Centrafrique : la FIDH condamne le coup d’État, appelle à l’arrêt des violences et au retour à l’ordre constitutionnel

La FIDH condamne le coup d’État de la Seleka du 24 mars 2013 en République centrafricaine (RCA) en ce qu’il constitue une prise de pouvoir inconstitutionnelle et par la force contraire aux accords régionaux et internationaux. La FIDH appelle le nouveau pouvoir à rétablir la légalité constitutionnelle ou le cas échéant à procéder à des élections dans les meilleurs délais.

Le 24 mars 2013, les troupes rebelles de la coalition de la Seleka, sont entrées et ont pris le contrôle de la capitale centrafricaine, Bangui. Le président de la République, le Général François Bozizé, qui avait lui-même pris le pouvoir par un coup d’État le 15 mars 2003, 10 ans plus tôt presque jour pour jour, a fui le pays pour se réfugier au Cameroun. Le chef militaire de la coalition rebelle, Michel Djotodia s’est proclamé président mais a toutefois déclaré qu’il maintiendrait dans ses fonctions le gouvernement formé de représentants de l’opposition civile et de rebelles à la suite de l’accord Libreville de janvier 2013 et organiserait des élections d’ici à trois ans. L’entrée des rebelles de la Seleka dans Bangui s’est accompagnée d’actes de pillages dans toute la ville et la situation ne semblait toujours pas sous contrôle le 25 mars 2013.

« La FIDH condamne tous les changements inconstitutionnels de pouvoir, même si la légitimité du pouvoir précédent était elle aussi douteuse. Nous appelons à la fin des pillages, au rétablissement de la sécurité publique et de la légalité constitutionnelle » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Le coup d’Etat a été condamné par la plupart des organisations régionales et internationales. Ainsi, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a suspendu la participation de la RCA à toutes les activités de l’UA, a adopté des sanctions individuelles contre sept responsables de la coalition rebelle de la Seleka et a appelé les États membres de l’UA à refuser toute coopération avec ces derniers. L’Union européenne a jugé ce coup de force « inacceptable », tandis que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) l’a condamné par la voix de son secrétaire général, M. Abdou Diouf, qui saisira, en application de la déclaration de Bamako, le Conseil permanent de la francophonie pour statuer sur la suspension de la RCA. La FIDH demande au Conseil de sécurité des Nations unies qui doit se réunir ce 25 mars d’adopter une résolution condamnant le coup d’État ; exigeant le retour à l’ordre constitutionnel, le respect des accords de Libreville et la tenue d’élections libres, pluralistes et transparentes dans des délais raisonnables de quelques mois au plus tard ; ainsi que l’arrêt des actes de violences et des violations des droits de l’Homme qui devront faire l’objet d’une enquête internationale et impartiale.

La FIDH s’inquiète en effet, des risques de représailles contre les partisans du général Bozizé et des tensions entre groupes politiques qui pourraient dégénérer en affrontements meurtriers. Les militaires de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC) envoyée par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) pour empêcher la prise de pouvoir par les rebelles en janvier dernier semblent d’ailleurs patrouiller dans Bangui pour tenter d’assurer une relative sécurité sans y parvenir réellement selon les dernières informations. Par ailleurs, la FIDH est préoccupée par les allégations de violations graves des droits de l’Homme perpétrées par les différents camps depuis plusieurs semaines dans différentes parties du pays et appelle donc la communauté internationale à mettre en place une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur ces crimes.

« Nous appelons tous les acteurs à la retenue et au calme afin d’engager des discussions inclusives permettant le respect des principes et des accords particulièrement concernant les droits humains » a déclaré Me Sidiki Kaba, président d’Honneur de la FIDH. « Ce qui est sûr, c’est que les coups d’État n’ont jamais constitué des solutions politiques ni pour l’Afrique, ni pour le reste du monde et que par conséquent, il faudra trouver une solution politique pour rétablir la légalité constitutionnelle, faire œuvre de justice pour lutter contre une impunité qui est à l’origine des crises récurrentes en Centrafrique ; et rendre le pouvoir aux civils, les seuls à pouvoir construire un avenir pour ce pays » a-t-il ajouté.