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Centrafrique : climat tendu et dégradation de la situation humanitaire

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Avec un climat rendu volatile par les violations constantes des droits de l'homme et la dégradation de la situation humanitaire, la situation politique et socioéconomique et les conditions de sécurité restent dans l'ensemble fragiles en République centrafricaine, affirme le dernier rapport du Secrétaire général sur le pays.

« Les causes de la crise actuelle sont à trouver dans quatre domaines liés entre eux : a) l'absence d'une culture de dialogue et de tolérance; b) les violations répétées des droits de l'homme; c) l'impunité; d) le handicap d'un milieu social marqué par la pauvreté généralisée, la corruption, l'irrégularité du versement des traitements et l'accumulation des arriérés de salaire », affirme le Secrétaire général dans son rapport sur les activités du Bureau des Nations Unies en CAR (BONUCA).

« J'encourage vivement les autorités de la République centrafricaine à redoubler d'efforts pour faire avancer le processus de paix en organisant sans plus attendre un dialogue politique sans exclusive », poursuit le Secrétaire général.

Le rapport salue les accords de paix récemment signés par le gouvernement et un certain nombre de groupes rebelles armés, mais souligne que « ce n'est que par un dialogue général, ouvert à tous, que l'on pourra faire des progrès décisifs sur la voie de la restauration durable de la stabilité dans le pays et faire appel aux investisseurs ».

Par ailleurs, le rapport condamne fermement « les attaques répétées dont sont l'objet, en République centrafricaine, les agents de l'action humanitaire, dont des fonctionnaires des institutions des Nations Unies ».

A cet égard, il souligne que les conditions de sécurité ont été encore fragilisées par l'intensification des activités des bandits de grand chemin et des mouvements rebelles dans diverses régions. « Bangui reste le théâtre de cambriolages de résidences fréquents, quasiment quotidiens ».

Ainsi, « comme en octobre 2006, le mouvement rebelle de l'UFDR s'est emparé les 3 et 4 mars 2007 de deux villes du nord-est. Elles ont été immédiatement reprises par les Forces armées centrafricaines appuyées par la Force multinationale de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale et les forces françaises ».

« Après la signature, le 13 avril 2007, de l'accord de cessez-le-feu de Birao entre le gouvernement et les forces rebelles, un calme relatif s'est instauré dans la région. Il a été interrompu par l'arrivée en mai à Sam Ouandja d'environ 3 000 Soudanais qui cherchaient à s'y réfugier après avoir fui ce qu'ils ont qualifié de combats intenses dans le Darfour soudanais ».

« Au nord-ouest du pays, les conditions de sécurité se sont nettement dégradées. On continue de signaler des attaques à main armée des rebelles de l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) et de groupes criminels ».

« Le 19 mai 2007, des bandits ont pris en otages deux agents humanitaires des ONG Caritas et Cooperazione Internazionale (COOPI). Le 26 mai 2007, un groupe armé non identifié a attaqué un convoi du BONUCA qui rentrait d'une mission à Bamari ».

« Le 11 juin, un agent humanitaire français de l'ONG Médecins sans frontières a été tué par des membres du mouvement rebelle de l'APRD, qui ont déclaré qu'il s'agissait d'une erreur et que l'incident n'avait pas été délibéré ».

Le Secrétaire général en appelle en conséquence au gouvernement pour qu'il prenne des mesures pour traduire en justice les auteurs des incidents et assurer la protection du personnel qui apporte à la population centrafricaine un soutien vital, souvent dans des conditions extrêmement difficiles.

« Il convient de noter que les représailles des forces gouvernementales sont souvent sans proportion avec les agissements des rebelles et des autres groupes armés dans les zones o=F9 ils opèrent », souligne par ailleurs le rapport.

Ainsi, « prenant pour acquis que la population civile locale soutient les rebelles, les soldats détruisent, saccagent et incendient les maisons et s'en prennent physiquement aux civils innocents ».

« L'accumulation des violences des rebelles, des bandits et des forces gouvernementales fait souvent fuir les populations civiles, qui cherchent refuge soit en brousse, soit dans les champs, soit encore au Cameroun et au Tchad voisins. Les conditions de sécurité se sont donc nettement dégradées dans le pays : près du quart de la population de 4 millions d'habitants serait semble-t-il touché », souligne le document.

« Ces conditions sont aggravées par d'autres formes de violence encore », explique le rapport, « dont les violences intercommunautaires qui prennent souvent la forme de conflits entre éleveurs et exploitants agricoles ou s'inspirent de motifs religieux ».

« De plus, la perméabilité des frontières internationales de la République centrafricaine est propice à la criminalité transfrontière, à la prolifération d'armes de petit calibre illégales et aux incursions de groupes armés. La situation est encore envenimée par les conflits du Darfour et de l'est du Tchad », note encore le Secrétaire général.