Discours du Coordonnateur humanitaire - Briefing sur la situation humanitaire en RCA

Report
from UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
Published on 14 May 2018

Briefing Humanitaire – RCA 2018

Najat Rochdi
Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général,
Coordonnatrice Humanitaire,
Coordonnatrice Résidente du Système des Nations Unies,
Représentante Résidente du PNUD

Yaoundé, 14 mai 2017

Excellence Madame la Ministre de l’Action Humanitaire et de la Réconciliation Nationale,
Mesdames et Messieurs les représentants du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs les représentants des Organisations Non Gouvernementales,
Chers collègues Chefs d’Agences du Système des Nations Unies,
Chers partenaires,
Distingués invités en vos titres et qualités respectifs,

Au-delà, du plaisir revoir des visages familiers, c’est un immense honneur de prendre la parole devant vous pour échanger sur la situation humanitaire en République centrafricaine et de vous rendre compte de nos actions en 2017 et de l’engagement qui ne frémit pas.

Car cet engagement c’est celui de tous les humanitaires, centrafricains et étrangers qui, tous les jours, mettent leurs vies au service des populations qui ont en un grand besoin. Quatorze ont perdu la vie l’année dernières, et nous avons déjà été endeuillés à deux reprises cette année.

Je voudrais vous remercier pour votre présence qui démontre que nous partageons ce même désir d’aider la population Centrafricaine à se construire une vie digne et sereine.

Je voudrais particulièrement saluer ici, la présence de Son Excellence Madame la Ministre de l’Action Humanitaire, chère Virginie, chère sœur, ta présence démontre l’engagement sans relâche, et le combat du gouvernement contre la détresse du peuple. Merci infiniment Excellence pour votre action personnelle, merci au nom de tous les humanitaires et de la communauté internationale qui, par ma voix, saluent la qualité et la vigueur de notre coopération.

Votre engagement à toutes et tous auprès de la population dans le besoin est vital.

Lorsque nous nous étions retrouvés au mois d’octobre l’année dernière, je m’étais inquiétée du nombre croissant de personnes déplacées face à un plan de réponse humanitaire largement sous-financé.

Certes, je salue, et je vous remercie de tout cœur pour la générosité de vos gouvernements et institutions respectives qui se sont mobilisées jusqu’aux derniers jours de décembre pour financer la réponse humanitaire – et sachez que cela a fait la différence. Cependant, je dois aussi regretter que le taux de financement qui a plafonné à 40% ne nous a pas permis de fournir l’assistance souhaitée.

Ainsi, je vous demanderais aujourd’hui, à chaque fois que nous nous félicitons de l’assistance apportée, de penser aux filles, garçons, femmes et hommes dont les besoins les plus essentiels ne seront assouvis faute de financement.

En effet, malgré nos efforts continus et l’engagement sans faille de l’ensemble de la communauté humanitaire, des bailleurs de fonds, des autorités nationales et locales et du Gouvernement, la situation humanitaire a malheureusement atteint un niveau grave et, son champ géographique continue à s’étendre à de nouvelles zones. On ne compte plus les nouveaux hotspots !

Excellence,
Mesdames, Messieurs,

Permettez que je m’attarde sur quelques données statistiques, car elles sont le reflet douloureux d’une réalité qui l’est tout autant.

En un an, le nombre des déplacés internes est passé de 402 240 à 687 398, ce qui marque une augmentation de plus de 70% !

Des réfugiés qui commençaient progressivement à revenir spontanément en Centrafrique à la faveur d’une accalmie ont dû à nouveau quitter.

Les chiffres de mes collègues du Haut-Commissariat aux Réfugiés n’en finissent pas de croitre. Le nombre de refugies centrafricain s’élève désormais à 575 544, soit 25% de plus qu’en début d’année dernière.

Pour ceux qui ont la mémoire des chiffres, lors de notre dernière rencontre, je parlais d’une augmentation de 15% !

C’est tragiquement le cas pour près d’un Centrafricain sur quatre.

