Bulletin humanitaire République centrafricaine Numéro 35 | mai 2018

Report
from UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
Published on 31 May 2018

FAITS SAILLANTS

  • Les actes de violence et pillages envers des organisations humanitaires sont survenus systématiquement dans les dernières vagues de violence qui ont touchées certaines zones du pays. Au courant du mois de mai dans la seule ville de Bambari, au centre du pays, des locaux de 9 organisations humanitaires ont été pillés ainsi que la Commission nationale des réfugiés (CNR).

  • A Kaga Bandoro, les activités humanitaires sont limitées du fait de la criminalité en hausse. La plupart des activités humanitaires ont été temporairement suspendues sur les axes en raison de l’insécurité.

  • A l’Ouest du pays, l’activisme des groupes armés contraint régulièrement les populations à des déplacements préventifs.

CHIFFRES CLEFS

# de personnes déplacées 669 997
# de réfugiés centrafricains 582 377
Population ayant besoin d’une aide humanitaire 2,5 M
Population touchée par l’insécurité alimentaire 2 M

FINANCEMENT

515,6 millions $ requis pour le Plan de réponse humanitaire en 2018

84,6 millions $ ont déjà été mobilisés, soit 16% des fonds requis OCHA encourage les partenaires et les bailleurs à rapporter leurs financements à travers le Financial Tracking Service (FTS). Cette action collective permet de suivre dans la transparence le taux de financement du Plan de réponse humanitaire, analyser les gaps et les besoins et prendre les décisions stratégiques appropriées pour l'allocation des fonds.

Ippy, une ville sinistrée

10 000 personnes confinées dans un site de déplacés

Près de 10 000 personnes sont confinées dans un site de déplacés à l’Eglise catholique de la ville d’Ippy, dans la préfecture de la Ouaka, à 111 km au Nord Est de Bambari. Les conséquences des affrontements violents entre groupes armés en décembre 2017 empêche toujours un retour à la normal. Les déplacés du site, du fait de la présence rapprochée d’éléments d’un groupe armé ne peuvent se mouvoir librement autour du site. L’intégrité physique de personnes est menacée et la libre circulation des biens et des personnes est entravée. En janvier 2018, les menaces d’éléments armés envers les humanitaires avaient suscité à plusieurs reprises la suspension temporaire de l’assistance. En février 2018, une organisation intervenant dans le domaine de la santé et de la nutrition avait dû cesser ses activités sur le site de déplacés.

A la fin du mois de février, les menaces et la situation sécuritaire étaient telles que toutes les organisations humanitaires avaient suspendu leurs activités à Ippy. Depuis, l’accès à Ippy est resté problématique. La ville reste controlée par les groupes armés et les tensions et agissements des groups ne permettent pas une présence plus systématique ou permanente.

Situation alimentaire catastrophique

Les déplacés de Ippy et ceux qui se sont réfugiés dans la brousse n’ont plus accès aux champs en raison de la présence dissuasive des groupes armés. La prochaine saison agricole est sérieusement hypothéquée étant donné que l’insécurité a empêché les semailles. Sans aucune récolte envisagée, la sécurité alimentaire des déplacés et des communautés hôtes en pâtira très sérieusement. Les prix des denrées de première nécessité ont déjà énormément augmenté.

Le sac de 20 kg de manioc, l’aliment de base, a connu entre février et mai 2018 une hausse de 50%, passant de 500 à 1 000 francs CFA. En mai, la distribution de 63 665 tonnes de vivres à 9 721 bénéficiaires a certainement permis d’alléger la pression sur les maigres ressources des déplacés et des familles hôtes.

Toutefois, les déplacés refugiés dans la brousse restent coupés de toute assistance humanitaire. D’après une mission inter-agences qui s’est rendue dans la zone au début du mois de mai, certaines femmes accèdent parfois à leurs champs en groupes en contournant les positions des groupes armés pour éviter d’être victimes de leurs exactions.

La santé des déplacés en péril

Les personnes déplacées n’ont pas la possibilité d’accéder sans entraves au centre de santé qui ne se trouve pourtant qu’à 800 mètres du site. Leur principale crainte est la base d’un groupe armé devant laquelle ils doivent passer. Au courant du mois d’avril, 8 enfants sont décédés faute de soins appropriés. Les maladies les plus fréquentes sont les infections respiratoires aigües, le paludisme, la diarrhée, la malnutrition aigüe modérée et aigüe sévère. Deux acteurs humanitaires avaient réussi à apporter de février à avril 2018 une assistance en santé et nutrition mais leurs interventions sont arrivées à terme. Leur présence avait permis de réduire la mortalité infantile sur le site de déplacés en mettant en place des programmes de prévention du paludisme. La fin de ces programmes laisse présager une nouvelle dégradation de la situation sanitaire des déplacés. En avril, le nombre des enfants souffrant du paludisme était de 250 contre 140 en mars. Etant donné la situation sanitaire catastrophique du site, les partenaires étudient la possibilité d’un second déploiement. Leurs interventions devraient aussi comprendre une campagne de vaccination multi-antigènes couplée à un dépistage de la malnutrition. Au centre de santé, le recouvrement des coûts qui est appliqué à tous les malades est également un obstacle pour les personnes déplacées qui ont perdu leurs moyens de subsistance.

L’accès à l’eau est également restreint. L’unique point d’eau qui ravitaille le site en eau potable est situé à environ 500 mètres. Se rendre à ce point d’eau comporte des risques pour les personnes déplacées à cause des menaces d’agression des hommes armés qui se trouvent dans les environs. Plusieurs tentatives d’agressions sexuelles ont été signalées. La ville d’Ippy ne compte que trois forages fonctionnels.

Le regain de violence dans la préfecture de la Ouaka ces derniers mois ne présage pas d’un retour rapide au calme. L’activisme des groupes armés dans la ville et les axes environnants enfreignent l’accès et freinent considérablement les activités humanitaires.

L’axe Ippy – Bria par exemple reste, depuis le début de l’année, vidé de presque toute sa population. L’insécurité et le délabrement des établissements scolaires empêchent les enfants de jouir de leur droit fondamental à l’éducation. La crainte des exactions des groupes armés prive des milliers de personnes de soins médicaux ainsi que d’une alimentation variée. Dans cette région, la principale source de revenus est l’agriculture, devenue impraticable à cause de l’insécurité. D’une manière générale, l’économie locale est à genoux car la majorité des structures commerciales et artisanales a été pillée ou détruite.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

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