Côte d'Ivoire

Situation en Côte d'Ivoire 28 Jan 2003

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Déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay
(Paris, le 28 janvier 2003) - La Côte d'Ivoire sera évoquée par le Conseil de Sécurité, ce jour.

Je vous rappelle que la conférence des chefs d'Etats du 25 et 26 janvier a affirmé l'importance du soutien des Etats membres de la CEDEAO et des Nations unies au rétablissement de la paix et de la sécurité en Cote d'Ivoire. Nous souhaitons aussi que le Secrétaire Général des Nations unies puisse recommander au Conseil de Sécurité l'approbation des conclusions de la conférence. Nous espérons que le Conseil approuve les conclusions de la conférence. Nous souhaiterions que le Conseil de Sécurité affirme, conformément à la Charte des Nations unies, le droit des forces de la CEDEAO, et des forces qui soutiennent celle-ci, de prendre les mesures nécessaires, pour assurer la sécurité et la liberté de circulation de leurs personnels et pour assurer, sans préjudice des responsabilités du gouvernement de réconciliation nationale, la protection des civils immédiatement menacés de violences physiques à l'intérieur de leurs zones d'opération et en fonction de leurs moyens.

Nous souhaitons aussi que le Secrétaire Général des Nations unies soumette au Conseil de Sécurité des propositions et que le Conseil de Sécurité discute des propositions visant au renforcement de la présence du système des Nations unies, notamment en matière de sécurité dans le domaine humanitaire et dans le domaine des Droits de l'Homme.

Nous sommes maintenant face à une situation o=F9 un processus est lancé. Ce processus doit suivre son cours. C'est un processus qui a été lancé par les forces politiques ivoiriennes elles-mêmes, qui a été accepté par le président Gbagbo, approuvé par le président Gbagbo, comme par l'ensemble des Chefs d'Etats présents à Paris cette fin de semaine. Ce qui est en jeu, ce qui est poursuivi ici, c'est l'objectif de réconciliation nationale. Il appartient à tous les Ivoiriens de le mettre maintenant en oeuvre.

Sur le plan de la sécurité de la colonie française, je voudrais simplement rappeler que les moyens dont nous disposons sur place à Abidjan et à Paris sont mobilisés.

Au ministère des Affaires étrangères, une cellule d'information du public (01.45.50.34.60) a été ouverte dès dimanche matin. Elle est en contact permanent avec notre ambassade et notre consulat général. Elle suit en continu l'évolution de la situation sur le terrain. Elle reçoit les appels du public, de France, parfois de la Côte d'Ivoire. Nous y répondons en diffusant les consignes de sécurité préconisées par le poste et en traitant les cas particuliers qui sont signalés.

Sur place, une cellule consulaire a été ouverte. Elle peut être jointe au numéro suivant : (225) 20.20.04.04.

Le réseau de sécurité de l'ambassade est mobilisé,chefs d'îlot, liaisons radio et téléphone, transmission de messages par bande FM.

En concertation étroite avec notre poste et les forces françaises présentes en Côte d'Ivoire, et en fonction de l'évolution de la situation à Abidjan, nous élaborons des mesures destinées à renforcer la sécurité de nos ressortissants dans la capitale et nous travaillons.

Est-ce que l'accord de Paris a besoin d'être ratifié oui ou non ? Parce que le président Gbagbo aujourd'hui a considéré que ce ne sont que des propositions ? Avez-vous un commentaire ?

Ce qui est nécessaire, c'est d'expliquer cet accord, comme l'a dit le ministre. Il faut l'expliquer et il faut comprendre, dans l'état des passions en Côte d'Ivoire, que l'explication de cet accord demande un peu de temps. Il y a eu des accords signés par l'ensemble de ces forces politiques ivoiriennes qui se sont engagées, et qui s'engagent, et l'accord a été accepté par le président Gbagbo, garanti par la Communauté internationale. C'est un accord qui fait l'unanimité.

Quelle est la réaction actuellement du Comité de suivi, alors qu'une personne, qui est signataire de l'accord, encourage des manifestants et suggère ou qui affirme que cet accord n'est qu'une proposition qu'il doit soumettre ?

Vous savez que le président Gbagbo lui-même fait face à des difficultés, face aux manifestants, face à des extrémistes etc. Nous sommes dans une situation qui n'est pas sans précédent dans d'autres pays.

Néanmoins, M. Gbagbo considère qu'il y a pas eu une véritable solution à Paris puisqu'il dit ' c'est une proposition'.

