République Centrafricaine : Aperçu des besoins humanitaires 2019 (octobre 2018)

BESOINS HUMANITAIRES ET CHIFFRES CLÉS

La crise humanitaire que traverse la Centrafrique demeure complexe. Un total de 621 035 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et 572 984 personnes dans les pays voisins à la fin du mois d’août 2018. Le nombre de personnes dans le besoin est passé de 2,5 millions à 2,9 millions dont 1,6 million en besoin d’assistance aiguë et immédiate, soit une augmentation de 16% par rapport à l’année 2017. Cette augmentation est la conséquence directe de la multiplication des foyers de conflit dans plusieurs régions du pays, du nombre croissant d’incidents sécuritaires affectant les civils et les humanitaires, et du manque de ressources nécessaires qui mettent en péril les efforts de restauration des services de base. Les conséquences humanitaires de cette crise sont ressenties dans les domaines de la protection, du déplacement forcé des populations et de l’accès aux services sociaux de base.

PROTECTION DES CIVILS

La crise en RCA reste principalement une crise de protection. Du 01 janvier au 30 août 2018, 7 270 incidents de protection sur les populations civiles ont été rapportés. Les acteurs humanitaires sont de plus en plus ciblés et le nombre d’incidents contre les humanitaires a augmenté passant de 232 en 2017 à 316 en 2018 (janvier –fin septembre 2018).
Plusieurs organisations se sont retirées temporairement des localités attaquées privant les populations vulnérables de l’assistance humanitaire dont elles ont grandement besoin.

BESOINS GÉNÉRÉS PAR LES MOUVEMENTS DE POPULATION

La résurgence des conflits entre groupes armés, l’insécurité et les attaques contre les civils continuent à provoquer des déplacements de populations.
Plus d’1 million de personnes vivent actuellement hors de chez elles, soit plus de 621 000 déplacés internes et plus de 573 000 réfugiés dans les pays voisins.
En revanche, l’accalmie observée ces derniers mois dans certaines préfectures a encouragé plus de 300 000 personnes à retourner dans leurs milieux d’origine qui, dans la plupart de cas, sont soit incendiés soit en décrépitude avancée. Les retournés se trouvent également confrontés à des besoins spécifiques pour la survie au regard des capacités et moyens de subsistance limités.

ACCÈS AUX SERVICES ESSENTIELS

Les conflits armés ainsi que le faible taux d’investissements publics aussi bien au niveau central que local à travers le pays ont fortement contribué à la détérioration des services essentiels de base. Les conséquences sur les populations en sont multiples, notamment l’accès difficile aux soins étant donné que 236 (23%) formations sanitaires sont partiellement ou totalement détruites, 244 (24%) sont partiellement ou non fonctionnelles ; moins de 30% d’accès à l’eau potable ; 1,9 millions de personnes en insécurité alimentaire ; 39 sous-préfectures sanitaires sur 71 avec des taux de malnutrition aigüe sévère supérieurs à 2%.

IMPACT DE LA CRISE

Malgré une certaine accalmie observée dans le pays après l’installation des institutions élues en 2016-2017, la recrudescence des violences à partir de la fin de l’année 2017 a replongé la population dans une vague d’insécurité dans plusieurs régions du pays. Cette détérioration a affecté davantage le tissu socio-économique et exacerbé les besoins humanitaires pour des populations déjà vulnérables.

La fragilité des institutions étatiques et l’insécurité

Malgré les efforts en cours pour le redéploiement de l’autorité de l’Etat dans son volet politico-administratif (préfets, sous-préfets, et maires), plus de la moitié du territoire centrafricain reste confrontée à une forte instabilité, avec une présence des groupes armés et des milices d’autodéfense qui ont érigé de véritables administrations parallèles leur garantissant un ancrage territorial fort. A cause de l’insécurité, la plupart de ces autorités, y compris les responsables des services techniques de l’Etat se sont vus obligés de se déplacer à Bangui ou vers d’autres localités. Bien que signé depuis 2015, le programme de Désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des milices armées tarde à se concrétiser.

