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Cameroun : Extrême-Nord Situation Report No. 01 Mai - Juin 2020

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Ce rapport a été produit par OCHA en collaboration avec les partenaires humanitaires. Il a été publié par le Sous-bureau OCHA de Maroua et couvre la période du 01 mai au 30 juin 2020.

FAITS SAILLANTS

• Accueil difficile de plus de 4,000 personnes déplacées dans le centre de Kolofata, suite au démantèlement du site de Gréa.
• Sécurité : 23 attaques de groupes armés contre les civils, dont 14 dans le Mayo Sava avec 13 morts, 16 blessés et au moins 16 personnes enlevées dont huit enfants
• Le début de la saison des pluies rend les pistes souvent impraticables dans le Logone et Chari.
• Les programmes santé et de lutte contre les épidémies continuent malgré l’impact de l’épidémie de COVID-19.
• Reprise des forums de coordination par localités (CCCM) à Zamai (Mayo Tsanaga), Kolofata et Mora (Mayo Sava).
• Statut COVID-19 au 30 juin dans la région : 100 cas pour six décès. Appui croissant des ONG et du Système des Nations Unies.
• Mission interagence d’évaluation rapide des besoins le 18 juin auprès des nouvelles personnes déplacées à Kolofata et Gance (Mayo Sava).
• Désinfection de 707 écoles primaires pour la reprise des cours le 1er juin 2020.

CONTEXTE HUMANITAIRE

Le contexte humanitaire continue à se détériorer progressivement dans la région, notamment dans les trois départements frontaliers du Nigeria, théâtre des agressions continues des groupes armés contre les communautés. Plus de 22 attaques de groupes armés contre les civils ont été enregistrées au mois de juin 2020 ; la majorité de ces attaques, transfrontalières ou pas, sont lancées contre les villages isolés et dépourvus de système de défense avec pour double objectif d’assurer le ravitaillement des éléments des groupes armés et de provoquer la fuite des communautés et libérer ainsi des corridors permettant la mobilité, surtout nocturne, des éléments de Boko Haram. Au moins de juin seulement, 16 civils ont été tués, 16 autres sévèrement blessés ou mutilés et au moins treize personnes ont été enlevées dont huit mineurs. Après deux mois de calme relatif grâce au déploiement de forces militaires supplémentaires au mois de mars, les attaques ont repris dans le département du Mayo Tsanaga où des unités de Boko Haram sont toujours terrées dans les montagnes Mandara des arrondissements de Mokolo et Mayo Moskota.

Ces attaques provoquent systématiquement des mouvements de populations, d’échelles variables cependant. Même s’ils font suite à des attaques répétées dans leurs villages dans les jours précédents, la majorité des déplacements sont préventifs, permettant ainsi aux personnes déplacées internes (PDIs) d’emmener un minimum de biens, et parfois de stock alimentaire avec eux. Ces déplacements sont caractérisés par leurs distances courtes, plus de 80% des PDIs trouvant refuge dans une localité sise dans leur arrondissement d’origine. Les PDIs s’installent soit sur des sites spontanés sous des abris de paille précaires, soit dans une parcelle familiale au sein de la communauté hôte, mais toujours à proximité d’une base militaire des Forces Camerounaises (exemples à Kourgui- Mora, Gance – Kolofata ou Mozogo-Mayo Tsanaga). Une partie significative de ces déplacements concernent des familles qui étaient retournées dans leur village d’origine en 2018 ou 2019 après avoir fui initialement lors des premières offensives de Boko Haram en 2015. C’est particulièrement le cas dans l’arrondissement de Kolofata.

Le démantèlement du site principal de PDIs à Kolofata au début du mois de mai 2020 a provoqué un afflux supplémentaire de population au sein même de la ville. Selon les conclusions de la mission interagence, conduite conjointement par des ONGs et les agences des Nations Unies le 18 juin 2020, plus de 4,000 PDIs ont rejoint les multiples sites spontanés au cœur de la ville alors que 1,500 se sont déplacées plus à l’ouest dans les localités de Gance, Kourgui et Mora. La ville de Kolofata est congestionnée par cet afflux ; les PDIs y représentent désormais plus de 65% de la population totale. Les services sociaux de base, l’accès à l’eau potable et à l’alimentation subissent donc une énorme pression avec ce nouvel afflux. Le démantèlement du site de « Gréa » s’est exécuté de manière volontaire, les PDIs se sentant de plus en plus menacées par les infiltrations d’éléments de Boko Haram, et se retrouvant souvent soupçonnées en retour de complicité par les Forces Armées. Ces dernières se sont félicitées du démantèlement du site qui, en l’absence de tranchées de sécurité, empêchait de réaliser la « sanctuarisation »1 totale de la ville de Kolofata. Les organisations humanitaires de leur côté évaluent les possibilités de transfert des activités alors en cours sur le site ; vers les quartiers de Kolofata où sont désormais concentrés les PDIs.

Dans le Logone et Chari, les arrondissements de Fotokol, Makary, Hile Alifa et Darack sont toujours l’objet d’infiltrations sporadiques des groupes armés. L’accès des organisations humanitaires dans ces arrondissements est rendu très difficile en raison de la dégradation des pistes liée au début de la saison pluvieuse. Comme dans l’ensemble du département, les membres des organisations humanitaires basés à Kousseri sont de plus en plus isolés en raison de la fermeture de la frontière avec le Tchad d’une part et de la dégradation rapide de la seule voie terrestre d’accès sûre vers Maroua.

Le nombre de réfugiés nigérians accueillis au camp de Minawao dans le département du Mayo Tsanaga continue d’augmenter régulièrement. Au 30 juin, le HCR enregistre 66,000 réfugiés vivant dans le camp. Les réfugiés bénéficient de nombreux programmes d’assistance et de développement de moyens de subsistance mis en place et maintenus par le HCR malgré une baisse significative des ressources disponibles.

A la fin du mois de juin, la Délégation Régionale de la Santé Publique (DRSP) déclarait 110 cas positifs à la COVID-19 dont six décès. La décentralisation de la capacité de test rapide dans chaque district de santé à partir du 22 juin va permettre de mieux connaitre le niveau de propagation du virus dans les zones rurales. L’épidémie de rougeole est toujours présente dans l’Extrême Nord. Depuis le début de 2020, 743 cas et quatre décès ont été rapportés dans 12 districts de santé – sur 31 au total.

Après la suspension des cours instruite par le Gouvernement en avril 2020 dans le cadre de la riposte à la pandémie de la COVID-19, la majorité (90%) des écoles de la région ont rouvert leurs portes le 1er juin. Seuls les classes d’examens ont repris au primaire, où 87% des élèves ont effectivement rejoint leur classe. Grâce à l’appui des organisations internationales, des protocoles d’hygiène adaptés ont été mis en place pour limiter le risque de propagation du virus. Ces appuis restent néanmoins insuffisants et répartis de manière inégale dans l’ensemble des départements.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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