Le ministre a indiqué que ' nous comprenions qu'il fallait un minimum de temps pour expliquer ces accords et les mettre en oeuvre'. Mais, nous sommes dans une logique forte. Il y a une table ronde qui a abouti à un accord qui fait l'unanimité. Les accords sont parfois difficiles à expliquer. Nous connaissons la situation des derniers jours à Abidjan. Il est important que chacun puisse expliquer aussi à ses partisans la situation. Il y a toujours des extrémistes qui souhaitent, à un moment ou à un autre, en découdre. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui ont tout à perdre au retour de la paix. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui ont tout à perdre à la fin de l'impunité.

Est-ce que vous êtes confiant quant à l'application de cet accord ?

Nous travaillons bien sûr pour appliquer cet accord qui fait l'unanimité des forces politiques ivoiriennes et l'unanimité de la Communauté internationale.

Les nouveaux ministres de la Défense, de l'Intérieur,le gouvernement doivent se mettre en place ? Y a-t-il un délai ? Quand ?

Le Premier ministre est déjà en place. Il travaille à la formation de son gouvernement. Nous sommes tout à fait dans le schéma normal.

En ce qui concerne la mission des troupes françaises mais également des troupes de la CEDEAO. Est-ce que dans leur mission, elles sont habilitées à s'interposer s'il y a des violences, est-ce qu'elles peuvent être utilisées au maintien de l'ordre dans les rues d'Abidjan si cela dégénère ?

Les troupes françaises ont un mandat. Ce mandat est bien connu. Il y a d'une part, la protection des ressortissants, d'autre part, la sécurisation du cessez-le-feu.

Mais pour les troupes de la CEDEAO, est-ce la même mission ?

Non, les troupes de la CEDEAO sont là pour l'aspect cessez-le-feu uniquement, sur la base de leur propre mandat qui est un mandat de la CEDEAO, en date d'octobre, un mandat déjà assez ancien.

Est-ce que les propos de Gbagbo vous étonnent ?

Le ministre s'est exprimé sur ce point. Il a souligné que 'les accords sont parfois difficiles à expliquer'. Il est important que chacun puisse expliquer à ses partisans la situation.

C'est dans l'ordre des choses, d'après vous ?

Je n'ai rien à ajouter. Les propos du ministre se suffisent à eux-mêmes.

Est-ce que vous confirmez l'idée que les grands pays n'ont pas intérêt à ce que le calme revienne en Côte d'Ivoire ?

Grands pays ou grands pays voisins ?

Comme vous voulez.

Non. La situation est suffisamment compliquée par les facteurs locaux sur place. Nous n'avons pas d'autres hypothèses.

Hier, le président a prononcé des phrases concernant l'accord et ce matin, les 'loyalistes' de la capitale, qui sont d'accord avec le président, accusent la France ? Qu'avez-vous comme réaction ?

J'insiste à nouveau sur le fait que l'accord, qui a été trouvé d'abord à Linas- Marcoussis, puis approuvé par le président Gbagbo et entériné par les Chefs d'Etat de la CEDEAO, le Secrétaire Général des Nations unies, l'organisation de l'Union africaine, la CEDEAO, qui a reçu le soutien de l'ensemble de la Communauté internationale - j'insiste sur le fait que cet accord n'a été dicté par personne, il a été trouvé par les Ivoiriens eux-mêmes. Le ministre l'a encore rappelé ce matin en disant' ce sont les forces politiques qui se sont entendues. ' Et qui ont mis leur signature, toutes les forces politiques importantes de Côte d'Ivoire, toutes les forces politiques significatives de Côte d'Ivoire ont mis leur signature sur ce document.

Pourriez-vous confirmer un appel ce matin de M. Seydou Diarra à M. de Villepin lui faisant part de ses difficultés du fait qu'il envisageait de jeter 'l'éponge' et d'autre part de critiques de M. Bédié à l'encontre de l'accord ?

Non. Je ne confirme ni n'infirme. Je ne suis pas au courant. Et concernant les critiques de M. Bédié, pas de commentaires particuliers non plus.

Est-ce que l'on peut craindre une recrudescence de la violence en Cote d'Ivoire, concrètement, si les accords ne sont pas respectés ?

Chaque fois que l'on s'approche de la paix, chaque fois que l'on fait un pas en avant vers une solution, toutes les forces qui ont à perdre à la paix, naturellement, se mobilisent. Combien de fois avons-nous vu cela ailleurs ?. Il y a malheureusement des gens qui ont intérêt à la guerre et c'est malheureusement vrai aussi même si c'est une infime minorité, un tout petit groupe, cela existe aussi en Côte d'Ivoire, comme partout. Cela peut exister quand il y a un conflit. Surtout lorsqu'il y a des conflits comme ceux qui existent dans la sous-région dont fait partie la Côte d'Ivoire. Des conflits qui traversent parfois les frontières. On connaît le conflit du Libéria, le conflit du Sierra-Léone, on sait que, dans la sous-région, il y a une instabilité, avec les trafics qui l'accompagnent. Dans ce genre de situation, il y a toujours des gens pour qui la paix est une menace et il est normal qu'ils se mobilisent lorsque la paix avance.

