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République centrafricaine Aperçu des besoins humanitaires en 2022 (octobre 2021)

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Ce document est consolidé par OCHA RCA pour le compte de l’Équipe humanitaire pays et des partenaires humanitaires. Il présente une compréhension commune de la crise, notamment les besoins humanitaires les plus pressants et le nombre estimé de personnes ayant besoin d’assistance. Il constitue une base factuelle aidant à orienter la planification stratégique conjointe de la réponse.

Les désignations employées et la présentation des éléments dans le présent rapport ne signifient pas l’expression de quelque opinion que ce soit de la part du Secrétariat des Nations Unies concernant le statut juridique d’un pays, d’un territoire, d’une ville ou d’une zone ou de leurs autorités ou concernant la délimitation de ses frontières ou de ses limites.

Partie 1.1

Contexte de la crise

L’équation est simple et le résultat dramatique pour la population centrafricaine : à mesure que le conflit s’est aggravé depuis décembre 2020, tous les déterminants de la crise humanitaire se sont aggravés (risques de protection croissant, accès aux services essentiels toujours plus limité, détérioration de la situation sécuritaire, multiplication des chocs violents, pauvreté croissante), entraînant la population dans leur chute. En l'absence d'une solution politique et à la lumière des vulnérabilités et risques, la crise humanitaire et de protection s'exacerbera davantage.

Démographie et facteurs socio-culturels

Caractéristiques principales et répartition

La population de la République centrafricaine (RCA) est estimée à 4,9 millions de personnes réparties sur 623 000 km². Si la densité démographique est faible au niveau national (8,9 habitants/km²), certaines localités urbaines sont particulièrement peuplées, à l’exemple de Bangui, qui concentre plus d' 1/6ème de la population et où certains arrondissements concentrent plus de 20 000 habitants/km².

Les chocs successifs qui touchent le pays contribuent à alourdir la charge qui pèse sur de nombreuses familles. Bien que la taille moyenne des ménages soit de six personnes, près de 20% des ménages centrafricains hébergent des personnes déplacées internes (PDI). Ce ratio atteint même 43% dans la Haute-Kotto et le Haut-Mbomou.

Également, 18% des ménages accueillent au moins un enfant séparé ou non accompagné. Ce chiffre atteint 33% dans le Haut-Mbomou et 32% dans la Vakaga.

A majorité féminine et jeune, la population centrafricaine continue de croitre à un taux dépassant les 2% par an. Près d’un ménage sur deux est dirigé par des femmes (45%).

L’espérance de vie, 52 ans pour les hommes et 56 ans pour les femmes (contre 59 et 63 ans respectivement en Afrique subsaharienne), est particulièrement basse dans le pays. Ainsi, les personnes âgées (les plus de 59 ans) représentent seulement 4,6% de la population. A l’inverse, près de 75% de la population a moins de 35 ans.

Les taux élevés de décès et de fécondité expliquent la jeunesse de la population centrafricaine. L’indice synthétique de fécondité est de 6,4 en RCA contre 4,4 au Cameroun.

Cette jeunesse se traduit également au niveau de l’âge moyen des chefs de ménages (39 ans). Bien que la jeunesse de la population puisse constituer un atout, le pays n’arrive pas à tirer profit de l’augmentation rapide du nombre de personnes en âge de travailler ; cela en raison de défis liés notamment à la santé et à l’accès à l’éducation de qualité mais aussi des inégalités de sexes, qui touchent essentiellement les femmes et les filles, soit 51% de la population.

Diversité et vulnérabilités sociales

Représentant plus de la moitié de la population, les femmes et les filles centrafricaines subissent des inégalités importantes les classant parmi les catégories sociales vulnérables. Ainsi, avec un score de 0,680 pour l’indice d’inégalité entre les sexes, la RCA affiche l’un des plus faibles taux d’égalité homme-femme au monde (159ème sur 162). Le fort taux de mortalité maternelle contribue à ce score élevé, avec 890 Centrafricaines qui perdent la vie pour 100 000 naissances vivantes contre un taux moyen de 439 en Afrique.

