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Projet conjoint PNUD-OIM : Participation des jeunes à la gestion durable des ressources forestières pour le renforcement de la cohésion sociale dans la région ouest de la Côte d’Ivoire

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Introduction

La Côte d'Ivoire est un pays qui se caractérise par la richesse de ses matières premières, elle est notamment au niveau mondial le 1er producteur de cacao, 3ème de café, 7ème d’hévéa et 9ème de palmier. Ces ressources constituent l’essentiel de ses recettes d’exportation et la principale source de revenu des paysans. La compétition pour les terres forestières fertiles et favorables à la croissance de ces cultures de rente, notamment dans le domaine rural, a engendré une forte pression foncière ayant occasionné de nombreux conflits particulièrement dans l’Ouest du pays où se trouvent la majorité des grandes forêts de Côte d’Ivoire.

Cette forte pression sur les terres forestières du domaine rural a poussé nombre de jeunes à occuper illégalement les forêts classées du domaine privé de l’Etat. Cette tendance s’est exacerbée à la faveur de la crise militaro-politique que le pays a connue entre 2002 et 2011. Ainsi, les installations illégales dans les forêts classées de la Haute-Dodo, de Séguéla et de Scio (dans les localités de Drobo, de Séguéla et de Bloléquin) sont le plus souvent le fait de jeunes ménages venus de la région du centre de la Côte d’Ivoire (allogènes) ou du Burkina Faso et du Mali (allochtones). Ces jeunes ménages viennent s’installer dans les forêts classées pour les cultures de rente comme le cacao bénéficiant notamment de la coopération de certains membres des communautés riveraines (tuteurs). Cette situation entraîne des conflits liés à l’accès à la terre et à la disponibilité des services de base, entre les populations allogènes et allochtones occupant les forêts classées et les populations autochtones des localités de Drobo, Séguéla et Bloléquin, impactant ainsi la cohésion sociale.

Ces tensions sont aggravées par une dynamique sociale complexe à l’intérieur des communautés riveraines. Les jeunes, qui constituent une frange importante de cette population (60% dont plus de 50% de filles), constituent la force de travail pour les activités socioéconomiques. Cependant, au sein des communautés autochtones, ce sont les aînés (du fait de leur position de responsables du groupe) qui ont le pouvoir de distribuer aux jeunes le contenu et l’étendue de leur droit d’accès au patrimoine foncier. Ainsi, les jeunes du groupe se voient parfois octroyer des parcelles limitées à la production de cultures non pérennes tandis que leurs aînés se réservent les droits de cultures pérennes à forte valeur monétaire.

De plus, certains membres de la communauté favorisent les infiltrations de populations allogènes et allochtones moyennant des ressources financières. Ces personnes sont considérées comme les « Tuteurs » des infiltrés au sein des communautés riveraines des forêts classées et n’auraient pas intérêt à ce que les occupations illégales des forêts s’arrêtent. Cependant, les personnes occupant illégalement les forêts classées se sont progressivement affranchies de leurs « Tuteurs », créant des tensions sociales.

En ce qui concerne l’organisation autour des cultures locales, il existe des associations de producteurs au sein des communautés riveraines des forêts classées mais pas au niveau des exploitants ayant infiltré lesdites forêts.

Les filles et les femmes sont beaucoup plus impliquées dans la petite production agricole et encore davantage dans les activités post-récoltes (transformation et commercialisation). Dans ces régions de l’Ouest du pays, l’accès des femmes à la terre est traditionnellement limité. C’est par l’intermédiaire des hommes de leur famille (père, mari, frères ou oncles) qu’elles y ont accès. Les droits qui leurs sont accordés sur ces parcelles, souvent négligées par les hommes car peu productives, sont précaires et révocables. De plus, les filles et femmes, tant des communautés riveraines que celles vivant illégalement dans les forêts classées, sont impactées par les conflits fonciers autour des cultures de rente (traditionnellement gérées par les hommes) avec la perte de leurs activités de production vivrières, de petite transformation et de commerce sur les marchés locaux.

