Bulletin spécial d'information d'IRIN sur la situation en République centrafricaine (RCA) avant les élections

Report
from IRIN
Published on 11 Jun 1998
NATIONS UNIES
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La Republique centrafricaine dans l'expectative des elections

Apres les differentes crises militaro-politiques de ces dernieres annees, la Republique centrafricaine (RCA) vit aujourd'hui dans l'expectative des elections legislatives prevues en aout-septembre cette annee. Les dernieres elections legislatives ont eu lieu en 1993, annee ou Ange-Felix Patasse a ete elu a la presidence. Les elections a venir, et a travers elles l'engagement du gouvernement du President Patasse envers le processus democratique, representent pour le peuple centrafricain ainsi que pour la communaute internationale un veritable test.

A la veille de ces elections legislatives, la Republique Centrafricaine est confrontee à une situation economique, sociale et politique difficile, malgre un potentiel en richesses naturelles (bois, sols, diamant) important. La societe centrafricaine, dont la population s'eleve a environ 3,6 millions de personnes, est caracterisee par une pauvrete aigue. En effet le PNUD estime que 64,4% de la population centrafricaine vit en dessous du seuil de pauvrete, dont 35,5% dans une pauvrete extreme. Le pays connait depuis les annees 1970 un marasme economique, qui a ete aggrave par les mutineries de 1996-97. Ces dernieres, et les pillages qui s'en sont suivis, ont entraine la destruction des industries et commerces, touchant serieusement l'economie formelle et informelle et entrainant une importante hausse du chomage. Les problemes economiques ont empeche le paiement regulier des fonctionnaires; a ce jour, la plupart d'entre eux n'ont pas percu leur salaire depuis plus de sept mois.

Le gouvernement et le FMI sont actuellement en negociations pour l'octroi d'un programme d'ajustement structurel. Mais differentes conditions, notamment la privatisation d'entreprises publiques, ne sont a l'heure actuelle pas encore remplies. L'octroi d'un tel programme permettrait, ont note des observateurs locaux, d'apporter un "ballon d'oxygene" necessaire au bon deroulement des elections.

Par ailleurs, le President est accuse d'accaparer les structures etatiques au profit de personnes provenant soit de son parti politique, le MLPC (Mouvement pour la liberation du peuple centrafricain), soit de sa region (situee au nord du pays), soit de son groupe ethnique (les Kabas appartenant au groupe des Saras). Ce phenomene se retrouve egalement au sein des forces armees; la garde presidentielle serait ainsi constituee de membres de l'ethnie ou de la region de M. Patasse, alors qu'une grande partie de l'armee provient du sud, et sont des Yakomas. De plus certaines sources, dont 'Africa Confidential', ont souligne l'existence de milices loyales au President Patasse. Ceci induit de fortes tensions et a ete un des facteurs des mutineries. Une source humanitaire a indique que cette "ethnisation" de la societe est a present visible a Bangui ou, apres les mouvements de population consecutifs aux mutineries, les quartiers sont habites par des personnes provenant de la meme region ou du meme groupe ethnique. Cette situation, a commente cette meme source, n'est pas sans rappeler celle prevalant a Brazzaville avant le conflit civil de l'annee derniere.

Si la situation de securite est actuellement calme a Bangui ou sont concentrees les operations des FACA (forces armees centrafricaines) et de la MINURCA (Mission des Nations Unies en Republique Centrafricaine) recemment arrivee, l'insecurite regne sur l'ensemble des provinces. Celles-ci sont peu ou pas controlees par les forces gouvernementales et sont regulierement le theatre d'attaques de bandits et de "coupeurs de routes" appeles "zaraguinas". Les principaux foyers d'insecurite se situent le long de la frontiere tchadienne et dans le centre du pays, mais des incidents survienn ent regulierement dans les zones frontalieres avec le Soudan et la RDC. De plus, differentes sources avancent que des groupes armes d'opposants des pays limitrophes ont trouve refuge sur le territoire centrafricain. Ainsi des soldats ex-FAZ qui auraient traverse la frontiere lors de l'avancee des troupes de Kabila, se trouveraient encore en RCA, dans des communautes appartenant a la meme ethnie que la leur. Le commandant de la MINURCA, le general Ratanga, a pour sa part souligne lors d'une conference de presse tenue a Bangui debut mai, que l'insecurite etait en partie due aux flux incontroles d'armes dans toute cette region d'Afrique Centrale.