Ces inégalités se traduisent notamment par des pratiques sociales néfastes dont les mutilations génitales féminines (MGF), le sororat et le lévirat qui perdurent dans certaines localités malgré leur interdiction ou dénonciation9 et d’autres types de violences y compris les violences conjugales. Jusqu'à 80% de femmes dans certaines régions légitiment la violence faite à leur égard par leurs conjoints du fait des us et coutumes.

Les inégalités se traduisent également au niveau de l’accès à l’éducation et aux moyens de subsistance. Ainsi, le taux d’analphabétisme est de 75% chez les femmes et 53% chez les hommes et seulement 8% des ménages dirigés par les femmes indiquent un revenu mensuel de plus de 50 000 XAF (89 $ US) contre 12% des ménages dirigés par les hommes. Les enfants font également partie des groupes vulnérables dans un contexte avec une résurgence de la violence, de l'extrême pauvreté et de faiblesses structurelles persistantes. L’indice de capital humain (0.29) de la RCA est bien plus faible que celui des autres pays fragiles affectés par le confl it et les violences (voir tableau ci-dessous).

Un enfant centrafricain né en 2020 ne devrait réaliser que 29% de sa productivité par rapport à ce qu’il aurait pu atteindre s'il avait bénéfi cié de conditions de santé optimales et d'une scolarisation complète et de qualité. Pire encore, un enfant sur 10 n’atteindra pas son cinquième anniversaire en raison d’une conjonction négative de facteurs allant des forts taux de malnutrition à une couverture vaccinale très faible en passant par l’analphabétisme des femmes et la prévalence des grossesses précoces.

Les personnes vivant avec handicap constituent un autre groupe de population vulnérable subissant des discriminations et exclusions importantes. En l’absence de données générales sur le handicap en RCA, les acteurs humanitaires utilisent l’estimation de 15% de la population vivant avec handicap. Ce ratio est dépassé dans certaines localités enquêtées (dont Alindao 17%). Selon une enquête effectuée par Humanité & Inclusion, 40% des personnes handicapées indiquent subir des discriminations liées à leur handicap15. Il s’agit particulièrement de manque de respect (28%), de moqueries (23%), d’insultes (19%), de rejets par certains individus (11%) ou d’accusations de sorcellerie (7%). Ces dernières concernent majoritairement les femmes de plus de 60 ans (52% contre 44% pour les hommes). Des défi s importants liés à la participation des personnes handicapées aux organes de décision et aux activités communautaires demeurent. Les diffi cultés d’accessibilité physique, d’accès à l’information mais aussi l’attitude des communautés qui ne les incluent pas sont entre autres raisons indiquées comme sources d’exclusion.

Les minorités ethniques forment également une catégorie sociale vulnérable au sein d’une population caractérisée par sa diversité. Plus de 80 ethnies cohabitent en RCA. Certains groupes comme les autochtones Aka/pygmées communément appelés « Babinga » ainsi que les Peuls Mbororo constituent des populations minoritaires qui font l’objet de discriminations. Environ 90% des Aka vivent dans la forêt, particulièrement au sud-ouest du pays, où ils pratiquent la chasse, la pêche et la cueillette. Les industries extractives (mines, bois, etc.) et la poursuite des hostilités dans certaines localités impactent l’accès à leur habitat les poussant à travailler de plus en plus comme journaliers pour les autres groupes de populations.

Quant aux Peuls Mbororo (pasteurs, musulmans, nomades et semi-nomades), leurs relations avec les agriculteurs se sont détériorées au fi l des années. Les tensions sont liées notamment aux migrations saisonnières des Peuls pour l’accès aux aires de pâturage pour les bovins, caprins et ovins.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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