Est-ce que cette déclaration vaut pour l'Iraq également ?

Non. Je ne fais pas de parallèle de ce genre.

Du point de vue financier. Un autre mécanisme est de prévoir une aide à la Côte d'Ivoire et une mobilisation de l'aide internationale. Est-ce que Paris prévoit toujours de réunir les bailleurs de fonds vers la mi-février ?

C'est lié à la mise en oeuvre du processus de paix et ce n'est pas l'aspect le plus difficile.

Compte tenu de l'ambiguïté du président ivoirien. Quel est le message adressé aux ressortissants français ?

Encore une fois, c'est un message simple. Il y a une situation qui est fluctuante en Côte d'Ivoire, particulièrement à Abidjan. Il y a des manifestations. Il est donc demandé en général aux ressortissants français de rester chez eux, d'être en liaison avec leur chef d'ilôt. Nous avons des systèmes de liaison efficaces. Nous sommes mobilisés. Nous travaillons à améliorer les conditions de sécurité pour nos ressortissants à Abidjan dans cette situation et il est important que tous soient vigilants, soient solidaires dans ces moments qui sont effectivement des moments un peu difficiles.

Qu'est-ce que les chefs d'ilôts ?

Les ressortissants français recensés par le consulat sont regroupés géographiquement par quartier, sous quartier, blocs de résidence etc.. ils ont des matériels de liaison avec l'ambassade et avec nos troupes. Si un Français a un problème, l'alerte va être donnée. Les liaison marchent indépendamment de tout le reste, puisque l'on fait appel à la fois au téléphone, à la bande FM, aux portables et à la radio. Il y a des systèmes de communication qui peuvent résister à une situation de crise. C'est un moyen pour nous,de transmettre les consignes de sécurité au jour le jour et en fonction des situations locales.

Quid des forces de sécurité ivoiriennes. Elles sont toutes engagées derrière le président, ou les groupes extrémistes, ou y a t'il encore des forces qui sont neutres dans cette affaire ?

Je ne porterai pas d'appréciation sur ce point. Ce n'est pas mon rôle. C'est une question qui relève des services de renseignements.

Réponses du porte-parole adjoint aux questions du point de presse

(Paris, le 27 janvier 2003) - Les manifestations ont-elle repris ce matin à Abidjan ?

Nous avons observé hier soir, dans la nuit, et jusqu'en début de matinée aujourd'hui un retour au calme à Abidjan. Nous continuons de suivre avec une très grande vigilance l'évolution de la situation.

Comme le président de la République l'a rappelé hier soir au président Gbagbo, la France attend des autorités ivoiriennes qu'elles assurent le respect de l'ordre public.

Ainsi que nous l'avons annoncé dès hier, dimanche, une cellule chargée d'informer le public et les familles de la situation de la communauté française en Côte d'Ivoire a été mise en place au Quai d'Orsay, à la suite des manifestations qui se sont produites ce week-end à Abidjan.

Cette cellule est joignable au numéro suivant : 01 45 50 34 60.

En relation permanente avec notre ambassade, cette cellule a établi que certaines installations françaises à Abidjan ont subi des dégâts matériels non négligeables.

Aucun blessé n'est à déplorer à ce jour au sein de la communauté française.

Par mesure de sécurité, les établissements scolaires français sont restés fermés aujourd'hui.

Notre ambassade, en contact permanent avec la communauté française d'Abidjan, a réitéré les recommandations de prudence à l'intention de nos compatriotes, dont la sécurité personnelle, comme l'ont déclaré hier le président de la République et le ministre, fait l'objet de notre plus grande vigilance.

Pouvez-nous confirmer que Laurent Gbagbo serait en train de négocier son départ ?

Je ne dispose d'aucune information pour répondre à votre question.

La France a-t-elle l'intention de demander au Conseil de sécurité un mandat onusien pour ses troupes en Côte d'ivoire ?

A ce stade, les consultations qui doivent se tenir demain à New York ont pour objet de présenter au Conseil de sécurité l'Accord de Marcoussis tel qu'il a été adopté au Sommet de Paris.

Les manifestations ont recommencé en fin de matinée, les soldats français vont-ils être déployés devant les centres d'intérêts français ou devant certains domiciles ?

Comme je vous l'ai indiqué précédemment, nous suivons en permanence l'évolution de la situation à Abidjan. Nous sommes très vigilants quant à la sécurité de nos compatriotes pour laquelle, comme l'ont indiqué successivement hier le président de la République, la ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères, nous prenons les mesures appropriées et nécessaires.