L’étude de faisabilité de l’enrichissement du riz en Côte d’Ivoire

Report
from Government of Côte d'Ivoire, World Food Programme
Published on 14 Nov 2019 View Original

1. Analyse de la situation nutritionnelle

a. Problématique nutritionnelle au niveau mondial

La malnutrition demeure un défi majeur pour de nombreux pays. Si pendant plus de trois décennies le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde diminuait, depuis trois années consécutives ce chiffre est en hausse.

L’Afrique est le continent le plus touché. Malgré des améliorations considérables au cours des deux dernières décennies, le retard de croissance et les carences en micronutriments demeurent élevés. La carence en micronutriments affecte environ 1,5 milliard de personnes (plus de 30 pourcent de la population mondiale), en particulier la carence en vitamine A, en iode, en fer et en zinc, entre autres, avec de graves conséquences de santé publique tant sur le plan social qu’économique. La malnutrition sous toutes ses formes peut occasionner des pertes jusqu’à 16.5 pourcent du produit intérieur brut (PIB) en Afrique dû à l’augmentation de la mortalité, l’absentéisme, les coûts associés aux maladies chroniques et les pertes de productivité [2]. De même, le retour à l’investissement est énorme, car chaque dollar adéquatement dépensé dans les programmes de nutrition génère en moyenne 16 dollars en termes de bien-être et gain économique.

La malnutrition par carence en micronutriments est largement répandue dans les pays industrialisés, mais plus encore dans les régions en développement. Elle touche tous les groupes d’âge, mais ce sont les jeunes enfants et les femmes en âge de procréer, les femmes enceintes et allaitantes qui sont les plus exposés.

Du point de vue de la santé publique, la malnutrition par carence en micronutriments est préoccupante non seulement du fait du très grand nombre de personnes touchées, mais aussi parce qu’en tant que facteur de risque pour de nombreuses maladies, elle peut contribuer à élever les taux de morbidité et même de mortalité. Il a été calculé que les carences en micronutriments interviennent dans environ 7,3 pourcent de la charge de morbidité mondiale, les carences en fer et en vitamine A figurant parmi les 15 causes majeures de la charge de morbidité mondiale.

b. Situation nutritionnelle en Côte d’Ivoire

Dans l’ensemble, 21.6 pourcent des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique, parmi eux 12 pourcent sous la forme sévère et 18 pourcent sous la forme modérée.

Selon l’Enquête Démographique de Santé (2012) trois enfants de 6-59 mois sur quatre (75 pourcent) sont anémiques : 25 pourcent sous la forme légère, 46 pourcent sous la forme modérée et 3 pourcent sous la forme grave.

Parmi les femmes de 15-49 ans, 54 pourcent sont anémiques : 39 pourcent sous la forme légère, 14 pourcent sous la forme modérée et moins d’1 pourcent sous la forme grave.

Concernant les hommes, on constate que c’est parmi les tranches d’âges les plus jeunes (15-19 ans et 40-49 ans) et les plus âgés (50-59 ans) que la prévalence est la plus élevée. En effet, 43 pourcent des 15-19 ans et 34 pourcent des 40-49 ainsi que 37 pourcent des 50-59 ans sont anémiques (Tableau 1).

c. Engagement du Gouvernement ivoirien pour la lutte contre la malnutrition

À la lumière des données de malnutrition, le Gouvernement ivoirien continue de faire de la lutte contre la malnutrition une priorité nationale. À cet effet, la Côte d’Ivoire a adhéré au mouvement mondial Scaling Up Nutrition (SUN) en juin 2013 et créé son Conseil National pour la Nutrition (CNN) par décret n° 2014-433 du 16 juillet 2014 présidé par le Premier Ministre.

Le CNN est doté d’un Secrétariat Technique Permanent (STP) et de plusieurs comités :

Le Comité Décisionnel composé de plusieurs ministres1 et présidé par le premier ministre, valide les orientations politiques financières et stratégiques ;

Le Comité Technique ou plateforme multisectorielle composé des représentants de ces ministères et présidé par le point focal SUN, intègre une représentation de tous les réseaux y compris le parlement et les collectivités locales ;

Les comités régionaux, présidés par les préfets de région, sont chargés du suivi de l’opérationnalisation de la politique.