Une réalité que tous les indicateurs reflètent avec la même brutalité :
- 70% des familles centrafricaines n’ont pas accès à l’eau potable et 80% ne sont pas équipées de latrines,
- le taux de mortalité infantile est de 18%,
- le tiers de la population doit faire face à l’insécurité alimentaire,
- 20% des écoles du pays sont fermées et, dans les sites de déplacés, ce sont plus de 70 000 enfants qui sont privés de toute éducation. Dans certaines sous-préfectures il y a moins d’un enseignant pour 4 000 élèves !
- 6 sous-préfectures sanitaires ont un taux de malnutrition aigüe supérieur au seuil d’urgence de 15%.

En conséquence, alors que l’année dernière nous estimions à 2,2 millions le nombre de personnes dans le besoin, cette estimation est maintenant portée à 2,5 millions pour 2018. Le Plan de réponse humanitaire que nous avons lancé au mois de janvier prévoit de cibler 1,9 millions de personnes.

Excellence,
Mesdames, Messieurs,

Je ne doute pas que vous avez regardé avec inquiétude les évènements qui ont secoué Bangui ces derniers mois. J’imagine que cela a ébranlé la confiance de certains d’entre vous, pourtant ce que je voudrais que vous reteniez de mon message aujourd’hui, c’est la force de la conviction de pouvoir changer les choses ensemble.

En effet, après maintenant plus d’un an en RCA, je sais que la plus forte et la plus vive des réponses à la crise humanitaire se trouve dans l’extraordinaire courage et l’infinie détermination et résilience des femmes et des hommes de ce pays. Ils ont la volonté de sortir leur pays du cycle infernal de violence et ils en ont la capacité si tant est qu’on les équipes.

Si l’année 2017 fut en effet celle de toutes les inquiétudes, il faut absolument transformer l’année 2018 pour qu’elle devienne l’année de des réalisations qui vont nourri tous les espoirs.

L’espoir du retour des déplacés internes et des réfugiés à leur village, à leur maison, en un mot à leur vie.

L’espoir que tous les élèves bacheliers puissent passer leur baccalauréat.

L’espoir de vivre sans peur et sans violence.

L’espoir d’avoir des soins médicaux partout sans discrimination à cause de son ethnie ou de sa religion.

L’espoir de travailler sa terre, cultiver ses champs, élever son bétail.

L’espoir de manger tous les jours à sa faim et de pouvoir apporter la nourriture à sa famille.

L’espoir d’un lendemain sur, prometteur et des rêves non plus brisés mais réalisés.

Oui, Mesdames et Messieurs, nous pouvons ensemble aider à changer le cours des évènements.

Pour ce faire il s’agit de lever trois verrous : le verrou politique, le verrou sécuritaire et le verrou financier.

Faire sauter le premier verrou nécessite un engagement croissant de tous les acteurs en faveur de solutions politiques et pacifiques. Il n’y a que deux voix de sortie pour la crise centrafricaine : la première c’est le dialogue, et la deuxième… c’est le dialogue. Dans ce cadre, les Nations Unies apportent tout leur soutien à l’initiative de paix de l’Union Africaine.

Le deuxième verrou, c’est la sécurité de tous. La semaine dernière le Représentant spécial du Secretaire général en RCA, s’adressant à ceux qui menaceraient de descendre sur Bangui, a réaffirmé que la MINUSCA avait mobilisé ses capacités et qu’elle est déterminée à opposer la légitimité nationale et internationale ainsi que la force de la Mission si cela est nécessaire.

Le troisième verrou est financier. Nous ne parviendrons pas à fournir l’assistance humanitaire si nous n’en avons pas les moyens. Au moment où je vous parle, seulement 9,4%, du plan de réponse humanitaire pour 2018 est financé, soit 48,6 millions des 515,6 millions de nécessaires. Et je remercie tous les donateurs pour les financements auxquels ils se sont déjà engagés lors des rencontres que j’ai eu avec eux dans les différentes. Sans négliger l’appui en expertise et en personnel qui nous appuient au quotidien dans la coordination humanitaire.

Excellence,
Chers Donateurs,
Chers Partenaires,

Les populations centrafricaines ont besoin de vous. Nous avons besoin de vous pour répondre à cette crise humanitaire complexe, en assurant le respect des principes qui guident l’action humanitaire. La situation requiert plus que jamais votre attention et notre action collective.

Nous pouvons, dans l’union des efforts nationaux et internationaux, soutenir une sortie durable de la crise centrafricaine et accompagner le pays dans sa marche vers la paix et le développement durable.

