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Bulletin humanitaire République centrafricaine Numéro 23 | Mai 2017

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Au sommaire

La RCA se dirige-t-elle à nouveau vers une crise humanitaire à grande échelle ? P.1

Des milliers d'enfants encore enrôlés dans les groupes armés P.3

Des ressortissants de M’Brès reconstruisent la ville après la crise P.5

FAITS SAILLANTS

 En mai 2017, on compte 503 600 déplacés internes en République centrafricaine. Par rapport au mois d’avril, une augmentation de 14% a été enregistrée.

 La communauté humanitaire est inquiète de la résurgence des violences. A travers plusieurs communiqués, le Coordonnateur humanitaire, Najat Rochdi, a condamné les violations des droits humains connotation religieuse et ethnique.

 L’ensemble de la communauté humanitaire en Centrafrique est engagé pour mobiliser les fonds qui permettront de sauver des vies. Le financement de l’action humanitaire est en baisse comparé aux années précédentes, alors que le regain de violence dans l’arrière-pays crée de nouveaux besoins urgents.

CHIFFRES CLEFS

# de personnes déplacées 503 600

# de réfugiés centrafricains 484 028

Population ayant besoin d’une aide humanitaire 2,2 M

Population touchée par l’insécurité alimentaire 2 M

FINANCEMENT

399,5 millions $
Fonds requis pour le Plan de réponse humanitaire en 2017

90 millions $ Soit 23% des fonds ont déjà été mobilisés

OCHA encourage les partenaires et les bailleurs à rendre compte de leurs financements à travers le Financial Tracking Service (FTS). Cette action collective permet de suivre le taux de financement du Plan de réponse humanitaire, d’analyser les gaps et les besoins et de prendre les décisions stratégiques appropriées pour l'allocation des fonds.

La RCA se dirige-t-elle à nouveau vers une crise humanitaire à grande échelle ?

Plus de 500 000 déplacés en mai 2017

Tous les indicateurs sont au rouge. Les conséquences humanitaires des affrontements entre les groupes armés ont atteint un niveau supérieur au cours des deux dernières semaines du mois de mai 2017. Pour la première fois depuis août 2014, le nombre des déplacés internes a dépassé la barre des 500 000 personnes. Il est passé de 440 400 personnes en avril à 503 600 en mai, soit une augmentation de 14%. Les raisons de cette augmentation résident dans la multiplication et la résurgence des foyers de tension dans l’Est, l’Ouest et le Centre du pays. La tendance actuelle à l’embrasement préoccupe au plus haut point la communauté humanitaire. Le déferlement de la violence par effet de contagion est un recul par rapport aux avancées enregistrées par la Centrafrique depuis 2015. Il met aussi à rude épreuve les capacités opérationnelles des humanitaires.

Du 13 au 18 mai, la ville de Bangassou dans la préfecture du Mbomou a connu une vague de violences dont les conséquences continuent à se faire ressentir avec 17 337 personnes déplacées pour une population de 35 000 habitants. Du 15 au 18 mai la ville de Bria, a été le théâtre de violents affrontements entre groupes armés. En quatre jours, la ville s’est vidée de sa population, avec 41 409 déplacés sur les 47 500 habitants de la ville. A Bangassou comme à Bria, le nombre de déplacés continuent d’augmenter, car ceux qui s’étaient réfugiés en brousse commencent à regagner les sites à la faveur d’une légère accalmie. En outre, à Alindao, 14 293 personnes ont été déplacées pour des raisons sécuritaires.

Les situations d’Alindao, de Bangassou et de Bria sont certes récentes et emblématiques du niveau de violence qui prévaut actuellement en RCA. Elles ne doivent cependant pas dissimuler les crises de plus longue durée qui nécessitent toujours une grande attention, et qui continuent de provoquer des déplacements massifs de populations.

Dans plusieurs autres régions, des villages entiers se sont vidés après avoir été brûlés ou occupés par des hommes armés. D’autres civils ont choisi la fuite, de crainte que les violences ne se propagent chez eux.

