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La vie reprend peu à peu à Boyo

La sécurité est revenue et la vie reprend à Boyo, située à 120 km de Bambari dans la Ouaka, au centre de la République centrafricaine. Cette localité a été secouée en décembre 2021 par une attaque d’un groupe armé qui a causé de nombreuses pertes en vies humaines, d’importants dégâts matériels et des déplacements de populations. Dans la foulée, le déploiement sur place de Casques bleus népalais de la Minusca, a fait fuir les assaillants. La présence de la base de la MINUSCA rassure ; ces hommes organisent des patrouilles pour sécuriser les communes, permettant ainsi la reprise des activités et le retour des déplacés.

Par Emmanuel Crispin Dembassa-Kette, de retour de Boyo

Des attaques et des atrocités commises en 2021

Boyo, c’est 24 villages et près de 4.500 habitants qui vivaient paisiblement jusqu’à la date fatidique du 6 décembre 2021. Cette nuit-là, des anti-balaka, venant de Tagbara ont pris d’assaut la localité et commis des atrocités principalement contre la communauté musulmane, avec un bilan ainsi résumé par le Président de la délégation spéciale de la commune, Abdala Younous : « 13 personnes ont perdu la vie à Boyo-centre et 51 personnes aux alentours. 547 maisons ont été détruites, et des centaines de personnes ont fui vers Bambari, Bria et même Bangui ».

Des dizaines de personnes, hommes, femmes et enfants ont par ailleurs été séquestrées dans la mosquée pendant une semaine par les assaillants. Elles n’ont dû leur salut qu’à l’arrivée des Casques bleus népalais sur les lieux le 13 décembre 2022 ; présence qui fait fuir les agresseurs.

Les traces de ces violences sont encore visibles aujourd’hui à Boyo : les maisons incendiées ou entièrement détruites se comptent par dizaines tout au long de la grande route qui traverse la commune.

Lieutenant-colonel Saïd, commandant du bataillon népalais, basé à Bambari explique les conditions difficiles dans lesquels ces Casques bleus sont partis porter assistance à la population civile et installer une base d’urgence temporaire à Boyo : « La route fortement dégradée et un pont endommagé ont fait que nos éléments ont mis trois jours pour arriver sur place. C’est la première fois que les Forces de la Minusca arrivaient à Boyo. Ils sont venus et ont chassé les anti-balaka le13 décembre 2022 ».

Mais le calvaire de Boyo était loin de s’achever puisqu’après, les membres d’un autre groupe armé, l’UPC, sont venus le 23 décembre encercler la ville. Ceux-là aussi ont été chassés par les Casques bleus « avec l’aide des habilitants, et du renfort transporté par hélicoptère », dit le lieutenant-colonel.

La population salue l’action de la MINUSCA pour avoir pacifié et sécurisé la localité

Les habitants de Boyo reconnaissent que grâce à l’intervention des Casques bleus, ils revivent en paix et en sécurité. Le constat fait surplace est qu’ils renouent avec leurs activités dans la quiétude et dans la cohésion intercommunautaire. Même si le renforcement de liens entre les communautés est encore à parfaire pour aboutir à la solidarité et l’harmonie d’avant les violences. Cette population salue l’action de la MINUSCA pour avoir pacifier et sécuriser leur localité, a l’instar du maire Abdala Younous : « Nous remercions la MINUSCA pour ce qu’elle fait à Boyo et nous lui demandons de ne pas se lasser. Il y a un réel changement après l’arrivée de la MINUSCA à Boyo : nous avons repris à vivre ensemble et nous espérons que cela va continuer et nous ne cesserons de remercier la MINUSCA », dit ce dernier. Il ajoute aussi : « Ils [les casques bleus] assurent notre sécurité et il n y’a plus d’affrontements. Les chrétiens et les musulmans sont de nouveau ensemble et nous remercions la MINUSCA pour cela ».

Par ailleurs, ceux qui ont fui les violences commencent à revenir, comme le dit encore le premier citoyen de la localité : « Depuis qu’il y a la paix, ceux qui ont fui commencent à revenir et ils commencent à reconstruire leurs maisons et à reprendre leurs activités ».

Parmi ceux qui reviennent chez eux, Nadia Solange Obrou, environ la trentaine, cultivatrice et veuve. Elle a fui avec ses trois enfants à Bria et est retournée un mois plus tard. Elle vend du manioc sur l’un des deux marchés, tout près de la mairie. « Je suis revenue parce que j’avais beaucoup de difficultés là-bas pour nourrir mes enfants. Tout est chère. Ici je me sens plus à l’aise et puis la sécurité est revenue », affirme-t-elle.

Tahir Mahamat, un commerçant d’une quarantaine d’années est lui aussi revenu de Bambari. Rencontré au quartier Abba 1, il déclare « Il y’a eu des sensibilisations pour que déplacés reviennent et beaucoup sont revenus ».

Une présence qui rassure mais des inquiétudes demeurent A mi-chemin entre les deux marchés, plusieurs femmes de divers âges assises à l’ombre de manguiers bavardent à haute voix, avec des rires de temps à autre ; certaines tressant les plus jeunes, d’autres vendant du lait dans des calebasses. A la question de savoir : que faites-vous-la ? l’une d’elle, visiblement la plus âgée, répond : nous tressons les enfants pour la fête de l’aïd el fitr ». Elle s’appelle Zara, la soixantaine, et ne se cache pas d’exprimer ses sentiments de quiétude retrouvée après l’installation de la base de la MINUSCA. « Leur présence ici nous rassure. Nous dormons en paix la nuit jusqu’au matin sans la peur au ventre et pendant le jour, nous vaquons tranquillement à nos activités », assure-t-elle.

Mais si la stabilité sécuritaire est acquise à Boyo-centre, ce n’est pas encore le cas dans la périphérie, soumise aux incursions des hommes en armes.

Témoignage d’Alphonse Donvoro, vendeur de vin de palme, également rencontré au marché :« Actuellement nous avons la sécurité ici à cause de la base mais quand on prend la route de Bambari, on s’inquiète à cause des braquages. Avant d’arriver aux villages de Tabgara ou Zig-zig, tu risques d’être braqué, même avant Ngalogo à 30 kilomètres d’ici, on peut te braquer. Il y a presque trois semaines, des gens ont été braqués là-bas».

Yaouba Salet est du même avis : « Depuis l’arrivée des népalais nous n’avons pas de problème sauf que les anti-balaka dérangent les éleveurs dans la brousse ; ils s’emparent de leurs bétails ».

Gilbert Pakilibou, cultivateur, la soixantaine révolue, souhaite pour sa part que les Gardiens de la paix restent à Boyo car, selon lui : « s’ils repartent, nous allons retomber dans la même situation ; les groupes armés vont revenir. Il faut qu’ils restent ici ».

Les Casques bleus, eux, sont conscients de la situation et élargissent déjà leurs patrouilles à la périphérie comme l’a souligné le Lieutenant-colonel Saïd : « Les efforts sont orientés vers les villages environnants : Komaya, Kolego, et Tango Bakari ».