C’est le cas par excellence du Nexus paix humanitaire et développements, et de l’interconnexion entre les trois composantes et, si nous ne faisons pas mieux, si nous ne faisons pas plus, et si en parallèle nous n’avançons pas sur le RCPCA, la violence déployée par les groupes armés continuera alors à pousser un nombre croissant de civils à se réfugier dans des lieux de plus en plus reculés, de plus en plus inaccessibles aux humanitaires accroissant davantage encore le défi de l’accès aux plus vulnérables.

Dans des pans entiers du pays, des milliers de personnes pourraient rester coupées de toute assistance humanitaire.

Des villages entiers resteraient des territoires dépeuplés de leurs populations apeurées.

Des générations entières verraient leur avenir gâché après des années successives sans accès à l’éducation, des milliers d’enfants continueraient à mourir dans leurs premières années et une autre génération de Centrafricaines et de Centrafricains seraient sacrifiés.

Rien de ceci n’est inéluctable et nous pouvons encore changer le cours des évènements.

Preuve en est, ce que votre appui a permis en 2017.

En 2017, 202,5 millions de dollars ont été versés à travers le plan de réponse, auxquels il faut ajouter les 64,5 millions en dehors du plan.

Grâce à vous, plus d’un million de personnes affectées par les crises ont bénéficié d’un approvisionnement d’urgence en eau potable.

Grâce à vous, plus de 7 000 mégatonnes d’assistance humanitaire ont atteint les personnes les plus vulnérables sur l’ensemble du territoire.

Grâce à vous, plus de 60 000 enfants ont bénéficié d’activités éducatives dans les sites de déplacement et les communautés hôtes.

Grâce à vous, plus de 72 000 ménages ont bénéficié de semences et d’outils agricoles.

Grâce à vous, plus de 17 000 enfants de 6 à 59 mois, atteints de malnutrition aiguë sévère, ont été pris en charge.

Grâce à vous, plus de 600 000 personnes ont bénéficié d’une aide alimentaire d’urgence et environ 500 000 personnes d'une aide en assainissement.

Mais la réponse humanitaire n’est pas seulement une affaire de chiffres, ce sont avant tout ces visages d’enfants, de femmes et d’hommes que nous rencontrons sur le terrain et qui crient leur volonté d’enfin connaitre la paix.

Ce sont Cynthia, Aminatou, Jacques, Ali et tous les autres que nous avons rencontrés l’année dernière. Ils n’avaient pas plus de 10 ans. Ils ont connu la terreur, l’horreur et enfin le déplacement arraché des fois à leurs parents, leurs villages et leurs enfances.

Aujourd’hui, au nom des Cynthia, Aminatou, Jacques et Ali, je voudrais remercier nos donateurs, en particulier les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Union Européenne (ECHO), Le Canada, la France, le Japon, la Suisse, la Suède, la Norvège, L’Irlande et d’autres qui ont permis le retour des sourires sur le visage de ces enfants.

Je voudrais saisir cette occasion pour vous demander de condamner fermement toutes les attaques sur les humanitaires eux-mêmes et sur les structures humanitaires. De condamner toutes les discriminations sur l’accès au soin. Je vous le demande, car vos condamnations, nous aideront nous, en RCA, à mieux protéger les humanitaires et à mieux protéger les civils.

Je voudrais conclure par exprimer toute ma gratitude aux humanitaires qui, tous les jours, œuvrent sur un terrain dure et dangereux dans un engagement sans cesse renouvelé dans ce qu’il y a de meilleur dans l’humain. Je voudrais réitérer, au nom de toute la communauté humanitaire, tout notre reconnaissance à vous et à vos capitales, non seulement pour vos financements, mais aussi pour vos appuis multiformes, et votre confiance.

Un merci tout particulier à la Coordinatrice Humanitaire au Cameroun, Allegra, pour tout l’appui qu’elle apporte aux réfugiés centrafricains, pour son assistance dans l’organisation de cette rencontre et pour sa disponibilité.

Enfin, je voudrais remercier à nouveau le gouvernement et le peuple du Cameroun car ils ont toujours ouvert leurs portes et leurs cœurs à leurs sœurs et frères centrafricains.

Merci, merci, merci.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:
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