Côte d'Ivoire + 13 more

Rapport mensuel sur la sécurité alimentaire au Sahel et en Afrique de l'Ouest 01 juillet 2005

Source
Posted
Originally published


RESUME

La saison agricole 2005/06 s'installe progressivement en Afrique de l'Ouest tout en bénéficiant de très bonnes conditions climatiques. Courant juin 2005, la majorité des zones agricoles a enregistré des quantités de pluies largement suffisantes (entre 250 à 500 mm du sud vers le nord des pays) qui ont permis un bon démarrage de l'hivernage. Comparée à la moyenne décennale (1995-2004), les quantités de pluies enregistrées en Juin 2005 sont largement excédentaires particulièrement dans tout le Sahel. Ces bonnes conditions climatiques étaient tant souhaitées que les ménages à faibles revenus éprouvent des difficultés d'accès aux aliments à cause des niveaux de prix des céréales toujours élevés.

Le mois de juin correspond traditionnellement à l'apogée de la période de soudure avec des prix des céréales atteignant leur maximum, occasionnant des difficultés alimentaires. Les facteurs structurels qui rendent la situation alimentaire traditionnellement difficile pendant la soudure sont exacerbés en 2005 par l'évolution anormale des prix de céréales. En plus des déficits locaux engendrés principalement par la sécheresse, des informations contradictoires et souvent très pessimistes sur les perspectives de récoltes 2004 suite aux incertitudes relatives à la progression de l'invasion acridienne et les surestimations de baisse de la production ont provoqué des tensions artificielles sur les marchés céréaliers et contribué à maintenir de manière anormale et continue les niveaux des prix assez élevés. Aussi, les entraves à la libre circulation des denrées entre les pays et différentes régions ont favorisé également cette hausse des prix. Ces niveaux élevés des prix des denrées alimentaires depuis les récoltes dernières en 2004 ont engendré des difficultés d'accès aux aliments pour les ménages à faibles revenus, les plongeant dans une insécurité alimentaire plus tôt liée au pouvoir d'achat et non à une situation de famine au Sahel. Le prix du mil en juin 2005 est globalement supérieur à son niveau moyen des cinq dernières années sur la majorité des marchés suivis. Toutefois, il reste similaire aux niveaux enregistrés en 2001 et 2002. Les prix élevés et les difficultés d'accès qu'ils entraînent rendent beaucoup plus pénible la période de soudure actuelle surtout dans les zones en proie aux ruptures d'approvisionnement liées à l'installation de la saison pluvieuse.

En perspective, les conditions agroclimatiques satisfaisantes en cours permettront aux prix d'amorcer très prochainement leur baisse saisonnière. Ainsi, la disponibilité croissante des fruits sauvages, l'arrivée sur les marchés des productions de contre saison de riz et de maïs et bientôt la baisse saisonnière des prix rendront l'accès aux céréales plus facile pour la majorité des ménages en difficulté alimentaire.

I. CONDITIONS AGRO-HYDRO-METEOROLOGIQUES

Pendant tout le mois de juin 2005, la position moyenne décadaire du Front Intertropical (FIT) -qui détermine les limites septentrionales des pluies au Sahel - a varié entre 16 et 18.5 degrés nord en Afrique de l'Ouest (entre les longitudes 10 Ouest et 10 Est), soit légèrement au dessus de la moyenne (1979-2004) climatologique (Graphique 1).


Graphique 1 : Position moyenne décadaire du FIT (Longitude : 10 degré Ouest à 10 degré Est) au 30 juin 2005

SOURCE: NOAA/CPC/FEWS NET WEST AFRICA


Cette position du FIT en juin 2005, a été globalement favorable aux activités pluvio-orageuses sur l'ensemble du Sahel. Les quantités de pluies enregistrées du 1er au 30 juin 2005 ont été satisfaisantes sur l'ensemble de la Guinée Conakry, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Ghana, le Benin, le Togo et le Nigeria. Ces pays ont totalisé par endroits et au cours du mois de juin des cumuls pluviométriques variant de 300 à 400 mm. Ces bonnes conditions pluviométriques ont également concernées le sud du Sénégal, la moitié ouest du Mali, la moitié sud du Niger et du Tchad et exceptionnellement même le sud mauritanien avec des quantités de pluies largement suffisantes (entre 250 à 500 mm du sud vers le nord des pays) pour permettre un bon démarrage de l'hivernage (Carte 1).

