République Centrafricaine - La Vakaga : l'extrême dénuement

Report
from Action Contre la Faim France
Published on 21 Jun 2007
Birao est la principale ville de la région de la Vakaga, située dans le Nord Est à la frontière avec le Tchad et le Soudan. Cette ville est tombée aux mains de la rébellion armée à l'automne dernier pour être reprise plus tard par l'armée centrafricaine avec l'appui des troupes françaises.

De nombreuses populations ont été contraintes de fuir leurs villages, forcées de se réfugier en brousse. En mai, Action contre la Faim a décidé d'y « lancer » une évaluation afin d'avoir une connaissance plus précise des besoins humanitaires des populations.

Jérôme et Aurélie, respectivement logisticien et nutritionniste ont parcouru une partie de la région pendant 2 semaines, rencontré les communautés, mené une évaluation de la situation nutritionnelle, et relevé des données et informations concernant les problèmes humanitaires plus globaux (santé, sécurité alimentaire, eau et assainissement, etc.). Ils témoignent.

Sur la méthode, d'abord, comment réussir à avoir une vision claire de la situation humanitaire ?

Jérôme explique : « Il faut qu'on puisse ramener en peu de temps une image la plus fidèle possible de la situation.. Le cœur de l'évaluation concernait la nutrition, mais on a pu se pencher sur d'autres questions au gré de nos rencontres avec les quelques -peu nombreux- acteurs humanitaires présents dans la zone, avec les chefs religieux, les chefs de communauté, à l'aide de questionnaires concernant l'eau, la nourriture, la santé, les besoins jugés comme prioritaires, etc. »

Aurélie explique à son tour : « Même si on ne peut pas parler de crise nutritionnelle aiguë, nous avons constaté des « poches » de malnutrition. Ce qui est flagrant, c'est le décalage avec la capitale, la malnutrition est deux fois plus élevée dans la Vakaga, de même pour la mortalité infantile qui reste à des niveaux très inquiétants. »

En fait, les populations ont dû fuir les combats et les violences et avaient peur de retourner dans leurs villages. Ils n'ont donc pas pu cultiver et récolter depuis un an. « Les gens ont beaucoup décapitalisé pour survivre, ils ont vendu une partie de leurs stocks alimentaires, leur bétail. En plus, l'autre source de malnutrition ou de maladies -au delà d'un manque flagrant d'accès aux soins et à un déficit d'éducation, c'est l'accès à l'eau potable et à l'hygiène : les point d'eau sont quasi-systématiquement contaminés, sans aucune protection, les installations sont dégradées, vieilles. Les gens consomment une eau sale, souvent rougeâtre, il n'y a pas de latrines, etc.» ajoute Jérôme. « Les problèmes sont souvent d'origine sanitaire. La plupart des enfants atteints de malnutrition sévère avait une maladie en plus, paludisme, infection respiratoire, et quasiment tous avaient eu des diarrhées les jours précédents. » explique Aurélie.

« D'un point de vue alimentaire, complète Jérôme, on a affaire à une agriculture de subsistance, arachide, haricot, mil, manioc, il y a des échanges, des marchés, mais vraiment réduits à la portion congrue ».

Lorsqu'on envisage une intervention humanitaire sur la zone, il faut prendre en compte tous les éléments du contexte : « Normalement, du point de vue de la sécurité, la situation devrait rester calme, la rébellion et le gouvernement ont signé un accord de paix qui signifie l'arrêt des hostilités. Par contre, la principale difficulté, c'est le manque de tout, le dénuement absolu, les difficultés logistiques que posent une telle région : une région extrêmement peu peuplée, des populations dispersées, une saison des pluies pendant laquelle la majorité des pistes sont totalement impraticables et ce pendant la moitié de l'année. »

Jérôme, pour conclure, reste assez admiratif du courage et des capacités d'adaptation de ces populations très isolées « les gens ont développé des mécanismes de survie basés sur une entraide communautaire très forte et sur leur propension à anticiper les situations difficiles ».