Outre l’impact sécuritaire et économique très négatif sur les communautés (pillages de biens, taxes illégales), l’insécurité sur les routes et axes principaux handicape très fortement la fourniture de l’aide humanitaire. En 2018, 46 véhicules des acteurs humanitaires ont été braqués dans les préfectures de la Nana Gribizi, (21), de l’Ouham (12), de la Ouaka (8), de la Kémo (2), de l’Ouham Pendé (1), et à Bangui (2). Par ailleurs, 29 véhicules ont été volés à Bangui (8), dans la Ouaka (6), dans la Nana Gribizi (5), dans le Mbomou (4), dans la Nana Mambéré (4) et dans l’Ouham (2).

Les tensions intercommunautaires

En 2018, les affrontements récurrents et localisés ont occasionné une augmentation des tensions intercommunautaires à Bangui et dans plusieurs localités de l’arrière-pays, notamment dans la Haute Kotto, la Basse Kotto, la Nana-Gribizi, l’Ouham, la Ouaka, le Mbomou et le Haut Mbomou, brisant la fragile cohésion sociale dans ces parties du pays.

Dans certaines préfectures, le lien entre groupes armés et communautés est fortement ressenti et contribue à la persistance des conflits : les combattants apparaissent comme les protecteurs d’une communauté déterminée. Cette communautarisation du conflit se traduit notamment par des cycles de représailles violents et répétés, entrainant des mouvements de populations récurrents.

La problématique de la transhumance

Le phénomène de la transhumance dans le Nord-Ouest (région de Bouar-Bocaranga-Baboua), l’Ouest (région de Berberati, Gamboula, Amada-Gaza), le Centre-Ouest (région de Bossembéle-Yaloké), le Centre-Est (région de Kouango-Bambari-Alindao-Kembé), le Nord de la préfecture de l’Ouham et dans la Nana Gribizi, a périodiquement des conséquences désastreuses sur ces zones. Les relations déjà difficiles entre les éleveurs transhumants étrangers (notamment tchadiens et soudanais) et les populations d’agriculteurs autochtones se sont dégradées au fil des années donnant lieu à de nombreux conflits intercommunautaires de plus en plus violents. Les Nations Unies estiment qu’environ 1,1 million de personnes sont dans le besoin dans les zones affectées par le phénomène de la transhumance.

Depuis 2013, ce phénomène n’est plus contrôlé et régulé par le gouvernement. Le vol régulier de bétail appartenant à la communauté peuhle par des éléments armés, les rivalités entre les groupes armés autoproclamés protecteurs des éleveurs ou des agriculteurs et la militarisation des éleveurs, accentuent les risques de conflit intercommunautaire et renforcent la méfiance entre les éleveurs et les agriculteurs. Le délitement des structures traditionnelles de médiation de conflit entre agriculteurs et éleveurs et la désorganisation des couloirs de transhumance, ainsi que la destruction des champs par le bétail des transhumants sont aussi de nature à déclencher des conflits.

La pauvreté chronique

La RCA est l'un des pays les plus pauvres au monde et se trouve à l’avant dernier rang du classement mondial (188/189) selon l’indice de développement humain de 2018. La persistance de l’insécurité sur une grande partie du territoire nationale a notamment freiné la relance du secteur agricole et la concrétisation des investissements étrangers directs (IDE). L’exil des commerçants, les fréquentes attaques de convois transportant des biens ou des marchandises et l’état défectueux des routes sont autant d’entraves à l’approvisionnement des marchés en marchandises et en intrants. Cet état de fait donne par conséquent lieu à une augmentation des prix dans certaines localités. L’activité économique reste faible depuis 2013.

Le niveau de pauvreté structurelle s’est davantage aggravé avec la récurrence du déplacement massif des populations et la perte des capacités de production des populations affectées. Il est passé de 62 % en 2008 à 75 % en 20171 . Les ménages les plus pauvres se trouvent en milieu rural, même si la répartition spatiale de la pauvreté varie selon les régions. L’inégalité de revenus est également très prononcée : la RCA détient l’un des indices de Gini le plus élevé au monde (63). Le taux de chômage reste élevé et près d’un individu actif sur quatre (24,2 %) est sans emploi. Hormis les inégalités de revenus, l'accès aux services d’éducation et de santé de base n'est pas assuré de manière équitable dans les différentes régions du pays. L'espérance de vie à la naissance (52,9 ans) est la deuxième plus faible au monde.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:
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