Carte 1 : Cumul des précipitations du 1er au 30 Juin 2005 (mm), image météosat

Source : NOAA/CPC/FEWS NET WEST AFRICA

Carte 2 : Cumul des précipitations en Juin 2005 comparé à la moyenne (1995-2004) en %, image météosat.

Source: NOAA/CPC/FEWS NET WEST AFRICA


Comparée à la moyenne décennale (1995-2004), les quantités de pluies enregistrées en juin 2005 sont largement excédentaires particulièrement dans tout le Sahel. Toutes fois, la pluviométrie a été déficitaire au sud de la Sierra Leone, au centre et au sud du Nigeria (carte 2).

Carte 3 : Démarrage de la saison agricole au Sahel au 30 juin 2005 par rapport à la normale.

Source: NOAA/USGS/FEWS NET WEST AFRICA


Grâce aux bonnes conditions climatiques qui ont prévalues en mai et juin, la saison agricole 2005/06 a connu une installation globalement satisfaisante en Afrique de l'Ouest. Le Sahel, plus que le reste de l'Afrique de l'Ouest a enregistré dans ses parties Ouest, Centre et Est un démarrage précoce équivalent par endroits à plus de 30 jours d'avance par rapport à une situation normale notamment dans les zones frontalières Mali/Mauritanie/Sénégal, Niger/Burkina Faso/Mali, Tchad/Niger/Nigeria et Tchad/Soudan (carte 3). Ailleurs, un démarrage légèrement tardif est observé dans des zones très limitées au Sud du Sénégal, au centre de la Guinée Bissau, au Nord de la Guinée Conakry, à l'Est du Mali et à l'Ouest du Burkina Faso et du Nigeria.

Courant juin et suite aux bonnes conditions climatiques, on a assisté à une intensification des semis démarrés en mai dans la zone soudanienne et leur déclenchement dans la zone sahélienne simultanément avec d'intenses travaux de labour. En fin juin, les semis se sont généralisés sur l'ensemble des zones agricoles. Les premiers semis de cultures (mil, sorgho, coton et maïs) sont aux stades levée et/ou montaison et présentent un bon aspect végétatif.

L'analyse de l'état de la biomasse à travers les images satellitaires d'Indice de Végétation par la Différence Normalisée (NDVI) indique que le front végétatif a atteint pendant la troisième décade (21 au 30) de juin 2005 le Sud du Sénégal, la moitié ouest du Mali, la moitié ouest du Burkina Faso, le sud du Niger et du Tchad (carte 4).


Carte 4 : Etat de la biomasse du 21 au 30 juin 2005, Indice de Végétation par la Différence Normalisée (NDVI)

Par rapport à la décade antérieure (2ème décade de juin 2005), les augmentations significatives de l'état de la biomasse sont notées au Sud du Mali, à l'est du Niger et dans la moitié sud du Tchad. Ailleurs, la situation en fin juin 2005 au Sahel reste globalement similaire à celle de la deuxième décade (11-20) de juin (carte 5)

Carte 5 : Etat de la biomasse du 21 au 30 juin 2005 comparée à la décade antérieure (NDVI)

Source: NOAA/NASA/FEWS NET WEST AFRICA


Les conditions pluviométriques observées courant juin permettront un accroissement rapide des conditions végétatives mettant fin à la période de soudure pour les éleveurs et les animaux confrontés au manque de pâturage ou de point d'eau de surface.

