Cameroon

Rapport d’evaluation des vulnerabilites et capacites : Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga, Diamare Extreme Nord du Cameroun, Octobre-Novembre 2019

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Evaluation and Lessons Learned
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4- Résumé exécutif

Dans le cadre d’un projet mis en œuvre depuis 2017 par la Croix-Rouge Camerounaise (CRC) dans les départements du Diamaré, Mayo-Sava (MS), et Mayo-Tsanaga (MT) à l’Extrême Nord du Cameroun, et grâce aux soutiens technique et financier de la Fédération Internationale des Sociétés Nationales de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR) et de la Croix-Rouge Suédoise (CRS), une Evaluation des Vulnérabilités et des Capacités (EVC) a eu lieu entre Octobre et Novembre 2019.

La méthodologie de l’EVC repose sur une approche participative propre au Mouvement Croix-Rouge consistant à conduire une évaluation en collaboration avec les communautés cibles. Dans le cadre de cet exercice visant à mieux connaitre et comprendre les communautés des zones d’intervention du projet dit « IDPs » de la CRC, 12 communautés correspondant à 12 sous-zones des départements d’intervention du projet ont été ciblées.

L’objectif était de mettre en évidence les vulnérabilités et les capacités des populations hôtes et déplacées internes des zones cibles en vue de redéfinir le projet d’assistance mis en œuvre pour accompagner les populations dans l’amélioration de leurs conditions de vie et résilience.

Après un long processus pour effectuer cette évaluation selon cette approche nouvelle pour la CRC, de nombreuses difficultés rencontrées au cours du processus et les délais pour l’analyse des données, les résultats dégagés ont permis de donner de nombreuses indications sur les besoins, préférences, et profiles des communautés.

A travers les trois départements, plus de 450 ménages (179 Diamaré, 137 Mayo-Sava, 134 Mayo-Tsanaga) ont pris part à l’enquête de ménages sur laquelle se base la majorité de l’analyse et des recommandations de cette évaluation. L’échantillon n’a pas atteint le quota requis préalablement identifié et n’est donc pas toujours significatif. Les outils qualitatifs utilisés tels que le calendrier saisonnier, la cartographie, les focus groupes discussions, les entretiens semi-dirigés avec informateurs clefs, l’observation directe etc sont venus dans la majorité des cas corroborer les résultats de l’enquête des ménages. Cependant, compte tenu du fait que l’enquête a été conduite simultanément et de manière identique dans les trois départements présentant des différences fondamentales provenant notamment du fait que les zones enquêtées de Maroua 3, Diamaré sont des zones urbaines tandis que les zones des deux autres départements sont majoritairement des camps informels de déplacés et zones semi-rurales ou rurales, la cohérence et pertinence de l’analyse peut parfois être limitée.

A Maroua 3, dans le Diamaré, les populations déplacées comme hôtes vivent dans des logements durables et ont globalement accès à de meilleures infrastructures (latrines, routes etc) et les populations exercent principalement une activité de petit commerce. Au contraire, au Mayo-Sava et a fortiori dans les zones sélectionnées du Mayo-Tsanaga, les populations vivent à majorité dans des habitations traditionnelles ou tentes provisoires (notamment les populations déplacées), et n’ont pas toujours accès à des latrines, avec une proportion significative qui pratiquent la défécation a l’air libre. L’activité principale des populations est l’agriculture, et de nombreuses femmes surtout n’ont aucune activité économique. Dans quelques-unes des localités notamment au Mayo-Tsanaga, l’accès à des infrastructures de lavage de mains n’est pas aisé et chose courante, cependant surtout dans les camps de déplacés, la connaissance sur la nécessité de traiter l’eau est répandue. La diarrhée, tout comme le paludisme, demeure une maladie commune, surtout chez les ménages ne pratiquant pas le traitement de l’eau. Les services de santé, sont généralement difficile d’accès, surtout à Maroua 3, et la présence d’un médecin dans les structures sanitaires reste rare. Cependant à part en zone urbaine, une grande majorité des femmes effectuent des consultations prénatales avec au moins un agent de santé communautaire.

Parmi les populations déplacées, les quatre difficultés majeures rencontrées suite au déplacement sont de trouver à manger, trouver un logement, mettre les enfants à l’école et les conséquences du traumatisme lié au déplacement. Pour les communautes hôtes, l’impact de l’arrivée des déplacés s’est principalement fait ressentir par le partage des ressources et de la nourriture et par l’accueil de déplacés dans leurs maisons. Environ un tiers a également perçu un impact positif sur leurs ressources financières.

Le besoin prioritaire clair exprimé par 83% des personnes consultées (N=361/450) est l’assistance alimentaire, suivi par la santé (79%) et les abris (64%). Les besoins en nourriture et en abris se fait d’autant plus ressentir parmi les populations déplacées, tandis que la santé est davantage une priorité pour les populations de Maroua 3. Un résumé des besoins prioritaires de chaque communauté, groupe et localité se trouve plus bas dans le rapport en section 8.2.

Sur la base des résultats de l’évaluation, plusieurs recommandations clefs se dégagent quant aux orientations à suivre pour l’avenir du projet. Il convient tout d’abord de reconsidérer l’approche même du projet afin de prendre une décision sur l’objectif de celui-ci : s’il est de soutenir les populations déplacées et les communautés hôtes, il faudrait adopter une approche plus flexible basée sur le suivi et les évolutions des flux de déplacements internes. Le contexte évolue rapidement et de nouveaux déplacés fuient chaque semaines les violences frontalières en établissant leurs nouveaux lieux de vie dans des localités changeantes. De plus, il convient de différencier le type de réponse et d’activités en fonction des localités en question : une zone urbaine et une zone rurale ou semi-rurale ne présentent pas les mêmes conditions de vie et donc n’impliquent pas les mêmes besoins. La CRC, en tant qu’organisation humanitaire au mandat basé sur la réponse aux urgences se doit d’ajuster sa programmation pour mieux coller à ses prérogatives et prioriser les activités qu’elle met en place. Dans les contextes étudiés par cette évaluation, les secteurs de l’assistance alimentaire, la santé et les abris sont les besoins prioritaires des populations cibles et ceux-ci se doivent d’être ceux choisis par le projet, en fonction des ressources et capacités. Enfin, la considération des thèmes transversaux notamment, la prise en compte des besoins spécifiques, du genre, de la diversité, de la protection et même de la santé mentale et soutiens psychosociaux des communautés doivent être reflétés dans les actions mises en œuvre. Une approche uniforme ciblant l’ensemble des communautés compte tenu de leur diversité n’est pas adaptée. De plus, la systématisation et documentation des engagements avec les communautes permettra de mieux définir, réajuster et optimiser les interventions de la CRC dans les zones cibles tout en améliorant la connaissance des populations que l’on cherche à assister et développant une confiance mutuelle.