier et juin 2020 ont permis d’apporter davantage de connaissances sur la manière dont les marchés interagissent entre eux, et a fortiori, sur l’intégration et les routes d’approvisionnement des marchés centrafricains. Davantage de pays d’origine de produits non-alimentaires ont notamment été identifiés, à savoir la République Démocratique du Congo (RDC), le Congo et le Soudan. À l’instar de 2019, le transit des marchandises par Bangui est aussi apparu dans les résultats des enquêtes au cours des derniers mois.