II. SITUATION ACRIDIENNE : moins de risque qu'en 2004

Les infestations acridiennes continuent à diminuer dans les zones de reproduction printanière en Afrique du Nord-Ouest où prédominent actuellement des conditions sèches. Les traitements sur de petites populations larvaires résiduelles se sont poursuivis au Nord-Est du Maroc et au sud de l'Algérie. Compte tenu des conditions défavorables au développement du criquet qui ont prévalu dans le sud du Maghreb, on ne s'attend pas à l'arrivée au Sahel de populations importantes en provenance de cette région.

Dans les aires de reproduction estivale, au Sahel et en Afrique de l'Ouest, une reproduction à petite échelle et des opérations de lutte terrestre se poursuivent au centre du Niger. Bien qu'il soit peu probable que des essaims envahissent le Sahel cette année, comme en 2004, d'intenses opérations de prospection doivent être lancées et maintenues au Mali, au Niger, au Tchad et en Mauritanie pendant l'hivernage actuel. Contrairement en 2004, le Sahel dispose cette année au tant de moyens de lutte pour vaincre les invasions acridiennes.

III. MARCHES ET PERSPECTIVES ALIMENTAIRES

La situation alimentaire au Sahel reste toujours caractérisée par des niveaux élevés des prix de céréales. Le mois de juin correspond traditionnellement à l'apogée de la période de soudure lorsque les stocks locaux s'aménuisent alors que les nouvelles récoltes ne sont pas encore prêtes. Les transactions céréalières tombent à leur plus bas niveaux sur les marchés ruraux quant les paysans fortement préoccupés par les travaux champêtres retiennent les derniers stocks en attendant d'apprécier les perspectives de récoltes. Les prix des céréales atteignent leur maximum saisonnier pendant cette période.

Ces facteurs structurels qui rendent la situation alimentaire traditionnellement difficile pendant la soudure sont exacerbés par l'évolution anormale à la hausse des prix de céréales courant 2005. En plus des déficits locaux engendrés principalement par la sécheresse, des informations contradictoires et souvent très pessimistes sur les perspectives de récoltes 2004 suite aux incertitudes relatives à la progression de l'invasion acridienne et les surestimations de baisse de la production ont provoqué des tensions artificielles sur les marchés céréaliers et contribué à maintenir de manière anormale et continue les niveaux des prix assez élevés. Aussi, les entraves à la libre circulation des denrées entre les pays et différentes régions ont favorisé également cette hausse des prix.

Les niveaux élevés des prix des denrées alimentaires depuis les récoltes dernières en 2004, ont engendré des difficultés d'accès aux aliments pour les ménages à faibles revenus, les plongeant dans une insécurité alimentaire plus tôt liée au faible pouvoir d'achat et non à une situation de famine au Sahel. Les prix élevés et les difficultés d'accès qu'ils entraînent rendent beaucoup plus pénible la période de soudure actuelle, surtout dans les zones en proie aux ruptures d'approvisionnement liées à l'installation de l'hivernage.

Le prix du mil en juin 2005 reste globalement supérieur à son niveau moyen des cinq dernières années sur la majorité des marchés suivis. Toutefois, comme sur le marché de Tahoua au Niger, il reste similaire aux niveaux enregistrés en 2001 et 2002 (graphique 2).


Graphique 2

En perspective, les conditions agroclimatiques satisfaisantes en cours permettront aux prix d'amorcer très prochainement leur baisse saisonnière. Avec l'installation précoce ou à temps de la saison agricole, les conditions de vie des ménages éleveurs s'améliorent progressivement grâce à un meilleur embonpoint du cheptel. La disponibilité croissante des fruits sauvages, l'arrivée sur les marchés des productions des pays côtiers, de contre saison de riz et de maïs et bientôt la baisse saisonnière des prix rendront l'accès aux céréales plus facile pour la majorité des ménages en difficulté alimentaire.

Pour toutes questions veuillez contacter: SALIF SOW (ssow@fews.net) ou AMADOU M. KONATE (Amadou.Konate@cilss.bf).