Retour vers un conflit à caractère ethnique et religieux ?

Les affrontements en Centrafrique prennent de plus en plus une connotation religieuse et ethnique. Ce fait nouveau est alarmant, car c’est sur cette base que le pays a sombré en décembre 2013. Il s’en était suivi un déplacement de plus de 900 000 personnes, une multitude de morts et des milliers de personnes qui porteront à jamais les blessures du conflit.

La manipulation religieuse du conflit avait alors gravement abimé le tissu social et instauré des clivages que certaines régions commençaient tout juste à dépasser. Aujourd’hui, ce fragile processus de réconciliation est menacé par la résurgence de violences à caractère religieux.

Dans la semaine du 22 au 28 mai, six femmes et plusieurs enfants ont été sauvagement assassinés par des hommes armés, en raison de leur appartenance religieuse, à Bria et à Bangassou. Dans les localités d’Alindao, Bangassou, Mobaye, Zémio, Zangba et à Bria particulièrement, le communautarisme gagne à nouveau du terrain. Les séries d’agressions et de représailles entre les groupes armés en prenant l’appartenance religieuse comme alibi forcent la population civile à s’enfuir en nombre.

Protection des civils et accès humanitaire réduits

Les attaques des groupes armés poussent la population à chercher refuge vers des lieux de plus en plus isolés où elle échappe totalement aux mécanismes de protection et n’ont accès à aucune assistance humanitaire. De même, les acteurs n’ont plus les moyens de les atteindre. Selon les principes directeurs d’OCHA, l’accès humanitaire est «la capacité des acteurs humanitaires à atteindre les populations touchées par une crise, et celle de la population touchée à avoir accès à l’aide et aux services humanitaires. L’accès est donc un préalable indispensable à toute action humanitaire efficace. Un plein accès sans obstacle est essentiel à la mise en place d’une opération, à l’acheminement des biens et du personnel là où ils sont nécessaires, à la distribution des biens humanitaires, à la fourniture de services de santé et au déroulement d’autres activités. Un plein accès permet également aux populations touchées de bénéficier pleinement de l’aide et des services mis à leur disposition ».

A Zangba (à 60 Km de Mobaye, Préfecture de la Basse Kotto) par exemple, la violence a poussé la majorité de la population, soit 4 800 personnes, à se réfugier sur deux îlots distants de 2 km sur le Fleuve Oubangui. Aucun acteur humanitaire n’est présent à Mobaye ; le seul partenaire a dû prendre la fuite en même temps que les autres civils sur les bancs de sable de l’Oubangui. Plus de 2 200 personnes ont quant à elles traversé la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC).

Les limites de la réponse humanitaire

Dans les jours qui ont suivi les crises à Bria, Bangassou et Alindao, la communauté humanitaire a mis en œuvre tous les mécanismes de réponse, pour s’assurer qu’une assistance d’urgence soit délivrée à ceux qui étaient le plus dans le désarroi. A Bangassou, dès que la situation sécuritaire l’a permis, des cliniques mobiles ont parcouru les sites de déplacés afin de fournir des soins de première urgence. Plus de 14 tonnes de vivres d’urgence ont été acheminées par avion vers Bangassou et distribuées immédiatement.

De même, 1 500 enfants et adultes très fragilisés ont bénéficié d’une distribution d’aliments vitaminés. A Bria et à Alindao, les partenaires humanitaires se sont également mobilisés avec la même ardeur pour apporter les premiers éléments de la réponse.

Toutefois, ils ont vite été submergés par l’ampleur des déplacements et des besoins. L’aide alimentaire et les abris ont dû être acheminés depuis Bambari vers Bria, mais l’insécurité et le mauvais état des routes ont retardé l’arrivée de l’aide. De ce fait, presque deux semaines après l’attaque de Bria, la majorité des déplacés dorment encore à la belle étoile et attendent une assistance alimentaire.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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