La Côte d’Ivoire a également développé sa politique nationale de nutrition, dans laquelle elle ambitionne de « garantir à l’ensemble de la population un statut nutritionnel optimal en vue d’améliorer son bien-être et soutenir durablement une croissance inclusive et le développement du pays ». Les engagements de cette politique sont déclinés dans le Plan National Multisectoriel de Nutrition 2016-2020 (PNMN) qui s’inscrit dans le cadre du Plan National de Développement 2016-2020 comme un des secteurs clés du développement humain.

Le PNMN propose un ensemble d’interventions et d’activités avec des objectifs stratégiques couvrant plusieurs secteurs. L’un des objectifs du plan est de réduire de 25 pourcent la prévalence de l’anémie pour passer de 75 pourcent à 57 pourcent chez l’enfant et de 54 pourcent à 40.5 pourcent chez la femme [6] .Il se veut le référentiel de l’action gouvernementale en matière de nutrition afin de réduire considérablement les problèmes de malnutrition d’ici à l’horizon 2020. Les interventions proposées par ce plan s’alignent sur les recommandations de la deuxième Conférence Internationale sur la Nutrition (CIN-2) de 2014 dont la Côte d’Ivoire est signataire de la déclaration finale.

Ce fort engagement politique se traduit par une réduction de la prévalence du retard de croissance de 29.8 pourcent à 21.6 pourcent et celle de la MAG de 7.5 pourcent à 6 pourcent entre 2012 et 2016.

d. Enrichissement des aliments : une solution

Depuis plusieurs décennies la Côte d’Ivoire œuvre pour réduire la malnutrition par carence sur son territoire. En effet, la Côte d’Ivoire a été un des pays pionniers de l’enrichissement en Afrique de l’Ouest avec l’enrichissement de la farine de blé, de l’huile et du sel.

D’ailleurs, les programmes d’enrichissement sont intégrés aux politiques nationales qui visent à renforcer les stratégies d’enrichissement en micronutriment ; comme c’est le cas notamment dans l’extrant 1.2.3 du plan national multisectoriel de nutrition 2016-2020 : « Les groupes cibles consomment des aliments enrichis et bio enrichis ».

En Côte d’Ivoire les carences en fer, vitamine A et en iode sont très répandues. Le pays a entamé le processus d’enrichissement obligatoire de certains aliments depuis 1994 avec l’iodation du sel. Puis l’enrichissement de la farine de blé panifiable en fer et acide folique, l’huile en vitamine A et enfin les aliments de compléments en 11 vitamines et 9 minéraux (Figure 1). L’enrichissement de ces aliments ciblait la population dans son ensemble, incluant les nourrissons.

Cette initiative devait permettre à :

• 90 pourcent des ménages de consommer du sel iodé ;

• 80 pourcent des ménages ivoiriens de consommer de l’huile végétale raffinée enrichie en vitamine A et de la farine de blé tendre enrichie en fer et acide folique ;

• 90 pourcent des enfants de 6-24mois de consommer des aliments de compléments enrichis en 11 vitamines et neuf minéraux.

Le projet ivoirien de promotion des aliments fortifiés (PIPAF) a démarré avec une étude d’acceptabilité, puis une étude de référence qui a duré deux ans, ensuite la création d’une plateforme pour le partenariat public privé et enfin l’élaboration d’un cadre réglementaire et normatif. Tout ceci s’est suivi d’un renforcement des capacités pour la production : les équipements, le prémix et le renforcement de capacité des laboratoires et autres acteurs de contrôle de qualité interne et externe. Puis le plan de suivi et évaluation avec une évaluation à mi-parcours en 2010 et enfin le plan de communication de marketing social avec la conception du logo type et du lancement officiel du projet à travers une caravane qui a sillonné toute la Côte d’Ivoire (Figure 2).

Toutefois, il est important de noter que l’enrichissement des aliments renforce et appuie les programmes d’amélioration nutritionnelle et doit être envisagé comme stratégie à part entière d’une approche intégrée de plus grande ampleur et en complément d’autres approches de santé publique, telles que : la promotion de la diversité alimentaire ou encore la supplémentation.