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Ouango: Le comité de planification et suivi donne la parole à la communauté

Dans la préfecture du Haut-Mbomou, où le nombre de fonctionnaires est insuffisant pour assurer une couverture efficace de la région, les acteurs de l’aide humanitaire interviennent pour accompagner les acteurs du développement local dans la maîtrise et l’exercice de leurs mandats – une étape importante pour accompagner le redéploiement des mécanismes de gouvernance. Ouango fait partie des localités d’intervention.

Parmi les activités d’accompagnement à la bonne gouvernance, le comité local de planification et de suivi (CLPS) est un organe pluridisciplinaire réunissant toutes les franges de la communauté et œuvrant pour le bien de celle-ci. Instauré en parallèle de l’établissement d’un plan de relèvement local (PRL), il suit la mise en œuvre de ce dernier dans le but de répondre aux besoins de la localité et, in fine, de participer à sa relance socioéconomique. A Ouango, le CLPS a été mis en place en 2021 par ACTED dans le cadre du programme de relèvement socioéconomique dans le sud-est de la République centrafricaine (RCA) (RELSUDE). financé par le Fonds fiduciaire Bêkou qui comporte cinq volets : cartographie et planification, relance économique, eau-assainissement-hygiène (EAH), cohésion sociale, et gouvernance. Le CLPS, lui, fait partie du cinquième volet. Dans le cadre du RELSUDE, 17 CLPS seront mis en place dans 17 localités du Sud-Est, avec les mêmes objectifs.

Le comité local de planification et suivi : un organe au coeur de la communauté

Le CLPS de Ouango a été réuni ce 2 février 2022 lors d’une mission de l’équipe ACTED dans la localité afin de permettre l’avancement de plusieurs activités.

Le rôle du CLPS est crucial pour représenter l’avis de la communauté dans l’ensemble du projet. Représentants et représentantes d’autorités locales (préfecture, mairie), de groupes (minorités, commerçants, jeunes), têtes de réseaux (organisation des femmes centrafricaines), ambassadeurs (EAH, jeunesse)) ou chefs de groupe sont présents pour discuter des différents points à l’ordre du jour.

La réunion a lieu dans une salle réhabilitée par ACTED dans le cadre d’un précédent projet. Entretenue grâce à une cotisation mensuelle des membres du CLPS de 500 FCFA (75 centimes d’euro), des chaises, une table et de la papeterie sont mises à disposition. La salle peut également être louée sur demande.

Plusieurs thèmes sont traités aujourd’hui : le CLPS commence par la validation des sites de construction ou de réhabilitation via des chantiers en travail à haute intensité de main d’œuvre. Le marché central de Ouango qui accueille la population tous les jours de 17h à 19h, et le marché de Magarandji qui attire des commerçants et acheteurs de nombreuses villes environnantes tous les 17 du mois seront tous les deux réhabilités, tandis qu’une nouvelle mairie et une caisse de résilience seront construites avec des latrines publiques. La mairie et la caisse de résilience sont des ouvrages sociocommunautaires qui serviront à l’ensemble de la population. Les sites de construction, désignés par la mairie, sont actuellement en friche. Ils sont situés sur la route de Ngalakpa, le long de laquelle la mairie a également cédé des terrains à la population pour permettre à la ville de Ouango de s’élargir.

Viennent ensuite les choix des points d’eau à réhabiliter ou à construire. Plusieurs endroits ont été désignés par le CLPS en fonction de leur localisation, des besoins de la population environnante, et de leur état dans le cas des réhabilitations. Le CLPS désigne également les points d’eau qui possèdent un comité de gestion fonctionnel, à redynamiser ou à établir. Ceux-ci sont importants pour l’entretien et la pérennisation des ouvrages.

Un espace de dialogue

Des désaccords sont parfois exprimés : tous les membres de CLPS ne défendent pas les mêmes intérêts et les mêmes franges de la population. Un compromis est cependant toujours trouvé afin de continuer à avancer sur les points à l’ordre du jour. Une solution doit par exemple être trouvée pour la réalisation des cours d’alphabétisation pour femmes : les écoles, lycées et collèges étant occupés par les étudiants pendant la journée, il faut trouver des salles suffisamment disponibles et spacieuses pour accueillir les apprenantes chaque semaine pour les six prochains mois. Une proposition est faite d’utiliser les églises qui ont l’avantage d’avoir des bancs. Toutefois se pose toujours le problème des tables. Le CLPS aura pour mission d’y réfléchir jusqu’à la prochaine réunion.

Nous sommes reconnaissants que le CLPS existe. Il nous permet de discuter et de prendre des décisions en commun. Grâce à la cotisation mensuelle des membres, nous avons aussi pu permettre au président de se rendre jusqu’à Bangassou pour faire un plaidoyer auprès du Haut-Commissariat pour les Réfugiés afin qu’un bureau d’aide permanent soit ouvert à Ouango. - JENNY YEBANGA MOKONON, AMBASSADEUR ÉDUCATION AU SEIN DU CLPS.

Chaque membre du CLPS retourne à ses occupations quotidiennes lorsque la séance du jour prend fin. Des réunions régulières seront tenues jusqu’à l’achèvement du RELSUDE afin de contribuer aux décisions qui seront prises, et au-delà pour contribuer à de futurs projets d’aide dans la ville de Ouango afin de veiller à ce que ceux-ci répondent correctement aux besoins de la population. Au cours de des réunions du CLPS, le PRL servira de référence, et pourra être amendé si de nouveaux besoins venaient à émerger d’un choc.

Au-delà de leur utilité pour suivre les réalisations du projet, le CLPS a également vocation à être un outil de cohésion sociale et de gestion des différends, et ainsi jouer un rôle dans le soutien de l’accord de paix et de réconciliation négocié à Khartoum entre l’État centrafricain et plusieurs groupes armés et signé à Bangui le 6 février 2019, qui a ouvert la voie à une relative accalmie dans le pays et ainsi permis la mise en œuvre de projets de relèvement économique tels que le RELSUDE.

Grâce au projet RELSUDE, 17 comités locaux de paix et de réconciliation seront mis en place à travers le sud-est de la RCA. Chaque comité est composé d’une quinzaine de personnes.

Dans le cadre du RELSUDE, les villes d’intervention ont en moyenne une population de 40 000 habitants et habitantes (50 000 à Ouango).