Bulletin humanitaire République centrafricaine Numéro 39 | octobre 2018

FAITS SAILLANTS

  • En 2019, 2,9 millions de personnes dont plus de la moitié sont des enfants, auront besoin d'aide humanitaire et de protection, soit plus de 63% d’une population de 4,6 millions d’habitants. La Centrafrique demeure un des pays au monde où le nombre de personnes dans le besoin est le plus important comparé à sa population totale.

  • Les actes de violence contre les humanitaires persistent. Au cours du mois d’octobre, 22 incidents ont été enregistrés portant à 338 le nombre de cas enregistrés depuis janvier 2018. Les préfectures les plus affectées sont Les préfectures de l’Ouham, de la Ouaka et de la Nana Gribizi ont été les plus touchées par ces incidents.

  • L’Allemagne vient de contribuer à hauteur de 6,4 millions de dollars au Fonds humanitaire pour la RCA. Ce financement permettra au Fonds de répondre aux nouvelles urgences.

CHIFFRES CLEFS

  • Nombre de personnes déplacées 642 842

  • Nombre de réfugiés centrafricains 573 200

  • Population ayant besoin d’une aide humanitaire 2,5 M

  • Population touchée par l’insécurité alimentaire 2 M°

FINANCEMENT

515,6 millions $ requis pour le Plan de réponse humanitaire en 2018

197,7 millions $ ont déjà été mobilisés, soit 39% des fonds

OCHA encourage les partenaires et les bailleurs à rapporter leurs financements à travers le Financial Tracking Service (FTS). Cette action collective permet de suivre dans la transparence le taux de financement du Plan de réponse humanitaire, analyser les gaps et les besoins et prendre les décisions stratégiques appropriées pour l'allocation des fonds.

Trois épidémies déclarées au mois d’octobre 2018

74 cas d’hépatite E enregistrés

L’épidémie d’hépatite E déclarée dans la ville de Bocaranga (Préfecture de l’Ouham Pendé) le 2 octobre a fait un mort. Au 30 octobre, 74 cas de fièvre avec ictère (jaunisse) ont été enregistrés dont 32 cas confirmés et 42 cas suspects d’hépatite virale E. Cette épidémie est la quatrième en Centrafrique depuis 2001 où un foyer avait notamment été découvert dans la commune de Bégoua et dans le 8ème arrondissement de Bangui.

Le risque épidémique est permanant en Centrafrique soit par importation à partir des pays voisins ou par une émergence endogène. Le faible accès à l'eau potable et les mauvaises pratiques d'hygiène constituent les principaux facteurs favorisants des épidémies de maladies à transmission oro-fécale dont l’hépatite E.

Alors que l’hépatite E sévissait à Bocaranga, le 21 octobre, le ministère de la Santé publique et de la population déclarait que trois cas isolés de fièvre jaune avaient été découverts à Bangui, à Mbocki (Haut-Mbomou) et à Bocaranga (Ouham Pendé).

Ces cas ont tous été traités et d’autres contaminations dans les familles n’ont pas été enregistrées. Bien que les cas soient isolés géographiquement et dans le temps, ils démontrent une couverture vaccinale insuffisante contre la fièvre jaune en Centrafrique..

Circonscrire les épidémies

Afin de circonscrire les épidémies, la communauté humanitaire s’est rapidement mobilisée notamment dans les 14 quartiers les plus affectés de Bocaranga ainsi que les villages de Bokagnan, Bomari et Koumbam1 situés dans une ceinture de 20 à 40 km au Nord et à l’Est de la ville. Une action concertée des acteurs humanitaires a permis de désinfecter 134 puits sur 266. Cinq points de désinfection de l’eau par chloration ont été installés tandis que plusieurs forages et des puits ont été réparés et ou aménagés. Les capacités du personnel des centres de santé des villages concernés autour de Bocaranga ainsi qu’à Koui et à Ngaoundaye (à 40 et 70 km respectivement à l’Ouest et au Nord de Bocaranga), ont été renforcées pour permettre la prise en charge des cas d’hépatite E et de fièvre jaune.

A l’hôpital, MSF prévoit de mettre en place une unité de soins intensifs pour la prise en charge des cas sévères d’hépatite et de fièvre jaune. L’OMS a approvisionné l’hôpital en médicaments afin de garantir l’offre gratuite des soins. Des kits d’hygiène ont également été distribués aux malades. Les activités de communication et de sensibilisation se poursuivent par les réseaux communautaires des partenaires et à l’hôpital.

Retour de la variole du singe à Mbaïki

Le 2 octobre, les autorités sanitaires déclaraient également une épidémie de variole du singe dans le village Zoumé kaka (à 12 km au sud-est de Mbaïki), dans la préfecture de la Lobaye. Dans la foulée, une mission de Médecins sans frontières (MSF) s’y est rendue du 12 au 21 afin de mener des interventions et d’évaluer l’étendue de l’épidémie. Cette mission a permis de prendre en charge 9 cas confirmés qui ont été isolés et traités. Ils ont aujourd’hui tous regagné leurs foyers respectifs depuis le 24 octobre.

La circulation du virus de la variole du singe dans la faune du pays couplée aux facteurs de risque liés aux comportements humains favorisent les épidémies de cette maladie.

Ainsi, au premier semestre 2018, deux flambées épidémiques de variole du singe ont été enregistrées à Ippy (mars 2018) et à Rafaï (avril 2018).

Une situation sanitaire défaillante

Les crises récurrentes dont le pays est victime depuis des décennies ont affecté tous les piliers du système de santé entraînant ainsi son effondrement.

A cause de l’insécurité, les populations déplacées vivent dans des conditions précaires et doivent faire face à d’énormes difficultés en termes d’accès aux services essentiels. Les mauvaises conditions d’hygiène, la faible couverture en soins de santé primaire et la promiscuité dans les sites et les familles d’accueil augmentent les risques de propagation des maladies et d’éruption d’épidémies.

Une des conséquences du mauvais fonctionnement du système de santé est la faible couverture vaccinale, menaçant la résurgence des maladies évitables par la vaccination. Au cours des 5 dernières années, le pays n’a pas atteint 50% de couverture vaccinale pour le Penta 3, qui est le principal indicateur de performance du programme élargi de vaccination.

Plusieurs facteurs dont l’irrégularité des séances de vaccination, l’absence d’intégration de la vaccination dans le paquet d’activités de toutes les formations sanitaires, l’insuffisance de réalisation des stratégies avancées et mobiles de vaccination, la faible disponibilité de la chaine du froid et des vaccins dans certaines localités, sont à l’origine de cette situation.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:
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