Dans ces communautés, qu’il s’agisse des jeunes (garçons et filles) ou des femmes, les opportunités de génération de revenus en dehors de la production agricole et les possibilités d’accès à la terre en dehors du patrimoine familial sont faiblement développées. Soucieux de la préservation de leurs moyens de subsistance, ces jeunes, principalement les garçons, sont par conséquent impliqués dans les conflits intercommunautaires et les affrontements. Après observation, il semblerait que les filles et femmes sont plus rarement impliquées dans les questions de prévention et de résolution des conflits.

Pour apporter une réponse vigoureuse à la problématique des infiltrations dans ces forêts classées et pour protéger les forêts et garantir une meilleure protection de l’environnement, le Gouvernement, à travers la Société de Développement des Forêts (SODEFOR) en charge de la gestion des forêts classées, a mis en place en 2016, un plan de sécurisation de ces forêts dans le pays. Il vise à la délocalisation des populations infiltrées, plus précisément à faire sortir les exploitants agricoles infiltrés, détruire les plantations agricoles, campements et abris précaires à l’intérieur des forêts classées.

Cependant, force est de constater que ces délocalisations entrainent des tensions et des déplacements de populations dans les localités environnantes des forêts classées, en absence d’un plan de préparation pour la relocalisation des populations délocalisées. Les communautés délocalisées viennent exacerber la pression sur les moyens de subsistance et les infrastructures socio-économiques de base des communautés d’accueil. Tout cela est de nature à accroître les tensions entre les jeunes des communautés délocalisées et autochtones. Ce fut le cas lors de la délocalisation, le 30 juillet 2016, de plus de 52 000 occupants de la forêt du Mont Péko, qui a créé des tensions dans les localités d’accueil et a nécessité l’assistance du Système des Nations Unies pour faire face aux besoins humanitaires.

Ce processus de délocalisation se poursuit et concerne les populations occupant illégalement la Forêt classée de la Haute Dodo (115.866 habitants dont 70% de jeunes et plus de 60% de femmes et de jeunes filles), la Forêt classée de Séguéla (27.042 habitants dont 25% de femmes), la Forêt classée du Scio (26.000 habitants dont 30% de femmes) suivant les informations et chiffres donnés par la SODEFOR.

Il importe donc d’anticiper, en collaboration avec la SODEFOR, les mouvements de populations et les éventuels conflits communautaires occasionnés par les futurs déplacements prévus par le Gouvernement, tout en prenant en compte les questions de préservation de la forêt, des droits humains, du genre, et de Violence Basée sur le Genre (VBG). Le manque de dialogue et de concertation entre les communautés concernées pèse sur la dynamique de cohésion sociale et de réconciliation nationale.

Par ailleurs, dans l’optique de renforcer la gestion durable des forêts classées, la SODEFOR a mis en place des comités paysans-forêts dans les localités où se trouvent des forêts classées. Ces comités ont certes permis d’impliquer davantage les populations riveraines dans la gestion des forêts classées mais ils n’ont pas véritablement instauré un dialogue inclusif et continu entre acteurs notamment les jeunes (filles et garçons) au cœur des conflits liés à l’accès aux terres forestières.

Le projet conjoint OIM-PNUD, financé par le Peace Building Fund (PBF) des Nations Unies, intitulé « Participation des jeunes à la gestion durable des ressources forestières pour le renforcement de la cohésion sociale dans la région Ouest de la Côte d’Ivoire » vise au renforcement de la cohésion sociale entre les occupants ou ex-occupants des Forêts classées de la Haute Dodo, du Scio, de Séguéla et les populations riveraines. Il devra contribuer à répondre aux causes structurelles des tensions entre les jeunes des communautés concernées, à travers deux axes d’intervention :

1) Renforcement de la cohabitation pacifique entre les jeunes (filles et garçons) des communautés riveraines et ceux des communautés allogènes et allochtones délocalisées des forêts classées ;

2) Renforcement de la gestion participative et inclusive des forêts classées comme levier pour la prévention des litiges/conflits liés à l’accès à ces forêts.

Pour une compréhension actualisée de la situation et mise en œuvre plus efficace des activités futures, un diagnostic initial des sept localités identifiées par les partenaires étatiques (au niveau centralisé et décentralisé) s’est avéré nécessaire.