Cette insecurite dans les provinces a conduit les Nations Unies a suspendre ses deplacements hors de Bangui en debut d'annee, deplacements qui ont ete depuis lors retablis mais qui se font en convoi et sous escorte militaire. Elle represente donc un frein au bon deroulement des activites humanitaires dans le pays. Outre les differents programmes de developpement, de rehabilitation et de lutte contre la pauvrete mis en oeuvre par les organisations nationales et internationales, la RCA dispose d'un programme d'assistance en faveur de quelque 38 600 refugies dont plus de 32 000 sont soudanais.

En reponse aux graves problemes politico-militaires lies aux mutineries a repetition de 1996, six pays africains ont mis en place la MISAB (Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui) en janvier 1997. La MINURCA lui a succede mi-avril 1998 avec pour mandat de contribuer et d'aider les FACA a assurer la securite dans Bangui et ses environs, ainsi que de controler le stockage des armes recuperees lors des operations de desarmement. Pour ce faire, la MINURCA dispose d'une force de 1 350 hommes, constituee de contingents gabonais, burkinabe, togolais, senegalais, tchadien, ivoirien, malien, egyptien, francais (affecte a la logistique) et canadien (affecte aux communications).

Parallelement la MINURCA dispose egalement d'un mandat plus politique, etant impliquee dans la preparation des elections. Le Secretaire General de l'ONU, Kofi Annan, a ainsi nomme un Representant special en RCA, Oluyemi Adeniji, charge notamment d'etablir des contacts au niveau national pour promouvoir le processus electoral. Dans le cadre du 'Pacte de reconciliation nationale' signe en mars 1998 par le gouvernement et l'ensemble des forces politiques et sociales, un accent particulier a ete mis sur l'organisation des elections. A ce jour, le President Patasse a nomme par decret le 28 mai dernier Michel Adama-Tamboux a la presidence de la CEMI (Commission electorale mixte et independante). M. Tamboux est considere comme une personnalite independante, n'ayant aucune affiliation politique declaree; il fut le premier president de l'Assemblee nationale apres l'independance en 1960 et representant de la RCA aupres de l'ONU. Cependant certains points tels que la revision des listes electorales, le decoupage electoral et les dates des elections restent a finaliser.

Le Conseil de Securite a accorde a la MINURCA un mandat initial de trois mois (prenant fin mi-juillet), au terme duquel sa reconduction sera examinee a la lumiere des efforts faits par le gouvernement dans la mise en oeuvre des Accords de Bangui, signes en janvier 1997 sous l'egide des six pays africains, et du Pacte de reconciliation nationale. Lors d'une conference de presse tenue en mai, M. Adeniji s'est declare satisfait des efforts actuels du gouvernement. Il a de meme indique que le Conseil de securite pourrait considerer la modification du mandat de la MINURCA, repondant ainsi aux inquietudes soulevees par de nombreux observateurs concernant le probleme de securite dans les provinces, avant et pendant les elections, alors que la MINURCA n'est habilitee a operer qu'a Bangui. Les bailleurs de fonds et representants du corps diplomatique a Bangui sont eux aussi dans l'attente des elections pour reprendre ou poursuivre leurs programmes.

La situation reste precaire en RCA en vue des prochaines elections qui sont dans cette region du monde souvent synonymes de troubles. Cependant le recent deploiement de la MINURCA est le signe positif de l'engagement de la communaute internationale pour le renforcement de la democratie de ce pays d'Afrique Centrale au passe marque par les dictatures et l'instabilite.

CHRONOLOGIE

  • 1960: Independance de la France, David Dacko President
  • 1966: Coup d'Etat du colonel Jean Bedel Bokassa qui devient President a vie en 1972 et Empereur en 1977. Regime dictatorial emaille de tentatives de coup d'Etat et de severes repressions
  • 1979: Coup d'Etat, David Dacko reprend le pouvoir a la suite de l'Operation Barracuda menee par les Francais
  • 1981: David Dacko reelu President, evince la meme annee par le coup d'Etat du general Andre Kolingba
  • 1993: Elections libres, Ange Felix Patasse elu President pour 6 ans
  • 1996: Mutineries en avril, en mai et novembre
  • 1997 (janv): Signature des accords de Bangui, creation de la MISAB et mise en place du CIS (comite international de suivi) preside par le general Amadou Toumani Toure
  • 1998 (avril): Mise en place de la MINURCA.
[FIN]

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